Observatoire

La ferme du lycée agricole d’Aurillac s’engage dans la transition agroécologique

La ferme du Lycée agricole d’Aurillac, située sur le bassin versant de la Dordogne, a commencé sa transition agroécologique en 2016. L’objectif est de former les étudiants, d’acquérir un maximum d’autonomie, d’être économiquement viable tout en réduisant son impact sur l’environnement et en produisant des fromages de qualité.

Auteurs(s)

Pauline
Herbemont

Fiche rédigée par Laëtitia GONI-LIZOAIN

Programme

Démarrage : 2015

Lieu de réalisation : Aurillac (Cantal)

Origine et spécificités du financement : Financement CASDAR sur 3 ans sur la transition Agroécologique Convention avec l’agence de l’eau Adour – Garonne : financement à 50% de certaines actions (clôture, chemin, adduction d’eau, formation, …) : 46 000 euros sur un projet de 92 000 euros. Fonds

Organisme(s)

EPLEFPA G Pompidou – ENILV

Aurillac – 15000

Rue de Salers

4Salariés

Site internet

Média sociaux

ORIGINE ET CONTEXTE

La ferme a été achetée en 1907. Au départ, le troupeau était constitué de vaches mixtes Salers pour fournir du lait à l’ENIL (Ecole Nationale d’Industrie Laitière), école historique locale qui formait les fromagers. Quelques porcs (pour la valorisation du lactosérum) et des vergers étaient également présents. Au cours du temps, le troupeau a évolué en termes de nombre en même temps que les surfaces. Un troupeau de Prim Holstein a été acheté dans l’objectif de produire plus de lait et les Salers sont devenues allaitantes. Jusqu’en 2010, l’exploitation était basée sur un modèle intensif avec pour objectif la performance (vaches hautes productrices, cultures de maïs, pas d’autonomie, …). En 2013, le Conseil Régional a réalisé un audit sur toute les fermes des lycées agricoles d’Auvergne questionnant un problème de rentabilité. Par suite de ce diagnostic, la reconception globale de la ferme a été envisagée. En 2016, après deux ans de travail pour écrire le projet d’exploitation (mené sur 5 ans) en concertation avec les partenaires locaux (élus, partenaires techniques, fournisseurs, clients, élèves, …), le conseil d’administration a approuvé ce projet. La ferme se tourne désormais vers l’agroécologie.

Objectifs

Le projet mis en place par la ferme du lycée agricole d’Aurillac a pour but d’effectuer une transition agroécologique. Cela implique de diminuer nettement l’impact environnemental tout en améliorant l’efficacité économique et la qualité de vie au travail. En d’autres termes, la ferme souhaite être autonome, produire du lait à faible coût et réduire l’effectif des troupeaux pour s’adapter aux surfaces disponibles. Cela implique de nombreux changements à différentes échelles. De plus, pour mesurer ces changements, des diagnostics seront menés (2015, 2018, 2021).

ACTIONS MISES EN OEUVRE

– Conversion à l’agriculture biologique (certifiée depuis 2017).
– Arrêt du maïs en 2017 remplacé par du méteil afin d’être plus autonome avec des cultures naturellement équilibrées.
– Moins de travail du sol : semis direct ou techniques culturales simplifiées, essais de semis direct sur prairie vivante.
– Valorisation de l’herbe : pratique du pâturage tournant pour tous les lots d’animaux en adaptant le troupeau à la surface. – – Depuis 3 ans, les engrais de synthèse ont été arrêtés sur les prairies. Elles sont uniquement fertilisées naturellement par vaches qui pâturent afin les plantes des prairies apprennent de nouveaux à développer des racines en profondeur et pour développer la biodiversité (en lien avec le goût des fromages).
– Modification de l’alimentation des animaux : travail en partenariat avec l’association « Eleveurs autrement ».
– Fabrication de fromage Salers et Cantal fermier. Vente à la laiterie (et non plus à un grossiste) de l’ENIL qui affine et vend les produits.

