Située sur la commune de Le Change en Dordogne, la ferme de Ribeyrolles est certifiée en agriculture biologique depuis 1993. En vue de travailler dans un cadre agréable, de limiter l’empreinte de leur activité et d’assurer la qualité et la traçabilité des produits, l’intégralité de la chaîne de production, de la semence, à la transformation et la distribution auprès des consommateurs est gérée par la famille.
AUTEUR(S)
Lassaigne Bertrand bertrand.lassaigne@orange.fr
Fiche rédigée par Laëtitia GONI-LIZOAIN
PROGRAMME
Démarrage: 1990
Lieu de réalisation: Le Change (Dordogne)
ORIGINE ET CONTEXTE
En 1990, Bertrand LASSAIGNE et sa famille s'installent sur la commune Le Change en Dordogne. Avant d’être agriculteur, Bertrand a travaillé dans l’expérimentation de produits phytosanitaires et de fertilisants. En raison de soucis de santé dus à ces produits, il s’est installé en agriculture biologique. Lui et son épouse cultivent la diversité sur une ferme de 69 hectares en polyculture élevage (chevaux). En effet, la ferme a pu accueillir jusqu’à une centaine de variétés de maïs et un grand nombre de céréales. Face aux étés de plus en plus chauds et à la suite d’expérimentations, la ferme n’irrigue plus ses cultures. La sélection de semences résistantes à la sécheresse, et l’autoproduction de semences est un moyen d’y parvenir.
OBJECTIFS
Les objectifs de la Ferme de Ribeyrolles sont de favoriser la biodiversité et d’être au maximum autonome, tout en assurant la qualité et la traçabilité des produits vendus localement. L’enjeu est également de développer un modèle de ferme résiliente, en mettant en place un système diversifié, robuste aux aléas climatiques ou commerciaux.
ACTIONS MISES EN OEUVRE
2000 : Sélection de variétés adaptées aux terroirs, aux pratiques culturales de la ferme et adaptées à la sécheresse : recherche de maïs dits anciens (d’Amérique Centrale sans OGM). 2003 : arrêt de l’irrigation sur la totalité de la ferme après une expérience menée durant 18 ans avec du soja. Avec trop d’humidité, la graine était infestée par le sclérotinia (champignon qui se développe en milieu humide). Pour s’en débarasser Bertrand a cultivé une parcelle de soja en milieu sec. Il a continué d’irriguer les autres parcelles. En 2003, lors d’une forte sécheresse, il y a eu seulement 5 quintaux d’écart entre la parcelle irriguée (30 quintaux) et non irriguées (25 quintaux). La sclérotina avait également disparu pour la parcelle non irriguée.
Fertilisation organique : excréments des chevaux de la ferme et d’une ferme équestre en bio à une dizaine de kilomètres (échange de paille contre le fumier).
Chevaux : pâturage principalement, foin et quelques résidus de grain des cultures.
Rotation des cultures avec différents rythmes : alternance entre une culture qui consomme de l’azote et une culture qui la restitue.
Prairies :
Tous les ans, il y a toujours une ou deux parcelles fauchées tardivement pour qu’elle se sème naturellement (rotation des parcelles chaque année).
Une vingtaine d’hectares de prairie sont inondables : pas de culture.
Réduction de surfaces de soja car le débouché est aujourd’hui moins intéressant (avant autant de surface de soja que de maïs) remplacé par haricots et pois chiches.
Choix des cultures et des engrais verts en lien avec l’environnement de la ferme :
Cultures racines (radis chinois, navette, …) pour favoriser l’espace souterrain, cultures feuilles pour alimenter les herbivores, les fleurs (sarrasin, tournesol, …) pour les pollinisateurs et les fruits pour les humains et d’autres animaux.
Pour avoir plus de plantes pollinisatrices: le sarrasin du Cantal est plus mellifère que la variété testée précédemment, issue de différentes mutations artificielles.
Mise en place d’engrais verts entre les cultures (phacélie, navette, trèfle rouge, trèfle incarnat, radis chinois, …).
