Planter des haies en agriculture, c’est intéressant mais planter des haies avec des plants issus de graines locales, c’est mieux et c’est nouveau. En Auvergne, la mission haies Auvergne, association crée en 1996, a porté la création d’une filière de plants champêtres « locaux » pour des haies mieux adaptées au changement climatique, depuis 2010. Cet exemple auvergnat est reproductible et il a été labellisé par la Stratégie nationale de la biodiversité du ministère de l’Environnement.
Démarrage : Janvier 2010
Lieu de réalisation : Auvergne
Budget : 45000
Origine et spécificités du financement : Apports privés
Mission Haies Auvergne – Union régionale des Forêts d’Auvergne
LEMPDES – 63370Maison de la forêt et du bois – 10 allée des eaux et forêts – Marmilhat
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La filière de production de plants champêtres pour les plantations de haies avec les agriculteurs ne garantit actuellement pas l’origine génétique des plants commercialisés. Les graines sont récoltées en grande partie en dehors de la France (Europe de l’Est) sur des zones géographiques limitées. Or cette question de l’origine génétique locale est une réalité. En effet, un recul de 30 ans de plantation de haies champêtres en Auvergne montre clairement la limite des végétaux d’origine génétique « tout venant » : croissance faible, moindre adaptabilité aux pathogènes, voire dépérissement. La recherche corrobore ces observations en expliquant que la diversité génétique est un des moteurs de l’évolution, notamment en matière de changement climatique. C’est pourquoi la Mission Haies Auvergne a accompagné depuis 2011 la création d’une filière de plants champêtres auvergnats.
Il s’agit de créer une filière auvergnate (massif central) de plants champêtres issus de graines récoltées localement. L’objectif est de pouvoir replanter des haies avec des plants d’origine génétique diversifiée en prenant soin de garantir des plantations pérennes et susceptibles de mieux résister au changement climatique.
Il s’agit plus précisément de :
– Récolter des graines d’essences champêtres en retrouvant et réapprenant les techniques de récolte, de préparation et de stratification des graines (savoirs-faire perdus ou confidentiels);
– Permettre la création d’une pépinière privée assurant la production des plants;
– Développer une filière de plants de plus grosse taille avec un réseau de pépinière d »élevage » en Auvergne pour que les plantations en ville soient aussi garanties d’une génétique locale;
– Accompagner la création du label « végétal local » national par cette expérience.
– Récolter des graines d’une vingtaine d’espèces champêtres pour les besoins auvergnats (voire massif central)
– Produire des plants champêtres issus de graines récoltées en Auvergne selon les critères du récent label « végétal local » (récolte en milieu naturel sur des aires géographiques définies, récoltes sur plusieurs sites et sur plusieurs pieds mères, récolte d’1/4 maximum des graines de chaque pied mère, mise en place d’une traçabilité rigoureuse, …)
– Produire des plants en demie-montagne pour assurer un approvisionnement tôt en saison pour les secteurs d’altitude,
– Produire des plants avec des méthodes « rustiques » qui permettent aux jeunes arbres d’être éduqués dans des conditions difficiles : production en deux ans avec une année en pleine terre sans engrais et sans arrosage sur sols acides et en condition ventée. Cela permet d’obtenir des plants rustiques bien adaptés à une reprise de qualité.
– Récoltes en 2012-2013-2014 et 2015 d’une quantité de graines suffisantes pour la production de 20000 plants de 20 espèces. réalisé par la Mission haies Auvergne.
– Création en 2014 d’une pépinière par Annick et Nicolas LACHAZE à Veyrières (Cantal) avec l’appui de la communauté de communes de Sumène Artense. Création d’un emploi à temps plein. Cet automne 2015, commercialisation par la pépinière des 20000 premiers plants qui seront répartis chez une cinquantaine de planteurs du massif central.
– Création du label « végétal local » en 2014, le travail auvergnat étant un des pionniers de cette démarche (premières labellisation en novembre 2015).
