Observatoire

La « Maison de la Recherche », tiers-lieu de recherche et d’expérimentation sur le territoire de Celles et la vallée du Salagou

La municipalité de Celles, dans le cadre de la réhabilitation exceptionnelle du village, a sollicité le dispositif Trait d’Union de la MSH SUD pour l’accompagner dans la perspective de création d’une « Maison de la recherche », tiers-lieu de recherche et d’expérimentation au service de la coproduction des savoirs, qui entendait interroger les continuités et les ruptures ainsi que les devenirs possibles du territoire à partir de la question de l’eau. Aujourd’hui le village surnomme ce tiers-lieu « la Maison des possibles » ! 

Auteurs(s)

Programme

Lieu de réalisation : CELLES (34)

Organisme(s)

Mairie de Celles

Celles – 34700

Avenue du Président Salvador Allende

20Salariés

10Bénévoles

Site internet

Média sociaux

ORIGINE ET CONTEXTE

Fin 2020, l’équipe municipale du village de Celles, sur les bords du lac du Salagou (Hérault), a sollicité la boutique des sciences/tiers-lieu de recherche « Trait d’Union » (MSH SUD) – dispositif ayant pour mission de faciliter les synergies entre les mondes de la recherche, de l’enseignement supérieur, et de la société civile (associations, coopératives, organisations professionnelles, collectifs, collectivités territoriales…) – pour l’accompagner dans la perspective de création d’une « Maison de la recherche », qui entendait interroger collectivement les continuités et les ruptures du territoire à partir de la question de l’eau. 

Ce projet est directement lié à l’histoire mouvementée d’un territoire aujourd’hui en réinvention : la vallée du Salagou. La création du barrage du Salagou entre 1964 et 1968 a englouti une vallée entière, dont une partie de la commune de Celles, dont le cœur du village devait être sous l’eau. Finalement la cote a été revue à la baisse, laissant hors d’eau un village dont les habitants avaient été expropriés. Depuis les années 1970, ce village se reconstruit autour d’un projet communal original, ouvrant les possibles de la réappropriation des lieux dans un rapport critique à l’histoire, à la propriété, à l’environnement, au travail, à l’économie, mais aussi – en témoigne le projet de « Maison de la recherche » – à la connaissance.

Objectifs

Il s’agit de poursuivre la démarche engagée par le village à travers un projet multiforme (la « maison de la recherche » comme équipement, réseau, lieu d’échange, outil de connaissance…) capable d’enrichir la dynamique communale ;

Quatre grandes dimensions ont été identifiées dans ce projet :

  • Maison de la recherche comme point d’auto-observation participative : auto-évaluation par une approche réflexive sur l’expérience du village et des trajectoires (sociale, écologique, économique, politique…) du territoire
  • Maison de la recherche comme point d’appui pour mener des recherches sur le territoire, au-delà du périmètre du seul village 
  • Maison de la recherche comme lieu-ressource pour partager et hybrider les savoirs
  • Maison de la recherche comme lieu de capacitation pour traduire ces réflexions dans l’action, en particulier dans l’expérimentation collective.

ACTIONS MISES EN OEUVRE

Un travail de co-construction préliminaire de 3 années avec la municipalité mais également entre habitant.es, acteurs et chercheu.r.ses, a favorisé une acclimatation à des discours, des représentations et des manières de faire diverses et permis d’engager la création d’un comité de préfiguration (habitants-acteurs-chercheurs) de la future « Maison de la recherche » :

  • Réunions de travail et d’échanges pour cerner le projet porté par l’équipe municipale, et poser les bases d’un document d’orientation partagé
  • Sollicitation d’acteurs du territoire (Grand Site, Géoparc, communauté de communes) et de chercheurs issus de disciplines diverses (hydrologie, sociologie / architecture, histoire) afin de réagir à ces orientations à partir des approches disciplinaires et des méthodes scientifiques qui leurs sont propres. 
  • Co-organisation de la journée « Ce qu’il faut d’habitat à l’humain réflexion et rencontre autour de la propriété d’usage », samedi 4 juin 2024, Celles
  • Communication commune au colloque « CIA 4 | Fabuleux fabulistes Du projet utopique aux projets pratiques », MSH de Bordeaux, 27 septembre 2024 
  • Rédaction collective d’un projet de recherche (« L’eau comme fabrique du territoire du Salagou, entre crises et transitions ») et d’un programme de travail pour bâtir la « Maison de la recherche »

 

Le rôle de Trait d’union :

