Observatoire

L’économe : sauver des fruits et légumes, c’est être gourmand et solidaire !

L’économe est une association varoise qui collecte les fruits et légumes en surplus auprès des agriculteurs et des producteurs afin de leur offrir une nouvelle vie. L’économe propose de les redistribuer, aux associations caritatives, de les transformer en bocaux, ou d’animer des ateliers de sensibilisation pour une alimentation solidaire et anti-gaspillage.

Auteurs(s)

Julie
Hermet

Fiche rédigée par Maëlie BENISTAND-HECTOR

Programme

Lieu de réalisation : Belgentier/Va

Budget : 90000

Origine et spécificités du financement : Subventions, prestation de service de conserverie pour les agriculteurs, vente de bocaux, animation d’ateliers de sensibilisation

Organisme(s)

L’économe

Belgentier – 83210

Chemin de l’Escride

1Salariés

15Bénévoles

15Adhérents

Site internet

Média sociaux

ORIGINE ET CONTEXTE

Julie Hermet a fondé en 2017 L’économe à partir d’un constat : des fruits et légumes encore consommables étaient abandonnés au sol à la fin des marchés alimentaires. À la suite d’un questionnaire adressé à des producteurs elle a découvert qu’aucune structure ne se déplaçait pour récupérer les invendus car les banques alimentaires et autres associations se fournissaient auprès des grandes surfaces. Elle a ainsi créé L’économe pour revaloriser ces surplus en les redistribuant à des associations locales d’aides alimentaires ou en les transformant en conserves.

Objectifs

• Lutte contre le gaspillage alimentaire• Solidarité alimentaire et valorisation des productions locales en conserves grâce au laboratoire de cuisine mobile • Autonomie financière par l’équilibre du modèle économique. • Aujourd’hui, l’association couvre le Sud du Var et souhaite à terme opérer dans l’ensemble du département et pourquoi pas également dans le reste de la région PACA

ACTIONS MISES EN OEUVRE

– L’économe se déplace sur le domaine des agriculteurs varois pour leur proposer un service de fabrication de conserves avec leurs surplus de production. Une part est distribuée aux associations caritatives : n’ayant pas d’habilitation pour l’aide alimentaire, l’activité repose sur un partenariat avec les associations compétentes et agréées. L’économe retrouve les producteurs et revendeurs en fin de marché deux fois par semaine pour les collectes. Ceux-ci peuvent également appeler en cas de grosses quantités. Les surplus sont revalorisés par la redistribution auprès d’associations d’aide alimentaire ou en les transformant en bocaux lors d’ateliers-animations avec les bénévoles adhérents (4 à 5 pers. par atelier). Les bocaux sont ensuite commercialisés en circuit court dans des épiceries locales ou lors d’événements associatifs locaux, l’occasion de sensibiliser à la réduction du gaspillage alimentaire.- La dimension solidaire motive les producteurs, d’autant que cela leur permet d’optimiser leur production. Environ 90% des producteurs sont enthousiastes quand une petite minorité reste sur ses réserves.- Si les épiceries partenaires pour la revente n’ont pas de dimension solidaire, leur marge reste vraiment faibles pour permettre à l’association de commercialiser ses produits; ces épiceries partagent les mêmes valeurs d’économie circulaire et durable. – L’association fonctionne avec une salariée et un bureau qui prend les décisions par vote. 

Transformation alimentaire :La conserverie est un laboratoire de cuisine mobile. Il se déplace chez les producteurs en direct pour assurer la transformation de leurs fruits et légumes en surplus. Véritable laboratoire professionnel, il contient tous les équipements spécifiques à la mise en conserve des aliments.Les bénévoles participent à la collecte bi-hebdomadaire et au tri de produits de préférence bios sur le marché ou directement sur le site de production. Les produits redistribués directement sont sans défaut et entièrement consommables. Les produits abîmés sont transformés par les bénévoles (confitures, sirops, conserves salées, chutneys, tartinades…); ce qui permet de financer l’activité grâce aux reventes. Les fruits sont considérés comme valorisables quand ils sont utilisables aux ¾. Ceux non valorisables sont donnés comme nourriture pour animaux ou bien compostés.

Distribution des produits transformés :Vente des conserves au sein d’épiceries locales ou lors d’événements locaux (marchés, etc.)

Financement : Le projet a bénéficié et bénéficie de plusieurs sources de financement. Il a été soutenu par la métropole Toulon Provence Méditerranée, un soutien du département, un fond de développement des associations, un appel à projet sur la perte et le gaspillage alimentaire. La vente des conserves participe également au financement de l’activité. Ces financements ont permis d’investir dans du matériel (camion et petit matériel de cuisine, pour un total de 110 000 euros), et de financer 3 emplois. A terme, l’objectif est d’atteindre l’équilibre du modèle économique, notamment grâce aux animations de sensibilisation auprès du public (prestations payantes qui viennent renforcer le modèle). Aujourd’hui il s’agit de solliciter des acteurs publics et privés afin d’investir dans de nouveaux locaux mobiles.

Résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs

• 3 emplois ont été créés depuis la création de l’association

• 5 tonnes de produit sauvées en 2 ans à raison de deux collectes par semaine.

• De véritables liens sociaux durables se sont tissés avec les producteurs, devenus de vrais amis de l’association et qui permettent de communiquer auprès de leurs pairs 

• Plusieurs articles sur l’association ont été publiés(Var matin, etc.)

