Observatoire

PHYT’INNOV : réfléchir et agir sur les leviers de réduction des phytosanitaires dans le vignoble bordelais

Sur le bassin versant de la Dordogne et plus particulièrement sur le département Girondin, la “Première Association pour le Système de Management Environnemental (SME) du Vin de Bordeaux” a été créée en 2010. Elle a été initiée par le CIVB (Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux) afin de créer une démarche innovante et collective pour aborder la transition agroécologique des viticulteurs girondins.

Auteurs(s)

Agathe
Minot

Fiche rédigée par Laëtitia GONI-LIZOAIN

Programme

Démarrage : 2015 (clôturé en 2020)

Lieu de réalisation : Vignoble Bordelais (Gironde)

Origine et spécificités du financement : Subvention de la DRAAF Nouvelle – Aquitaine pour animer le GIEE et diffuser les bonnes pratiques

Organisme(s)

Première Association pour le SME (Système de Management Environnemental) du Vin de Bordeaux

bordeaux – 33000

1 cours du 30 juillet

Site internet

ORIGINE ET CONTEXTE

Agathe MINOT est responsable de la Première Association pour le Système de Management Environnemental (SME) du Vin de Bordeaux, lancée par le Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux (CIVB). L’objectif en 2010 était de créer une démarche innovante et collective pour aborder la transition agroécologique des viticulteurs girondins. L’association accompagne les entreprises volontaristes via un programme de formations collectives et individuelles avec des formateurs issus du maillage local pour créer une dynamique territoriale. Le SME représente 12% en surface du vignoble Bordelais, soit environ 400 viticulteurs sur environ 6000 sur le vignoble bordelais.
C’est en 2015 que le GIEE PHYT’INNOV a été mis en place. Ce dernier regroupait au départ une vingtaine d’entreprises très motivées, qui se sont portées volontaires pour réduire leur utilisation de produits phytosanitaires.

Objectifs

L’objectif du GIEE PHYT’INNOV est de limiter l’utilisation des produits phytopharmaceutiques et son impact en créant une dynamique collective pour faire émerger des bonnes pratiques (diffuser ensuite à la filière). Pour cela les entreprises volontaires ont choisi de modifier une pratique technique , économique ou sociale (formation, sensibilisation des équipes, …) dans l’objectif de :

– Réduire la valeur de l’indice de fréquence de traitement (IFT) et éventuellement retravailler l’IFT en prenant en compte les aspects toxicologique et éco toxicologique.
– De diminuer les charges de l’exploitation :
Par une plus grande autonomie vis-à-vis de l’achat des intrants extérieurs (suivi des coûts du poste phytosanitaire en euros par hectare).
Par de la mutualisation (calcul du retour sur investissement de l’achat de nouveau matériel dans le cadre collectif).
– Améliorer les conditions de travail des membres et pour leurs salariés. Indicateur résultats : suivi de mise en place d’EPI (équipement de protection individuelle).

La certification n’est pas une obligation. Le SME souhaite que les entreprises prennent conscience de leur impact environnemental, l’analyse et le réduise.

ACTIONS MISES EN OEUVRE

Concrètement trois actions ont été réalisées dans le GIEE PHYT’INNOV :
Première action : diagnostic agroenvironnemental sur l’exploitation réalisé sur une demi-journée voire une journée. L’objectif est de faire émerger les risques environnementaux du site pour proposer un plan d’action et les hiérarchiser. Ce diagnostic est couplé à un point réglementaire (mise aux normes par rapport aux risques, aux conditions de traitement, à la protection des salariés, au code du travail, …).

Deuxième action : création collective d’un indicateur IFT (Indice de Fréquence de Traitement phytosanitaire) éco toxicologique (IFT toxicologique : santé humaine, IFT écotoxicologie : toxicité par rapport à l’environnement). A partir des phrases de risques des produits phytosanitaires, les viticulteurs et l’animatrice ont créés un code couleur. Cela leur permet de voir visuellement le classement du produit vis – à – vis de l’humain et de l’environnement lorsqu’ils remplissant leur calendrier de traitement.

Troisième action : diffusion de bonnes pratiques.
Guide des bonnes pratiques avec plusieurs volets : préservation de la ressource en eau, biodiversité, aspect management environnemental et pilotage phytosanitaire, publié en 10 000 exemplaires . Créé en 2017, le guide est renouvelé chaque année en intégrant les entreprises nouvellement certifiées.
Revue de direction avec présentation des résultats du collectif : audit annuel avec les résultats au niveau de la stratégie environnementale, des points d’amélioration, des points d’attention, un point sur les indicateurs de performance environnementale avec la veille réglementaire.