  • Aider à la définition, à la planification et à la co-problématisation du projet
  • Assurer la tutelle des stagiaires étudiants
  • Constituter et animer le comité de préfiguration
  • Financer certaines actions (ex : 1ère journée chercheur.se.s et habitants autour de la propriété d’usage, Celles, 1er juin 2024)
  • Convertir ce projet en un projet de recherche avec la co-rédaction d’une réponse à l’AAP POPS’eau pour obtenir des financements
  • Contribuer au travail de matérialisation de la « Maison de la recherche », comme tiers lieu, installé au cœur du village

 

Pour l’heure, les ressources mobilisées sont essentiellement humaines :

  • Maire du village de Celles
  • Chargé de mission du village de Celles
  • Elu.e.s du conseil municipal de Celles
  • Habitant.e.s du village de Celles
  • Pour l’heure, 6 chercheur.se.s de différentes disciplines

Le projet bénéficie également du soutien financier de la MSH SUD via son dispositif Trait d’union (bourses de stage, frais de déplacement, frais de bouche…).

Résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs

1) Co-apprentissage de tous les acteurs concernés :

  • Se parler, se faire confiance, faire du lien
  • Donner une signification partagée aux mots
  • Réfléchir et expérimenter ensemble pour rendre possible

 

2) Co-productions d’éléments communs :

  • Co-organisation de la journée « Ce qu’il faut d’habitat à l’humain réflexion et rencontre autour de la propriété d’usage », samedi 4 juin 2024, Celles
  • Communication commune au colloque « CIA 4 | Fabuleux fabulistes Du projet utopique aux projets pratiques », MSH de Bordeaux, 27 septembre 2024 
  • Co-rédaction d’un projet de recherche participative

 

3) La Maison de la Recherche est appelée aujourd’hui par la maire du village « la Maison de tous les possibles »

4) Obtention espérée d’un financement via le programme POPS’eau

5) Sanctuarisation d’un espace, dans le village, afin d’accueillir la Maison de la Recherche

Originalité

Le projet de « Maison de la Recherche » entend tirer les leçons, de manière réflexive et critique, d’une histoire et d’une expérience singulières pour porter des visions critiques des modes de développement actuels et incarner de nouveaux possibles : 

  • Incarner une vision critique des modèles de développement
  • Mettre en avant la diversité des savoirs et expertises pour regarder autrement le passé et le devenir du territoire
  • Explorer des possibles / alternatives
  • Prendre des risques (expérimenter, avoir le courage de faire différemment, …) 
  • Sortir des cadres et s’émanciper dans un objectif de responsabilisation éclairée des habitants, des visiteurs, …

 

Partenariat(s)

Pour l’heure, le partenariat développé l’est essentiellement entre la mairie et les habitants de Celles et des chercheurs de l’Université de Montpellier-Paul Valéry, du CNRS, de l’IRD, de l’Université de Nîmes et de l’Ecole d’architecture de Montpellier (mobilisés dans le comité de préfiguration), via un premier partenariat avec la MSH SUD et son dispositif Trait d’union.

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés pendant la mise en œuvre :

Essentiellement : 

  • Registres de pratiques et de discours différents, occasionnant des incompréhensions… cependant rapidement levées par le dialogue dans un cadre de confiance
  • Contraintes de temps : d’une catégorie d’acteurs à une autre (ici une municipalité / collectif d’habitants & des chercheurs), les régimes de temporalité sont différents.

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

Documentation du projet comme processus de co-apprentissage : production d’une note de synthèse de chacune de nos réunions, remise en discussion à la réunion suivante, afin de co-construire une véritable note programmatique pour le projet et stimuler la réflexivité collective des membres du projet.

Améliorations futures possibles :

Partenariats à nouer avec le Grand Site, le Géoparc, la communauté de communes… et autres acteurs locaux.

