La Laiterie du Berger (LDB) a été créée en 2006 afin de produire un lait de qualité grâce aux éleveurs de la région de Ferlo, au Sénégal. L’objectif de l’entreprise est de garantir une source de revenus régulière pour les éleveurs et de participer ainsi à l’amélioration de leurs conditions de vie.
Démarrage : 2006
Lieu de réalisation : Région de Ferlo, Sénégal
La laiterie du Berger (LDB) naît en 2006 d’un constat de son fondateur Bagoré Bathily, vétérinaire de formation : « 90 % du lait consommé au Sénégal est importé, alors que 30 % de la population vit traditionnellement de l’élevage. C’est une aberration. »
L’idée était de mettre au point une laiterie qui garantirait un revenu régulier aux agriculteurs en collectant quotidiennement leur production. La Laiterie du Berger cherche à valoriser le lait local, principalement par la fabrication de yaourt à base de lait frais.
• Pour collecter le lait dans la brousse, la LDB a sondé les agriculteurs dans un rayon de 50 km autour de Richard Toll et a organisé des circuits de collecte. La relation est non contractuelle et basée sur la confiance
• Les agriculteurs reçoivent un bidon numéroté qui permet à l’usine de les identifier. La LDB les paye à la fin du mois (0,39 dollar américain par litre, en espèces)
• Les collecteurs conduisent des missions dans la brousse afin d’améliorer la collecte et d’apporter un soutien technique aux agriculteurs (sensibilisation à l’hygiène laitière, conseils vétérinaires et nutrition des troupeaux laitiers)
• Le lait est industriellement transformé et les produits laitiers (yaourt, thiakry et crème fraiche) sont conditionnés sur le site de production de Richard Toll. Le yaourt est alors vendu à Dakar, Saint Louis et dans le district de Richard Toll
• Afin d’atténuer les effets saisonniers, la LDB vend à un prix raisonnable des produits pour l’alimentation des animaux et stabilise les prix en saison sèche. Le prix des aliments est déduit des ventes de lait
• Une étude quantitative basée sur un questionnaire a évalué la relation entre les éleveurs et la LDB : 123 enquêtes ont été conduites auprès de 364 propriétaires de bidons actifs en 2010 (soit 1/3 des bidons)
• Des puits et des forages ont amélioré l’accès en eau (un progrès important pour la production laitière).
• 2006, 200 éleveurs ont approvisionné la laiterie ; en 2010, près de 800 éleveurs participaient au projet et le volume de lait collecté avait quadruplé. La LDB vend actuellement 3 800 litres de yaourt chaque jour
• Chaque bidon implique 5,7 personnes (propriétaires du bétail, laitiers, bergers). 31 % des sondés employaient un berger rémunéré. 2 069 personnes participent aux ventes de lait à la LDB
• 71 % des sondés estiment qu’en vendant leur lait à la LDB ils ont amélioré leur qualité de vie (ils ont utilisé l’argent du lait pour acheter du riz et de l’huile). Les ventes de lait ont permis aux meilleurs éleveurs de dépenser leur argent à autre chose qu’à des dépenses quotidiennes (meuble et construction de maison en brique)
• 68 % des éleveurs vendent moins d’animaux qu’avant. Ils vendent le lait plutôt que le bétail
• 2010, 40 % des éleveurs ne déplacent plus leurs vaches laitières, tandis que 37 % se sont sédentarisés.
• Durant la saison sèche, 21 % des éleveurs nourrissent leurs animaux en combinant concentré et fourrage (ils délivrent plus de lait que la moyenne), 73 % ne donnent que du concentré (un produit généralement vendu par l’usine)
• Les éleveurs peuvent voir l’avenir différemment : 58 % des éleveurs sondés ont choisi de vendre leur lait à des usines telle la LDB, et 19 % pensent évoluer vers des techniques d’élevage modernes.