Les céréales sont moulues sur place et transformées en farine.
Binage des cultures d’été.
Organisation de réunions sur la biodiversité à la ferme de Ribeyrolles.
Vente en directe sur la ferme (boulangers, particuliers, …), livraisons collectivités (cantine scolaire, …) et magasins.
Ré implantation de haies (90% avec de la végétation autochtone) et d’arbres (rangées à 50 – 60 mètres les unes des autres).
Implication dans l’association Agrobio Périgord : formateur sur grandes cultures, compost, rotation et participation à la création de la Maison de la Semence en Dordogne.
RÉSULTATS ET IMPACTS, QUANTITATIFS ET QUALITATIFS
Diminution des rendements :
120 quintaux par hectare avec des maïs de semences industrielles en cultivant en bio et fertilisation un peu poussée et irrigation.
Aujourd’hui les très bonnes années : 80 – 90 quintaux par hectare. Les mauvaises années on peut descendre jusqu’à 30 quintaux par hectare.
Les prairies temporaires permettent d’augmenter le taux de matière organique des sols, la microfaune des sols, et constituent des apports azotés.
Toutes les actions (rotation des cultures, engrais verts, fumier) ont permis d’augmenter la fertilité des sols (analyse : en 1990, 0,5% de taux de matière organique, pour 2 à 2,5% aujourd’hui) et la micro – faune du sous – sol .
Observation de plus de bourdons et d’abeilles, clairement visible à l’œil nu dû à l’implantation de plusieurs espèces mellifères (tournesol, phacélie, navette, sain foin, …). Exemple concret avec le changement de variété de sarrasin utilisé : plus d’abeilles sur la variété du Petit Gris d’Auvergne que sur la variété ARP. Le restaurateur qui achète de la farine a trouvé la farine de meilleur goût, conduisant à l’arrêt de la variété ARP.
Réunion : échanges de semences paysannes.
Prairies inondables : conserver en prairie et entretien la ripisylve pour éviter l’érosion.
Ré implantation de haies et d’arbres :
Haies : effet brise – vent, filtration de l’air, installations d’auxiliaires, filtration des ravageurs et des pathogènes.
Arbres : plantation à poursuivre car les meilleures terres aujourd’hui sont celles entre les arbres. Et permet d’alimenter le réseau de haies en créant des trames vertes. Mais les cultures poussent moins dans la partie très ombragée.
ORIGINALITÉ
Une ferme ayant passé des années à mener des expérimentations pour optimiser l'usage des ressources, notamment en eau et préserver la biodiversité
PARTENARIAT(S)
CUMA : remise en fonctionnement. Les agriculteurs en conventionnel étaient réticents à acheter du matériel de type bineuse. Aujourd’hui ils binent (trois bineuses, prévision achat d’une quatrième), au lieu de désherber, passent des herses émousseuses les herses étrilles, achat d’un épandeur avec volets de compostage et d’une table de compostage.
RETOUR D’EXPÉRIENCE
Difficultés et/ou obstacles rencontrés pendant la mise en œuvre :
Aides financières à la conversion en agriculture biologique mais sans accompagnement technique ni de suivi (pas du suivi contrôle mais du suivi aide technique).
Aspect technique difficile : recherches sur ce qui est déjà fait et comment c’est fait. Quand les autres ne savent pas, apprentissage par soi – même.
Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :
Nombreuses formations lors de la première année d’installation avec Agrobio Périgord et par l’intermédiaire des GAB (Groupement d’Agriculteurs Biologique).
Puis auto – formation avec les uns et les autres, dans l’échange qui permet d’évoluer très rapidement.
Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou un essaimage :
Faire des productions que l’on aime.
Prendre les moyens techniques à disposition pour éviter de s’épuiser physiquement (mécanisation).
Aller au maximum vers de l’agriculture vivrière, sans passer par des intermédiaires.
POUR EN SAVOIR PLUS
http://www.agrobioperigord.fr/upload/FICHE-LASSAIGNE.pdf