Observatoire

Avec Le Potager de Marianne, A.N.D.E.S cultive l’anti-gaspi au coeur de Rungis

RÉSUMÉ A.N.D.E.S. (Association Nationale de Développement des Epiceries Solidaires) est un réseau d’épiceries solidaires qui a mis en place des chantiers de réinsertion sociale situés sur les marchés de gros de Rungis, Perpignan, Lomme et Marseille pour valoriser et livrer des épiceries solidaires partout en France. Cette fiche se concentre sur le Potager de Marianne, le chantier situé à Rungis et à son articulation avec le réseau A.N.D.E.S.

Auteurs(s)

Cédric
PECHARD

Fiche rédigée par Maëlie BENISTAND-HECTOR

Programme

Lieu de réalisation : Rungis

Origine et spécificités du financement : Ministère de l’Agriculture et de la Pêche et la Direction Générale de la Cohésion Sociale; Subvention Crédit National des Epiceries solidaires dédié à l’achat de produits

Organisme(s)

ANDES RUNGIS Le Potager de Marianne

Rungis – 94150

10 Rue des Tropiques

20Salariés

Site internet

ORIGINE ET CONTEXTE

– En 2000, l’une des premières épiceries sociales voit le jour en France avec l’objectif de permettre aux plus précaires d’économiser sur l’alimentation. Très vite, plusieurs épiceries voient le jour. Or, face à ce développement, en 2008 en partenariat avec le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche et la Direction Générale de l’Action Sociale, A.N.D.E.S prend contact avec le Marché de Rungis pour réfléchir à une solution d’approvisionnement de ces épiceries sur le marché de gros pour capter le gaspillage sur site, le valoriser et par là-même proposer des produits à moindre coût. L’idée est d’allouer le budget consacré aux allocations chômage à des emplois aidés et pris en charge par l’Etat. Le Potager de Marianne voit donc le jour grâce à l’initiative des pouvoirs publics et sert de plateforme tournante pour approvisionner les épiceries en effectuant un tri en amont des dons et récupération d’invendus.

Objectifs

– Favoriser le retour à l’emploi développer l’embauche grâce au développement de l’apprentissage et du travail en équipe
– Réduire le gaspillage alimentaire
– Alimenter les flux de l’aide alimentaire et les relayer via les épiceries sociales et des associations ciblées vers les personnes les plus précaires

ACTIONS MISES EN OEUVRE

a. Approvisionnement :
Le potager de Marianne se fournit auprès du marché de gros de Rungis, peut recevoir les surproductions de producteurs dans le cadre de retraits de marchandises et aussi des dons de producteurs grossistes. Le chantier n’a pas de critères quant à l’identité et la nature de la production ou la nature des produits récupérés. Tout est accepté, la priorité étant l’anti-gaspillage. La livraison est effectuée par les entreprises ou par les employés du chantier. En parallèle le Potager de Marianne noue des partenariats RSE au niveau du groupe SOS d’ANDES. Il y a donc une combinaison d’accords longue durée et de dons ponctuels en cas de surproduction. En cas d’excès de dons, ceux-ci sont renvoyés vers les autres chantiers de réinsertion pour répartir les volumes. A court terme, l’objectif n’est pas de développer une activité de transformation pour une conservation longue durée. Toutefois cela peut l’être une fois l’activité stable et pérenne.
b. Fabrication : Le Potager de Marianne reçoit des denrées sur site où se déplace pour les récupérer, en effectue le tri et le reconditionnement
c. Distribution :
Le Potager de Marianne livre par camion toutes les associations habilitées à l’aide alimentaire (Restos du Coeur, Secours populaire surtout, Secours catholique/islamique…) ainsi que le réseau des 360 épiceries solidaires ANDES. Le chantier n’arrive pas à répondre à l’ensemble de la demande et n’a donc pas besoin de démarcher les associations. Pour les fruits les plus abîmés ou les produits ayant dépassé la date de préférence, Le Potager donne au personnel employé et cible certains organismes ; certaines association acceptent les fruits abîmés.

d. Gestion du stock : Les denrées collectées ne sont pas stockées car très vite redistribuées.

Dimension sociale:
– Les salariés sont recrutés sous la forme de CDD de 6 mois renouvelables 3 fois, avec un engagement pour un retour vers l’emploi.
– Un encadrant technique + un conseiller d’orientation
– Il peut y avoir une prestation de service au produit fini et non pas une facturation au temps passé pour intégrer la baisse de productivité des employés en réinsertion afin de ne pas les précipiter et créer un climat de pression.

Résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs

– 20 emplois aidés sur le chantier
– 3 autres chantiers semblables ont vu le jour
– 500 tonnes de produits revalorisées par an et dont la moitié provient de dons.
– Le Groupe SOS a repris ANDES début 2019 et en effectue le contrôle de gestion
– Emménagement dans de nouveaux locaux pour traiter plus de volumes et créer de nouveaux emplois
– 70% de sorties positives ( CDI, CDD de plus de 6 mois ou une formation longue)
– Changement de locaux pour accueillir davantage d’emplois accompagnés et traiter de plus gros volumes

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés pendant la mise en œuvre :

– La difficulté est d’assurer l’approvisionnement auprès des épiceries ce qui nécessite anticipation et prévision des variétés des légumes.
– Echec de la tentative de transformation des produits dans une volonté de diversification des métiers proposés pour la réinsertion – l’atelier soupe n’était financièrement pas viable car nécessitait un achat de légumes non issus des surplus de production. La dimension anti-gaspi a été perdue, et l’atelier générait des difficultés financières.
– La création de la soupe demandait un lourd outillage en agroalimentaire et impliquait de nombreuses contraintes d’hygiène et techniques. L’Étude en amont avait mal évalué l’investissement que cela représentait pour la structure.

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

– Les épiceries commandent en avance les produits qu’elles souhaitent en fonction des saisons pour assurer un minimum de prévisibilité. Toutefois, les volumes ne sont pas garantis.
– Afin d’optimiser la redistribution, il n’y a pas de hiérarchie entre les bénéficiaires pour s’adapter aux besoins des uns et des autres. Ainsi pour de la distribution en direct, sont privilégiés les gros fruits tandis que pour la cuisine, les fruits plus petits sont donnés.
– ANDES a revendu l’atelier soupe à une start up qui fait des pickles bios fournissant la grande distribution ;
– Le groupe SOS a repris A.N.D.E.S pour une meilleure gestion, et l’équipe a entièrement été renouvelée.
– Véritables concentration sur l’anti-gaspillage pour ne plus lancer des projets risqués et coûteux et qui s’en éloigne.
– Fait appel aux petits réseaux toujours preneurs de surplus pour réguler la redistribution, les gros réseaux très organisés ont moins de besoins (SP, Restos du Coeur)

Améliorations futures possibles :

– De plus en plus de partenariats RSE avec les entreprises de l’agroalimentaire qui livrent des produits ayant dépassé la date “de préférence” pourraient être envisagées. Toutefois les épiceries refusent davantage les “sous-produits” (contrairement aux réseaux spécialisés qui se spécialisent dans les dates courtes). Cet élargissement des produits acceptés permet d’agrandir l’offre des épiceries solidaires, quitte à aller à l’encontre de la promotion du bien manger, principe initiateur du projet (rendre accessible les produits frais aux plus précaires). Pour autant, un engagement idéologique trop strict (fruits, légumes, bio, local,…) limiterait l’impact de la lutte contre le gaspillage alimentaire.
– Volonté de se développer vers Bordeaux/ Strasbourg/ Rouen où il n’y a pas de chantier et où les épiceries ne peuvent être livrées localement.
– Réflexion possible sur un atelier de transformation, si l’activité est stable, et que le projet reste en adéquation avec les objectifs fondateurs du chantier

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou un essaimage :

– Succès notamment grâce à l’initiative des pouvoirs publics et de leur soutien financier conséquent, ce qui facilite les démarches – pas de dimension entrepreneuriale de la part d’un individu mais création à l’initiative des pouvoirs publics. L’Etat peut donc jouer un rôle structurant pour fluidifier le réseau de la lutte contre le gaspillage alimentaire.
– Avant sa reprise par SOS, ANDES disposait d’un un siège social de 3-4 personnes, dont une chargée des partenariats, ce qui permettait de à répondre aux appels d’offre et à projets;
– Légitimité acquise depuis 20 ans

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Comité de lecture
Date de lecture de la fiche
23/02/2021
Localisation
France
val-de-marne
Appréciation(s) du comité
Impacts élevés !
Domaine
AlimentationEmploi et insertion
Type de structure
Association, collectif, ONG
Envergure du programme
Locale
Bénéficiaires
ChômeursPersonnes en situation de handicap
Type d’action
Lutte contre le gaspillage alimentaire
Type d’objectif
Aide et insertion (personnes handicapées/chômeurs…)Maintien et/ou création direct(e) d’emplois
Localisation
Licence

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Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**