Observatoire

Un système alimentaire pour tous : la mobilisation citoyenne de Parole d’excluEs

Parole d’excluEs soutient depuis 2007 le développement d’un système alimentaire territorialisé dans les quartiers défavorisés du Nord-Est de Montréal. Les projets sont directement pris en charge par les citoyens mobilisés pour la production, la transformation et la distribution de produits alimentaires sains, ce qui permet une meilleure cohésion sociale dans les quartiers concernés, ainsi qu’un renouvellement des activités économiques.

Auteurs(s)

Patrice
Rodriguez
Coordinateur général

Fiche rédigée par Louise Veron

Programme

Démarrage : 2007

Lieu de réalisation : Montréal

Origine et spécificités du financement : Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, Conseil Régional de l’environnement de Montréal, Assemblée Nationale du Québec, Caisse d’économie solidaire Desjardins, Direction de la Santé Publique, Ecole Hotel

Organisme(s)

Parole d’excluEs

Montréal, Quebec – H1G 3S1

11991, rue Lapierre #201

Site internet

Média sociaux

ORIGINE ET CONTEXTE

Les fondateurs de Parole d’excluEs travaillaient depuis plus de trente ans sur les questions de pauvreté et d’exclusion. Le collectif a été créé en 2006, composé par des universitaires, des chômeurs, des militants. Un programme de mobilisation contre l’exclusion par le logement social a vu le jour dans trois sites marqués par la pauvreté à Montréal autour de l’Îlot Pelletier et au nord-est de la ville, à la suite d’une étude menée sur les besoins et les aspirations de la population en 2009, qui a montré qu’un tiers des foyers nord-montréalais étaient en situation d’insécurité alimentaire. Des idées de réponse à la problématique alimentaire ont émergé en 2010, avec la mise en place d’un Comité de Suivi en Sécurité Alimentaire, alors que des initiatives citoyennes de création de jardins potagers en ville avaient déjà vu le jour.

Objectifs

Les objectifs du programme étaient d’abord qualitatifs : il s’agissait de permettre aux victimes de la pauvreté et de l’exclusion dans certains quartiers ciblés de Montréal de se nourrir mieux, en leur permettant de développer des activités de jardinage afin de respecter le principe de participation citoyenne. Avec l’agrandissement progressif des surfaces à cultiver, les objectifs se sont transformés, avec la nécessité d’optimiser la gestion des transformations et de la distribution des produits alimentaires, toujours selon les besoins des citoyens et dans une perspective globale d’instauration d’un système alimentaire efficace, permettant à la fois un bon accès à l’alimentation, la mise au travail des personnes, et la création d’espaces de socialisation.

ACTIONS MISES EN OEUVRE

Un système alimentaire à trois dimensions a vu le jour, impliquant 3000 à 6000 personnes, sur 40 ha :
-La production alimentaire est assurée par l’agriculture urbaine, avec le développement de jardins collectifs qui permettent de développer des activités économiques gérées par un comité citoyen, avec notamment la culture d’herbes médicinales. La surface cultivée représente à présent 1 hectare.
-La transformation de produits est également prise en charges par les citoyens, avec par exemple la confection de sauces à partir de légumes importées d’Haïti, ou un projet d’entreprise artisanale de création de pains favorisant l’insertion de jeunes en difficulté.
-La distribution de produits confectionnés ou achetés à des petites entreprises partenaires se fait par une coopérative solidaire.

Résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs

Un changement radical est notable dans les quartiers ciblés au départ : les citoyens se sont réappropriés l’espace public, le lien social a été renforcé, et l’environnement est transformé, avec beaucoup plus de zones vertes. La criminalité a diminué et la qualité de vie des habitants s’est améliorée grâce à l’agriculture urbaine qui permet de générer des revenus et de limiter l’exclusion des personnes qui travaillent ensemble autour de projets durables et ont également un meilleur accès à l’alimentation.

Originalité

Le programme développé par Parole d’excluEs se distingue par l’idée de développer un système alimentaire dans des zones précaires en impliquant complètement les citoyens concernés, devenus acteurs du développement de leur propre quartier. L’accès à une meilleure alimentation est permis par le développement d’un ensemble d’activités “socialisantes”, et devient une des dimensions de l’amélioration de l’environnement et de la qualité de vie des personnes.

Partenariat(s)

-La Société d’Habitation Populaire de l’Est de Montréal qui met sur pied des projets d’habitation
-Les Accorderies : associations solidaires qui promeuvent l’échange de services dans chaque quartier
-Les Comités citoyens dans chaque quartier
-18 petites entreprises partenaires qui fournissent la coopérative en produits alimentaires.
-Des fondations privées, la municipalité, l’arrondissement, le ministère pour le financement des projets.

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés pendant la mise en œuvre :

Le financement pose toujours problème. Certaines organisations caritatives ou des élus locaux ont aussi parfois exprimé leur mécontentement face aux méthodes mises en œuvre par le programme de Parole d’excluEs pour répondre aux problèmes de précarité : la mobilisation citoyenne dérange, car certains responsables politiques craignent de perdre le contrôle de la population, ce qui peut entrainer des tensions.

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

Progressivement, des bailleurs de fond prennent conscience du lien entre les questions sociales, économiques et alimentaires, et participent au financement des projets.

Améliorations futures possibles :

A long terme, il s’agit d’étendre le système alimentaire à tout l’est de Montréal, et éventuellement à d’autres zones. Des systèmes alimentaires existent déjà dans d’autres localités, mais ils concernent rarement les personnes en situation de précarité. Des collaborations avec d’autres systèmes sont à développer.

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou un essaimage :

Il est nécessaire de toujours inclure les citoyens aux projets de leur quartier, et de leur donner les moyens de se les approprier : sans cela, les projets ne peuvent pas fonctionner sur le long terme.

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Comité de lecture
Date de lecture de la fiche
2016-07-04
Localisation
Canada
Appréciation(s) du comité
Impacts élevés !
Domaine
EnvironnementPauvretéprécaritésAgricultureAlimentationExclusion et isolementAménagement, développement local
Type de structure
Association, collectif, ONGCoopérativeMouvement citoyen
Envergure du programme
Locale
Bénéficiaires
Population précaire
Type d’action
Agriculture urbaine
Localisation
Licence

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Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**