– Forte adhésion des planteurs potentiels auvergnats : agriculteurs, services des routes des conseils départementaux, collectivités (via le service urbanisme) des parcs naturels régionaux auvergnats, label des villes et villages fleuris auvergnats, association de croqueurs de pommes (pour bénéficier de porte greffe locaux), etc.
La filière nationale de pépinière des plants champêtres pour les haies est actuellement peu satisfaisante : origine génétique inconnue et limitée des plants ; moindre capacité adaptation des plants aux changement climatique ; risque d’amener des maladies (plants produits partout en Europe). Or l’enjeu des plantations de haies et autres agroforesteries est réel et sera bénéfique à l’agriculture et au changement climatique. Le travail de la Mission haies Auvergne est original car il a fallu réinventer un métier (récolteurs de graines) et relocaliser la production avec des techniques culturales originales (pour obtenir des plants rustiques). L’association a testé le travail de récolte et confié la suite à une pépinière privée en permettant l’installation d’un jeune pépiniériste en Auvergne (relocalisation).
– Association française des Arbres et Haies champêtres et des agroforesteries (afac-agroforesterie) qui a porté la rédaction de cahiers de récolte de plants champêtres, Fédération des conservatoires botaniques nationaux (label « végétal local »), Ministère de l’Écologie via la Stratégie nationale de la biodiversité, Communauté de communes de Sumène Artense : achat de terrain et de bâti mis à disposition par location au jeune pépiniériste
– Autres bailleurs: Conseil Régional d’Auvergne, Conseil général du Cantal, LEADER.
– Ré-apprendre les techniques de récoltes de graines sauvages, leur préparation et leur stratification (techniques destinées à les faire germer) et des techniques de production en pépinière pour obtenir des plants rustiques;
– Convaincre les planteurs de haies de l’intérêt de ces plants d’origine génétique locale (et le surcoût associé), diffuser une information nouvelle sur cette notion de génétique locale; rendre reproductible le projet pour que la filière nationale évolue.
– Niveau technique: expérimentation, recherches bibliographiques;
– Niveau communication locale auprès des planteurs : formation des services des collectivités pour l’intégration de cette notion de génétique locale dans les cahiers des charges des plantations;
– Niveau communication à l’échelle nationale : organisation de journées porte-ouvertes, intervention lors de la journée des paysages du 29 juin 2015 au ministère de l’agriculture, formation d’autres structures agroforestières au niveau national.
– Promouvoir l’exemple auvergnat pour une reproduction au niveau national (voire international) de manière à ce que des plants d’origine génétique locale soient disponibles partout en France, sous forme de plants forestiers et sous forme de plants plus gros;
– Si création d’autres pépinières : possibilité d’étudier la création de pépinière via des structures d’insertion (car beaucoup de travail manuel simple à réaliser).
– Oser se lancer dans cette aventure et être soutenus par des collectivités locales et par les planteurs;
– Choisir un candidat pépiniériste très motivé et disposer de réseaux suffisants pour communiquer sur le projet;
Les techniques de récolte et de pépinière sont désormais mieux maitrisées, elles sont donc diffusables et généralisables auprès d’autres opérateurs.
– Techniques de préparation et de stratification des graines. Pour diverses espèces, des interrogations persistent : en respectant un même protocole, des lots germent et d’autres ne germent pas. Quelles sont les causes ?
– Connaitre plus précisément la diversité génétique intraspécifiques au sein des zones biogéographiques du label « végétal local » (11 zones biogéographiques).
– Label végétal local : http://www.fcbn.fr/vegetal-local-vraies-messicoles – Personne référente : Sandra Malaval (FCBN).
– Cahier de récolte des espèces champêtres : http://afac-agroforesteries.fr/wp-content/uploads/2015/02/CAHIER-1-r%C3%A9colte-et-mise-en-culture-des-principales-esp%C3%A8ces.pdf
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Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**