Le social business Laiterie du Berger a montré qu’il a su intégrer les éleveurs au marché direct et profiter à l’ensemble de la communauté rurale par la mise en place de différents services (collectes de lait, ventes d’aliments pour les animaux, constructions de forages et de puits, etc.).
• Les questions trop abstraites ou nécessitant une estimation quantifiée n’ont pas été bien comprises par les éleveurs. Ceci a compliqué l’évaluation de l’impact économique de la collecte de lait
• Il est difficile de collecter le lait dans la brousse : il n’y a pas réellement de routes, de plus, les pick-up qui sillonnent la brousse ne sont pas réfrigérés et ils ne peuvent contenir qu’un nombre limité de bidons
• La moitié des éleveurs déclare avoir eu des problèmes avec leurs bidons (dysfonctionnements de la fermeture, pertes de lait, nombre de bidons insuffisants, etc.)
• 75 % des éleveurs interrogés se sont plaints du système de distribution alimentaire de la LDB : le système de quotas n’est pas efficace, le transport depuis Richard Toll jusqu’à leur village est couteux, et la LDB a connu des pénuries d’aliments à des moments cruciaux
• La LDB a aussi entraîné une importante dépendance vis-à-vis de l’usine.
• La collecte doit être restreinte à un rayon de 50 km autour de l’usine et le temps de transport doit rester court afin d’éviter la péremption du lait
• Le collecteur devrait aider à tenir une comptabilité des volumes collectés afin de prévenir les conflits. Si les revenus ne sont pas répartis équitablement entre les propriétaires d’un même bidon, ce groupement pourrait ne plus fournir de lait jusqu’à la résolution du conflit
• La LDB pourrait améliorer l’organisation du service afin de garantir un certain volume de lait durant la saison sèche et de conserver ses éleveurs tout au long de l’année
• La LDB a modifié ses circuits de collecte pour les rentabiliser, sans se soucier de l’impact social entrainé par l’arrêt des collectes dans certaines zones. La LDB pourrait ainsi améliorer ses services envers les éleveurs en garantissant sa production et le maintien de ces circuits de collecte.
Des services élémentaires et un soutien technique devraient être mis en place afin d’augmenter la productivité. Aussi, l’accès à l’eau reste la condition préliminaire absolue permettant aux vaches de produire plus de lait. La fourniture de biens publics par les administrations publiques comme le soutien technique des organisations privés pourrait participer à la structuration du secteur laitier et au développement durable des éleveurs.
• En tant qu’unique entreprise sénégalaise faisant des yaourts en collectant du lait, la LDB a pris le statut de « social business »
• Durant la saison des pluies, le lait est si abondant qu’il perd de la valeur. La LDB a permis à ces éleveurs de trouver un acheteur pour leur production durant la saison des pluies lorsqu’elle n’avait plus de valeur commerciale.
• En collectant quotidiennement, la LDB permet aux éleveurs d’obtenir plus de revenus grâce au lait et donc de bénéficier d’un plus grand pouvoir d’achat.
• La vente de lait à la LDB a amélioré la vie des femmes qui devaient marcher pendant des kilomètres pour vendre le lait sur le marché
• 22 % des éleveurs ont reconnu avoir reçu des visite de personnes tentant d’organiser des projets depuis qu’ils avaient adhéré à la laiterie
• La LDB accroît la visibilité des besoins des producteurs laitiers du Sénégal. De plus, elle permet à des éleveurs vivant souvent dans des zones isolées de s’ouvrir sur le monde.
• Une bonne communication est primordiale pour gagner la confiance des éleveurs qui sont incapables de suivre leur lait au sein de l’usine
• Il est crucial d’apporter un supplément alimentaire de qualité durant la saison sèche afin de permettre aux vaches laitières de produire du lait en quantité suffisante.
Parisse, M. “Developing local dairy production: the Laiterie du Berger, Senegal” FACTS Reports (2012) in press
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Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**