Originalité

Un service de transformation des surplus de production qui se déplace directement sur les parcelles des agriculteurs, pour les redistribuer auprès d’association d’aide alimentaire. La dimension mobile permet une transformation facilitée pour les producteurs qui n’ont pas besoin de se déplacer.

Partenariat(s)

• L’économe a bénéficié des conseils de Recup & Gamelles et de la Conserverie Mobile et Solidaire. L’économe avait également pris contact avec J’aime Boc’oh, ainsi que Rebelles qui ont pu être sources d’inspiration.

 • La municipalité de Belgentier pour le prêt de locaux 

• TVT Innovation – Agence de développement économique – Métropole Toulon Provence Méditerranée

• Fonds publics départementaux

• Plus de 14 producteurs 

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés pendant la mise en œuvre :

• L’économe est le fruit d’un investissement personnel conséquent notamment pour le matériel, qui comportait des risques financiers néanmoins vite amortis. Les premières années étaient non rémunérées à raison de 50h/semaine pour développer l’activité. 

• Trouver les associations caritatives partenaires pour la redistribution. En effet, les plus gros acteurs tels les Restos du cœur ou la Banque alimentaire n’avaient pas de besoin et il a fallu trouver de plus petites structures ; encore aujourd’hui en période de fermeture de celles-ci, il faut trouver des alternatives comme des structures de maraude

• La saisonnalité de la production avec une période creuse en janvier février et une forte activité estivale 

• L’appropriation des normes juridiques

• Choix de ne pas faire appel à des fonds européens, qui représentent trop de charge administrative • Usage d’un véhicule personnel

• Avant de faire appel aux financements de fondations, pour que celles-ci soient intéressés, par de potentiels abattements fiscaux, il est nécessaire de mettre en place des rescrits fiscaux

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

• L’économe a fait appel à un cabinet de conseil pour s’établir
• Il est possible de calculer selon les périodes quel produit est davantage récupéré pour anticiper l’activité grâce à une production soignée de données qui s’avèrent intéressantes pour d’autres acteurs de l’anti-gaspi et pour les acteurs institutionnels.

Améliorations futures possibles :

  • Développer davantage la gamme de produits salés non protéinés• Investir dans de nouveaux locaux mobiles pour la conserverie afin d’être autonomes (projet pour 2021)
  • Développement d’une activité de buffet-traiteur : élaboration de buffets avec les fruits et légumes collectés ; les essais en 2020 sont concluants et augurent une activité prometteuse • Élargir la gamme de produits récupérés. Ex : le pain pour le broyer en farine pour les buffets (puddings cake etc.) 
  • Développer une activité de transformation avec les produits non distribués de l’aide alimentaire
  • Sélection en priorité des produits bios pour à terme être certifié.
  • Faire appel aux journaux télévisés régionaux tel France 3 pour faire connaître l’initiative
  • Investissement dans un véhicule de fonction
  • Réflexions sur le modèle juridique de l’association pour évoluer en SCIC ou en SCOP
  • Une fois que le modèle économique sera validé et que l’association aura le recul nécessaire pour garantir la viabilité du modèle, le projet pourrait être amené à être répliqué sur d’autres territoires. Plusieurs territoires ont déjà manifesté leur intérêt et des réflexions sont en cours sur les dimensions juridiques et techniques à prendre en compte pour l’essaimage du modèle.

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou un essaimage :

• Le soutien de la municipalité de Belgentier qui met à disposition les cuisines d’un foyer ce qui a facilité la formation aux règles sanitaires et le respect des normes d’hygiène. • Le fait d’être une femme n’a pas été une contrainte et au contraire suscite le respect. • Motivation sans faille nécessaire, de même qu’un fort soutien autour de soi pour réussir (ici soutien financier du conjoint, soutien de la famille et des proches) • Les bénévoles sont motivés par les ateliers de valorisation qui offrent un moment de partage autour de la cuisine après la journée de travail et contribuent au bien-être personnel en recréant des liens sociaux solidaires• Bien appréhender le modèle économique• Régler les questions de traçabilité des produits le plus tôt possible et de prendre contact avec les structures existantes pour être plus efficace• Le soutien de TVT Innovation (Maison des technologies et du numérique à Toulon qui porte les innovations et start-ups) qui a su offrir conseils et financements • Le fait d’avoir des recettes chaque fois différentes (car dépendant des collectes) est plutôt bien reçu dans les épiceries, où la clientèle s’est adaptée à cette variabilité.

Le projet permet de créer du lien sur le territoire et de créer des ponts entre des acteurs qui n’étaient pas amenés à se côtoyer (institutions, agriculteurs) et favorise le travail en synergie 

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Comité de lecture
Date de lecture de la fiche
2021-03-03
Localisation
France
var
Appréciation(s) du comité
Source d’inspiration !
Domaine
AlimentationPauvretéprécarités
Type de structure
Association, collectif, ONG
Envergure du programme
Locale
Bénéficiaires
AgriculteursPopulation précaire
Type d’action
Lutte contre le gaspillage alimentaire
Type d’objectif
Réduction/traitement des déchets, économie circulaireAmélioration de l’accès à l’alimentationMaintien et/ou création direct(e) d’emplois
Localisation
Licence

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Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**