Depuis sa création en 1996, le GAEC de Trevarn (Finistère) a évolué progressivement d’une ferme laitière conventionnelle à un système biologique herbager sur lequel se sont greffées de multiples autres activités (maraîchage, bois de chauffage, bière, chemin paysager, pédagogie) alliant biodiversité, stockage de carbone création d’emploi et redynamisation d’un village
Démarrage : 1996
Lieu de réalisation : Trevarn, Saint Urbain, Finistère, France
Origine et spécificités du financement : Installation agricole financée par fonds propres et subventions agricoles et aides à l’installation agricole. Modèle économique basée sur la vente des produits agricoles complémentée par subventions agricoles (aides PAC, aides à l’agriculture biologique,
GAEC de Trevarn
Saint-Urbain –Trevarn
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A l’origine, deux frères ont repris et développé la ferme familiale laitière conventionnelle (depuis 1996) qui s’étend actuellement sur environ 90 ha et 5 ha de bois. Prenant conscience des limites du modèle industriel basé sur l’utilisation des intrants et la dépendance aux services extérieurs à la ferme, ils ont cherché à gagner en autonomie. En tant que paysans bien installés et ancrés dans le territoire, ils ont constaté qu’ils pouvaient jouer un rôle dans le soutien de nouvelles activités créées par des jeunes afin de redynamiser le territoire
L’objectif initial des frères Glinec était de dégager un bon revenu sur des terres à faible potentiel agronomique tout en valorisant au mieux les ressources de la ferme. Au cours des années, ils se sont rendus compte que leur activité pouvait également répondre à d’autres enjeux sociétaux (préservation et valorisation du paysage et des écosystèmes, création d’emploi et économie locale). Ces objectifs ne correspondent pas à un programme formalisé mais plus à un cheminement intellectuel et humain favorisé par de multiples rencontres.
Dès 2010, passage de la ferme d’élevage à un système 100% prairies cohérent pour la production laitière à bas intrants. Réflexion et investissement en équipement pour gestion écologique et valorisation des habitats (prairies, talus, bois). Conversion à l’agriculture biologique en 2018. Soutien à la création d’activités de jeunes non issus du milieu agricole par location de parcelle (1,6 ha à une maraîchère bio dès 2013), de bâtiments (anciennes étables pour stockage et vente de la maraîchère ; location de 90m2 à un microbrasseur), mutualisation de l’équipement (tracteur, forage en commun etc.) et entraide agricole. Organisation de portes ouvertes.
Revenu agricole satisfaisant sur un système dont la gestion écologique maintient un haut niveau de biodiversité (ex : 330 espèces botaniques (Glinec, 2016)), stocke du carbone (haies et prairies) et préserve l’eau. Création et gestion d’un sentier de promenade servant d’interface entre la ferme et les habitants dans un habitat d’intérêt communautaire. Création d’un emploi à plein temps (maraîchère) et à mi-temps (brasseur). Production et vente locale de 40 T de bois de chauffage par an. Redynamisation du village (maisons rénovées) et création d’un tissu social et commercial vivant (vente à la ferme, événements culturels, concerts, portes ouvertes). Accueil gratuit de nombreux groupes scolaires agricoles (pédagogie).
L’écosystème d’activités créé à Trevarn s’est développé progressivement, de manière endogène par effet « boule de neige » grâce à des « alliances » entre néo-ruraux, habitants locaux et des agriculteurs traditionnels qui ont pris conscience de la nécessité de gérer de manière durable les ressources de leur milieu et de s’adapter aux enjeux actuels de société.
Les agriculteurs historiques ont été amenés à créer des interactions et des partenariats avec d’autres interlocuteurs que ceux qui gravitent habituellement autour d’une ferme, en particulier des structures naturalistes (Conservatoire botanique de Brest où un des frères est devenu botaniste bénévole, association « Bretagne vivante », Groupe mammalogique brestois), des acteurs territoriaux (PNR d’Armorique, Syndicat de bassin de l’Elorn) et des chercheurs (INRA, Institut Universitaire de la Mer).
Jargons et concepts complexes à maîtriser quand on se lance dans la gestion écologique.
Difficulté à trouver les bonnes sources d’information et de créer son réseau.
Acquisition progressive des connaissances et savoir-faire naturalistes nécessaire pour valoriser au mieux les habitats (différentes prairies, talus, haies, bois) de la ferme tout en les préservant. Prise de conscience et activation des aides publiques qui rémunèrent la gestion écologique (ex MAEC).
Création d’autres emplois sur la ferme : par le démarrage d’une activité de fromager pour transformer et valoriser une partie du lait bio produit sur la ferme, activité autour du bois de chauffage ou bois d’œuvre, atelier de poulet suiveurs des vaches, création d’une cantine alimentée par des produits locaux.
Les différentes activités se sont imbriquées progressivement les unes aux autres sur un socle économiquement viable avec des personnes jugées fiables. Nécessité de prendre son temps, d’être très pragmatique au niveau économique, de travailler avec les bonnes personnes. La mutualisation et la solidarité s’organisent entre des activités (élevage, maraichage, bière) qui sont indépendantes au niveau économique, juridique et financier et où chacun reste maître de son activité. Cette indépendance limite les problèmes de gouvernance inhérents à un projet collectif. La proximité de Brest permet de valoriser une partie des produits via une clientèle urbaine en recherche de local.
Travail sur la maximisation des emplois et de la valeur ajoutée sur des fermes diversifiées, nécessité de trouver de nouvelles notions : « travailleurs/ ha « , valeur ajoutée /ha , caractérisation de la valeur d’une haie en euros ou en kw/heure, réflexion sur les activités à rajouter sur une ferme diversifiée sans pénaliser les activités précédentes. Création de jeux et supports ludiques pour imaginer un paysage économique sur une ferme existante. Création de référentiels techniques, juridiques, économiques pour des fermes aux activités diversifiés.
GLINEC J.-F.. Etude de la flore d’une exploitation laitière du fond de la rade de Brest. E.R.I.C.A. (2016). 30 : 77-86.
https://www.letelegramme.fr/local/finistere-nord/brest/landerneau/alimentation-du-betail-la-prairie-par-la-preuve-05-07-2011-1360171.php
https://www.encyclopediapratensis.eu/product/guide-paturage/la-biodiversite-de-mes-patures-il-peut-y-avoir-du-beau-monde/
https://www.ouest-france.fr/bretagne/landerneau-29800/estelle-ingenieur-agronome-est-devenue-maraichere-866800
https://www.ouest-france.fr/bretagne/saint-urbain-29800/gwen-brunet-brasse-ses-trois-mignonne-trevarn-3432685
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Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**