Zoom sur la ressource en eau :
Diffusion des bonnes pratiques. Par exemples récupération des eaux de pluie pour les traitements, mise en place de pistolet à cran d’arrêt dans les chais, mise en place de sous compteurs d’eau pour améliorer le suivi des consommations, optimisation du nettoyage des cuves, … traitements des effluents obligés.
Outils de système d’information géographique: chaque adhérent a accès à ses parcelles et aux cours d’eau classés.

Biodiversité :
Implantation de ruches et travail avec les apiculteurs pour les entreprises volontaires (certification Bee-Friendly), mise en place de jachères fleuries.
Implantation de haies et certaines entreprises sont également intéressées par l’agroforesterie.

Résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs

Le diagnostic agroenvironnemental :
A donné lieu à une restitution individuelle (plan d’action, conseils pour limiter les risques sur les sites) et une restitution collective pour comparer les pratiques du groupe (périodicité du renouvellement du parc de pulvérisateur, façon d’étalonner les pulvérisateurs avant -pendant la campagne, …).
Sur la campagne phytosanitaire de 2019 : 380 calendriers de traitement ont été consolidés. Des moyennes d’IFT ont été réalisées pour permettre aux viticulteurs de se situer dans un collectif et par rapport à des exploitations qui leurs ressemblent (caractéristique : taille exploitation et zone de production : Médoc, Grave, …).
La création du code couleur pour l’IFT plait aux viticulteurs car c’est très parlant, et favorise la prise de recul par rapport à leur propre calendrier de traitement. Néanmoins une mise à jour est nécessaire par suite de l’évolution des phrases de risque.
En 2018, 28 entreprises engagées. En 2020, 412 adhérents dont 358 certifié ISO 14001 et/ou HVE.

Originalité

CIVB (Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux), IFV (Institut Français de la Vigne et du Vin), Conseil départemental de Gironde, Agence de l’eau Adour – Garonne.
Fédération des chasseurs et Arbres et Paysages 33.
Travaille avec LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) : participation à l’expérimentation avec les chauves – souris.
Depuis 2020 : groupe pilote pour le label Bee Friendly (14 entreprises qui se sont lancées).

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés pendant la mise en œuvre :

Clôture du GIEE en 2020 par manque de ressources pour animer le groupe.
Manque de moyens humains et financier pour réaliser des visites de suivi.
Difficile d’avoir des résultats chiffrés : il est difficile d’associer l’évolution des indicateurs au changement d’une seule pratique. Car depuis le lancement du projet, les viticulteurs ont déployé de nouvelles techniques qui influencent également les résultats.

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

Envisage de refaire l’expérience en balisant un peu plus les choix de l’action à modifier pour faciliter l’interprétation des résultats. Il faudrait également renforcer le suivi individuel pour mieux identifier les facteurs pouvant influencer les résultats.

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou un essaimage :

Travailler avec des entreprises volontaires : cela facilite l’avancée du est plus facile pour faire avancer le projet car en général elles ont déjà des techniques à partager, se sont déjà remises en question et s’intéressent aux thématiques « novatrices ».
Le maintien de points réguliers en collectif :
Permet de créer une émulation au sein du groupe, maintien l’intérêt et l’implication des viticulteurs, visites de site.
Echanges sur des problématiques communes avec d’autres professionnels.

Pour en savoir plus

Guide des bonnes pratiques : http://www.flip-book.online/SME/GuideBonnesPratiques

Partager sur

Comité de lecture
Date de lecture de la fiche
17/11/2020
Localisation
France
gironde
Appréciation(s) du comité
Viabilité économique à renforcerPréservation de la ressource en eau
Domaine
EnvironnementAgriculture
Type de structure
Association, collectif, ONG
Envergure du programme
Locale
Bénéficiaires
Agriculteurs
Type d’action
Services d’accompagnement Formation, gestion, aide technique, juridique…
Type d’objectif
Préservation de la qualité des eauxDépollution des modes de production agricole (introduction d’alternatives aux intrants chimiques, pesticides, fongicides…)Transmission de pratiques responsables aux professionnels
Localisation
Licence

Copyright: Licence Creative Commons Attribution 3.0
Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**