Agroforesterie :
– Plantation de 1 000 arbres en 4 ans : chaque année grande plantation en hiver avec les élèves selon différents objectifs (redessiner le pâturage, pour faire de l’ombre, pour travailler sur l’eau).
– Plantation de 400 arbres fourragers en 2018 à un mètre de distance pour redessiner le pâturage, avec la mise en place de clôture amovible autour pour faire des arbres comestibles sur pied. Programme de suivi de la pousse des arbres, la quantité mangée par les vaches, l’impact sur le lait, sur la santé des animaux, sur le fromage, sur les arbres.
– Valorisation des arbres/haies en bois plaquette pour faire la litière en remplacement de la paille.

Programme sur l’eau :
– Diagnostic eau de l’exploitation (ressource disponible, consommée, rejetée en quantité et qualité).
– Problème de tarissement des sources : captage d’autres sources (chercher avec des sourciers) et mise en place d’abreuvoir en dur en fonction du parcellaire dessiné pour le pâturage tournant.
– Pédagogie sur les différents ateliers
– Exemple du projet PROGEMOH (promouvoir une gestion productive et durable des milieux ouverts herbacés) : diagnostic réalisé par les élèves d’une parcelle sous utilisée de 3 ha afin de la valoriser.
– Formations en éthologie, en reboutage, utilisation de la herse étrille en fonction du calendrier lunaire, …
– Plusieurs diagnostics : mesures de durabilité (IDEA, Durabilité du CIF), impact sur les émissions de gaz à effet de serre (Dairy Carbon, Beef Carbon), la performance économique (comptabilité agricole), la présence et le type de flore bactérienne du lait (CASDAR FlorAcQ), la typologie des prairies (DIAM), la valorisation des haies (Mission Haie Auvergne), le bien – être animal (welfare quality, boviwell).

Expérimentations :
Avec le Herd Book et la coopérative locale dans l’objectif de montrer que l’utilisation de très bons taureaux au niveau génétique améliorent les résultats technico – économique (programme qui prendra fin en 2021).
Observations par l’INRA des vitesses de croissance, le format, le rendement et la qualité de la viande sur des broutards (10 Salers purs, 10 croisés Salers – Charolais, 10 croisés Salers – Angus) alimenté pendant 18 mois uniquement avec de la pulpe de betterave et de l’enrubannage, soit sans concurrence à l’alimentation humaine.

Résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs

Gain de temps de travail, de fuel, gain économique car il y a plus de production sur la même surface.

Prairie :
– Utilisation de la typologie des prairie AOP du massif central, pour mesurer l’incidence sur la flore du pâturage tournant. – Typologie complète de l’exploitation réalisé en 2015 et refaite en 2020 (résultats à venir) dans le cadre du projet « santé globale des fermes agroécologiques » mené par VetagroSup. 2015 : prairie de type 8 = très productives, donne une jolie couleur au fromage mais pas de goût (flore prairiale basique).
Cette année, meilleure production de lait (25 litres contre en moyenne 22 – 23 litres) avec uniquement du pâturage pendant 2 mois et 3 kilos de céréales (pas de foin du tout).
– Fabrication de fromage au lait cru et haut de gamme (Salers) : l’objectif est de développer la diversité des prairies pour obtenir un meilleur goût au fromage. Fromage Salers noté : gain de 0,2 – 0,3 points (au-dessus de 14/20, parfois fromage à 15,5).

Modification alimentation des vaches :
– Impact sur la santé : moins de mammites, moins d’acidose.
– Moins de gaspillage, meilleure rumination et donc meilleure digestion.
– Réduction de l’alimentation : moins 5 kg de matière sèche par jour et production de plus de lait.
– Arbres fourragers mangeable sur pied : peu de travail de manutention.