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou un essaimage :

  • La motivation et la volonté des acteurs, à commencer par la maire du village de Celles
  • La neutralité de l’animation du projet : Coordination et intermédiation par deux médiateurs Trait d’union (organisme neutre sans intérêt direct, facilitateur des synergies entre les mondes de la recherche, de l’enseignement supérieur et de la société civile)
  • Faciliter la co-construction : Offrir un espace d’expression encourageant la participation tout en évitant toute instrumentalisation entre parties prenantes.
  • Accepter le caractère évolutif et les temporalités variables : Des parties prenantes prêtes à accueillir et s’adapter aux différentes temporalités et contraintes calendaires inhérentes à la coopération multi-acteurs.
  • Un cadre de confiance résultant de la construction de ce projet sur le temps long et au sein d’un espace commun (la « Maison de la recherche »)
  • Cadre de confiance qui permet une prise de risque assumée collectivement (le courage de faire différemment), favorisant les conditions d’un débat serein entre les savoirs
  • Une gouvernance mixte (habitants, chercheurs, acteurs du territoire…) 

Idées de sujet(s) de recherche fondamentale ou appliquée, utile(s) pour le présent programme :

A travers le projet « L’eau comme fabrique du territoire du Salagou, entre crises et transitions », en réponse au prochain AAP « POPSU-Territoires / Eau »qui sera déposé, les chercheurs membres du comité de préfiguration de la « Maison de la recherche » associés à la mairie de Celles et aux habitants du village proposent d’analyser la gestion de la ressource en eau comme un observatoire privilégié de la fabrique territoriale du Salagou dans son ensemble, envisagée comme un système complexe et dynamique de solidarités et de concurrences entre territoires (amont/aval, etc.) et usages (agriculture, tourisme…). 

Au travers d’une recherche-action participative associant acteurs territoriaux et chercheurs de disciplines différentes (Sciences Humaines et Sociales et Sciences du Vivant et Environnement), le projet développe une réflexion sur les ruptures anthropologiques occasionnées par des changements de trajectoire territoriale : d’un mode d’habiter ancien autour d’un système rural productif classique de l’eau à une fabrique « autoritaire » incarnée par la construction du barrage se combinant rapidement à une fabrique touristique (constituant 2 phases d’un système productiviste de l’eau et de déterritorialisation, au profit de l’irrigation en aval, puis de l’accueil de « passants »). 

Le projet analyse une fabrique désormais plus « participative », où l’eau (comme ressource, comme lien, comme paysage, comme écosystème…) vient désormais produire la renaissance du village de Celles et contribuer à émanciper et reterritorialiser les projets de territoire plus largement. 

Car l’eau n’a pas fait que « noyer » le village et déstructurer le territoire, elle a donné lieu à des recompositions sociales (via notamment l’accueil de nouveaux habitants) et une capacitation/politisation des acteurs du territoire, pour ouvrir le champ des possibles des trajectoires territoriales jusqu’à l’expérimentation d’une diversité de manières alternatives d’habiter dans un rapport renouvelé aux communs territoriaux.

Références

Sur le dispositif Trait d’union :

  • Raphaëlle Anginot, Florence Belaën, Hélène Chauveau, Cyril Fiorini, Julien Mary, et al. « Le renouveau des Boutiques des Sciences en pratiques et en question : focus sur deux dispositifs territorialisés à l’interface Sciences-Société ». Technologie et Innovations, 2022, 7 (Sciences en société partagées), ⟨10.21494/ISTE.OP.2022.0870⟩. ⟨hal-04635692⟩

 

Ouvrages / articles qui mentionnent ce projet

  • Jean Paul Volle, Joëlle Goudal, Clément Dumoulin, Vincent Courteaux, Benoit Flambard et Nicole Bossi. Celles : une histoire en suspens vers un idéal de vie. Janvier 2020 / Mise à jour janvier 2024. En ligne : https://mairie-celles.fr/?DoSsierproject 
  • Goudal, J. et Mary, J., « Habitant.e.s & chercheur.se.s : penser les territoires et expérimenter les alternatives par les communs », communication au colloque « CIA 4 | Fabuleux fabulistes Du projet utopique aux projets pratiques », MSH de Bordeaux, 27 septembre 2024 (https://cia4.sciencesconf.org/resource/page/id/6).                  
  • Mary, J. et Valegeas, F., « L’eau & la fabrique territoriale au Salagou (Celles, 34) », in Actes du séminaire POS’Eau (13/06/2024), à paraître courant 2025.

 

Dossier de presse sur le site de la commune de Celles :

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Comité de lecture
Date de lecture de la fiche
19/02/2025
Localisation
France
herault
Appréciation(s) du comité
Innovant !
Domaine
Environnement
Type de structure
Etablissement académique ou de recherche
Envergure du programme
Locale
Bénéficiaires
Universel
Outils d’intervention
Programme d’actions
Type d’acteur
Programme d’actions
Type d’action
Pédagogie / sensibilisation
Type d’objectif
Entretien du patrimoine naturel
Champ d’action
Agir sur la recherche et l’innovation
Localisation
Licence

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Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**