Le CHU Mouzaïa, un toit pour les plus démunis au quartier Algérie

Le Centre d’Hébergement d’Urgence a pour objectif de proposer un toit à toutes les personnes à la rue et cela de manière inconditionnelle. Les professionnels du CHU dans leur diversité accompagnent le quotidien de ces personnes dans l’optique de leur insertion, au sens large, dans la société, en fonction des besoins de la personne. Ce travail se fait en interne mais tend aussi à se tourner de plus en plus vers l’extérieur.

AUTEUR(S)

Cohen Rachel

Cheffe de service, responsable du centre

rcohen@armeedusalut.fr

Fiche rédigée par Chloé Pillon

PROGRAMME

Lieu de réalisation: Quartier Algérie, Paris 19e

ORGANISME(S)

L'Armée du Salut

Paris 19e Arrondissement - 75019

58 Rue de Mouzaia

27 Salariés / 120 résidents dont 80 hommes et 40 femmes Adherents

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COMITÉ DE LECTURE

Date de lecture de la fiche

2021-04-26 00:00:00

Localisation

France Île-de-France Paris

Type de structure

Associations Association, collectif, ONG Etablissement financier, Fondation

Envergure du programme

Locale

Domaine

Exclusion et isolement Emploi et insertion Logement Pauvreté, précarités

Bénéficiaires

Population précaire Sans abris

LOCALISATION
LICENCE

Copyright: Licence Creative Commons Attribution 3.0

Pour citer un texte publié par RESOLIS:

Cohen Rachel, « Le CHU Mouzaïa, un toit pour les plus démunis au quartier Algérie », **Journal RESOLIS**

ORIGINE ET CONTEXTE

Auparavant il s’agissait des bureaux de la DIRECCTE et de la DRASS, s’en est suivi un projet de rénovation et l’armée du salut s’est positionnée pour investir ces bureaux vides. C’est l’opportunité du site qui a fait que le CHU s’est créé, au départ il devait être temporaire et au vu des besoins celui-ci s’est stabilisé sur le quartier. La question du sans-abrisme et de l’hébergement est d’envergure nationale, le choix d’implantation se fait à l’échelle de la ville même si la ligne politique des arrondissements peut jouer en faveur ou défaveur de l’implantation de ce type de lieu. Il est plus simple de négocier avec certains arrondissements. Aujourd’hui un projet de rénovation de deux sites est en cours : 58 et 66 rue Mouzaïa, le 58 ayant pour vocation future d’être uniquement un CROUS et le CHU se situera sur le 66 rue Mouzaïa.

OBJECTIFS

On parle de “centre d’hébergement d’urgence” car à l’origine les personnes venaient pour une nuit ou des périodes courtes. Aujourd’hui sur Paris, les CHU font de la stabilisation, c’est-à-dire que les personnes sont hébergées jusqu’à ce qu'elles trouvent une solution plus pérenne. Objectifs : >> Mettre à l’abri de manière inconditionnelle (uniquement des majeurs) toutes les personnes ayant besoin d’être à l’abri (quel que soit l’âge, la situation administrative…). L’ouverture à tous implique aussi la présence de personnes pouvant être violentes ou ayant commis des actes de violence au sein du CHU, il faut donc être en capacité de gérer et accompagner ces actes. >> Protéger, mettre en sécurité en offrant le toit, le gîte et le couvert. >> Insérer au sens large, trouver un endroit où ils seront le plus autonomes possibles et qui correspondra à leurs envies, à leurs besoins et à ce qui existe dans la réalité : trouver un travail, logement, projet de soin/ santé, addiction, mode de vie alternatif… Les personnes ayant des compétences et des niveaux d’autonomie très différents, il s’agit d’une acceptation large de ce qu’est l’insertion.

ACTIONS MISES EN OEUVRE

>> Accompagnement personnalisé des personnes en les soutenant dans leurs démarches et leur vie quotidienne en tenant compte de la spécificité de leurs situations sociales et personnelles, de leurs projets de vie et de leurs compétences. - Hébergement, courrier, machines à laver… - Accompagnement social individualisé avec un travailleur social (qui accompagne environ une trentaine de résidents) ; travail autour du projet d’insertion où différentes problématiques peuvent s’entremêler. Cependant, les résidents recherchent davantage une relation privilégiée 1/1 avec les professionnels. - Soutien des personnes les moins autonomes par les auxiliaires de vie sociale (notamment pour les personnes sans papier qui n’ont pas accès à certaines aides). - Accompagnement psycho-social et orientation vers le secteur psychiatrique. >> Vie collective (animations régulières au sein du centre) et réunions trimestrielles avec les résident.es pour leur permettre d’exercer leur citoyenneté et de participer au fonctionnement de l’établissement. Le recrutement d’une animatrice est en cours afin de proposer de l’animation collective, des activités de loisir et de culture, pour fluidifier le lien entre les uns et les autres et créer des espaces de rencontre. >> Connexion aux questions citoyennes : le but est de faire le lien avec le quartier pour que les résidents puissent participer à ce qui existe principalement au niveau local (associations, conseil de quartier). Activités : salle d’animation, jardinage, sport, café avec les travailleurs sociaux, sorties culturelles et en musées. L'équipe du CHU travaille aussi en collaboration avec de nombreux partenaires institutionnels et associatifs dans tous les domaines relatifs à l'accompagnement des personnes accueillies (facilitation de la vie quotidienne, accès à la santé, aux droits, à la culture, etc.) >> Laboratoire social qui expérimente et innove dans l’accompagnement des personnes accueillies ainsi que dans le management et la gouvernance de l’organisation (empowerment, embauche de travailleurs pairs, gouvernance partagée, démocratie alimentaire, etc.) Public hétérogène : 80 hommes et 40 femmes. Plus d’1/3 a plus de 60 ans et certaines sont plus dépendantes. 1/3 du public a des difficultés d’ordre psychiatrique (dépression, schizophrénie, panel large). Certains parlent français, d’autres non, et 75% du public est en situation irrégulière.