Programme sur l’eau :
– Diagnostic : la récupération de toutes les eaux de toitures des bâtiments présents sur la ferme permettrait d’avoir plus d’eau que ce qui est consommée (environ 4 200 m3 récupérable pour une consommation de 2 9 00 m3).
– Mise en place des abreuvoirs : gain de production de 2 litres de lait par vache, moins de temps de travail (moins d’utilisation des tonnes à eau).
– Pédagogie : réouverture de la parcelle, gain de 10 m sur la clôture, mise en place d’abreuvoir, moins de gaspillage d’herbe.

– Émissions de GES : pas encore à l’optimum mais réduction par l’allongement des rotations et l’arrêt du travail du sol sur les prairies.
– Mesure flore bactérienne du lait : cela a permis de typer le lait, de voir que tout était trop nettoyer (utilisation de méthodes industrielles pour nettoyer la salle de traite, la fromagerie, le sol, …). Donc diminution de la pression sur les bactéries (diminution du nombre de lavage à l’acide dans la machine à traire, sur les animaux : trempage – désinfectant, post – trempage – désinfectant, maintenant seulement des lingettes alcoolisées).

Originalité

Une conversion qui mêle également de l’apprentissage ainsi que le développement d’une marque commerciale « Montagnards en herbe ».

Partenariat(s)

Chambre d’agriculture du Cantal, Groupe Altitude, Bovins Croissance, AOP Massif Central – Pôle fromager, BouMatic, INRA, Sodiaal, GDS Cantal, MSA, Terrya, Cantal Conseil Elevage, Groupe Salers Evolution, CIF (Comité Interprofessionnel des Fromagers), Association Eleveurs autrement, JC Poencet.

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés pendant la mise en œuvre :

Il faut que tout le monde arrive à changer en même temps.
Avant d’apporter de la technique agroécologique, les personnes doivent être convaincues de son bien fondé. Le changement de pensée prend du temps.
Turn – over régulier des salariés.

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

ravail sur la reconnexion au vivant avec des sociologues depuis 2018 : projet I – SITE avec l’Université de Clermont – Ferrand, l’INRA, la DGER qui réalise ce projet sur 7 EPL en France. Problématique générale : si vous voulez aller plus vite et plus loin dans la transition agroécologique, comment faire ? Quels sont les leviers et les freins ? Enquête auprès des salariés et des professeurs à Aurillac et restitution en Novembre 2020.

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou un essaimage :

Intégration de tous les acteurs du territoire dans le pilotage de la transition. Cela permet de lever les freins et les malentendus.
Recherche de légitimité des actions grâce à des gens qui ont l’expérience de ces transitions (éleveurs ET recherche).
Un des seuls producteurs à faire du fromage Salers BIO en France (seul produit sur la ferme à être vendu au-dessus du coût de production).

Idées de sujet(s) de recherche fondamentale ou appliquée, utile(s) pour le présent programme :

Intégrer les arbres dans la ration de base des vaches.
Aider à l’ouverture de conscience sur l’agroécologie : un préambule à la transition ?

Pour en savoir plus

https://www.facebook.com/paturagesmassifcentral/videos/343785049978035

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Comité de lecture
Date de lecture de la fiche
2020-11-13
Localisation
France
cantal
Appréciation(s) du comité
Impacts élevés !Préservation de la ressource en eau
Domaine
EnvironnementAgricultureAlimentationEducation et formation
Type de structure
centre-de-formationAssociation, collectif, ONGEtablissement public
Envergure du programme
Locale
Bénéficiaires
Elèves, étudiantsAgriculteurs
Type d’action
Agroécologie
Type d’objectif
Préservation de la qualité des eauxDépollution des modes de production agricole (introduction d’alternatives aux intrants chimiques, pesticides, fongicides…)Transmission de pratiques responsables aux professionnelsMaintien et/ou création direct(e) d’emplois
Localisation
Licence

Copyright: Licence Creative Commons Attribution 3.0
Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**