RÉSULTATS ET IMPACTS, QUANTITATIFS ET QUALITATIFS

Il est compliqué de parler de résultats car une des manières de les analyser est de regarder les taux de sortie, mais ce dernier est très faible (une vingtaine sortent tous les ans mais cela peut être des retours à la rue, à l’hôpital, des décès). Les sorties « positives » pour le logement peuvent être au nombre de 2 par an environ. Pour certains en situation irrégulière, il n’y a pas d’autres alternatives que le CHU. C’est un centre assez apaisé ce qui n’est pas toujours le cas. Cela est très lié aux conditions d’accueil (peu de violences). La présence de plusieurs agents d’accueil, d’une psychologue et d’une animatrice permettent de faire de la médiation et d’apaiser la vie quotidienne. De plus, des chambres individuelles équipées d’une cuisine sont proposées. C’est néanmoins une cause d’isolement pour les personnes âgées comme pour les plus jeunes.

ORIGINALITÉ

La plupart des CHU sont supposés être ouverts sans condition d’entrée. ==> Ici c’est une priorité avant même la possibilité d’avoir des sorties. Cependant certains centres comme les CHRS (centre d’hébergement et de réinsertion sociale) sont plus contraints sur les taux de sorties (leur travail sera davantage axé sur cette dimension). Pour pouvoir répondre à cette commande, ils devront accepter des personnes plus proches de la sortie avec un parcours potentiellement plus rapide.

PARTENARIAT(S)

Financement : État Opérationnel : Une multitude selon chaque résident (accès aux soins, aux droits…) comme les médecins traitants du quartier, le CMP (centre médico-psychologique), le centre médical de Belleville. Biodanza, cours de danse mensuel Ticket d’Entrée Autre monde Conseil de quartier Un prêt de salle est possible pour qui le demande avec dans l’idéal une ouverture aux résidents.

RETOUR D’EXPÉRIENCE

Difficultés et/ou obstacles rencontrés pendant la mise en œuvre :

Difficultés relatives aux situations individuelles des personnes et tout ce qui fait obstacle à une amélioration possible de celles-ci (santé, contexte administratif…) >> Volonté de s’ouvrir davantage sur le quartier, mais l’absence de personne chargée de l’animation depuis janvier ajoutée à la crise sanitaire contemporaine freinent les activités sur l’extérieur. >> Public difficile à mobiliser en groupe et de manière régulière. Dans l’ancien local plus de facilité pour cela car les personnes déjeunent collectivement, il est plus simple de faire passer des informations à ces moment-là. >> Cela a permis d’éviter l’isolement.Pas nécessairement beaucoup de monde aux sorties mais il était agréable pour les résidents de sortir sans être identifiés comme des résidents du CHU et leur confère ainsi plus d’autonomie. >> Cohabitation avec les étudiants du CROUS mais peu de liens : le CROUS n’a pas d’interlocuteur ayant pour mission d’animer la vie du lieu. Beaucoup d’étudiants ne s’attendaient pas à vivre en CHU, ne le souhaitaient pas et ne sont pas nécessairement sensibilisés à ces questions. Le CHU a tenté d’ouvrir ses activités aux étudiants mais aucun n’est venu. Difficulté de créer du lien. Marque symbolique : clef dans l’ascenseur pour que les résidents ne puissent pas accéder à leurs étages. ==> Volonté de créer du lien avec le temps et de casser la méfiance pour créer une réelle cohabitation dans un lieu de vie commun.

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

S’adapter à chacun, être toujours dans la discussion et l’écoute.

Améliorations futures possibles :

>> Améliorer en interne la manière de communiquer avec les résidents et faire participer les résidents aux décisions prises dans le centre. Laisser un pouvoir d’agir aux résidents sachant que les personnes ne sont pas toujours en capacité d’élaborer. Pour cela le CHU se fait aider par la Maison de l’Intelligence Collective. >> Ouverture sur l’extérieur plus systématique de la part des professionnels. (Aller au-delà de ce que les professionnels peuvent percevoir comme des priorités internes) >> Proposer un panel plus large d’activités en extérieur au maximum pour qu’il y ait moins de dépendance et que les résidents occupent une place dans le quartier autrement que comme résident de l’Armée du Salut. >> En interne : que des associations puissent investir les salles du CHU pour qu’il soit plus facile de mobiliser le public. >> Volonté de construire une dynamique au niveau local pour nouer davantage de partenariats.

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou un essaimage :

Individualisation de l’accompagnement Les ressources d’une ville comme Paris avec par exemple des points d’accès au droit gratuit, une multitude professionnels de santé et de spécialités…