
Le dispositif Coup de Pouce LANGAGE est destiné aux enfants de 3-6 ans qui ont un langage peu structuré, avec des constructions et un vocabulaire restreints. Ces enfants présentent des risques d’échec pour l’accès ultérieur au langage écrit. Les ateliers ont pour objectif d’offrir aux enfants des moments de dialogue avec un adulte (« facilitateur de langage ») pour favoriser leur accès à une maîtrise du langage oral indispensable à un apprentissage réussi de l’écrit le moment venu.
Démarrage : 2003
Lieu de réalisation : France
Budget : 3150
Origine et spécificités du financement : Mairies, Communautés de Communes, Conseils Généraux, Ligue de l’Enseignement
Association de Formation et de Recherche sur le Langage (AsFoReL)
Nancy – 54000CRDP de Lorraine, 99 rue de Metz
•
Ce dispositif est l’aboutissement d’observations et d’expérimentations sur le terrain de l’école et auprès d’enfants vivant dans la grande pauvreté depuis les années 1970. Ce sont les recherches théoriques et les demandes d’acteurs sur le terrain qui ont amené à mettre en place une action reproductible. Dans les années 1970, Laurence Lentin a orienté ses recherches sur les processus d’apprentissage du langage qui permettaient à certains enfants d’aborder sans problèmes l’apprentissage de l’écrit au CP alors que d’autres y échouaient. Ses travaux linguistiques ont permis de mettre en lumière les caractéristiques du langage nécessaires à la réussite de l’accès à l’écrit ainsi que les modalités d’interaction langagière adulte-enfant favorables à la maîtrise de ces fonctionnements langagiers.
Les actions Coup de Pouce Langage ont d’abord été expérimentées à Angers de 2003 à 2006, elles ont ensuite été déployées sur le territoire.
Les objectifs généraux de ce dispositif sont la prévention de l’échec scolaire et de l’illettrisme, grâce à une maîtrise du langage permettant aux enfants de structurer leur pensée, et d’aborder avec succès les apprentissages scolaires.
Cette action se met en place chaque année dans les écoles d’une quinzaine de villes en France depuis 2007, dans le cadre des activités périscolaires. La municipalité désigne un pilote qui sera le responsable du dispositif pour les écoles de la commune.
Ces ateliers offrent aux enfants des moments de dialogue avec un adulte pour compléter l’apprentissage du langage commencé en famille : l’adulte « facilitateur de langage » propose à l’enfant des constructions langagières de plus en plus complexes, adaptées au niveau de développement du langage de chaque enfant, ces propositions langagières se situant dans « la zone proximale de développement » pour stimuler la progression de chacun.
Le « facilitateur » interagit avec les enfants en relation duelle à raison de 2 à 3 séances (de 10 à 20 minutes par enfant) par semaine, et accompagne leurs parents dans le suivi de l’apprentissage du langage oral de leurs enfants et dans leur rapport aux livres.
Environ 500 enfants de Moyenne et Grande section (suivis sur une ou deux années) bénéficient du dispositif chaque année au niveau national. Une évaluation quantitative et qualitative menée par l’AsFoReL à partir d’enregistrements de séances montre précisément les progrès des enfants dans leur maîtrise de la langue. On observe que leur comportement scolaire s’est amélioré (intégration dans le groupe, compréhension en classe, concentration et prise de parole en classe plus fréquente) et que l’implication des parents, soutenue par les partenaires de l’action, s’intensifie. Nous observons également chaque année une évolution ; en 2007-2008 et 2008-2009 : sur 307 enfants de 4-5 ans, dans 5 villes, 60 à 65% des enfants ont progressé dans leur maîtrise du langage, 77% d’augmentation des prises de parole en classe.
– Le lien entre la recherche et le terrain : les ateliers ont été conçus à partir des recherches fondamentales sur l’acquisition du langage oral et écrit, et des expérimentations sur le terrain menées depuis les années 1970 par Laurence Lentin et ses collaborateurs. Ce dispositif comporte une formation initiale, théorique et pratique, obligatoire pour le « facilitateur de langage » d’une journée, puis un suivi avec des interventions sur site et un bilan en fin d’année.
– Les interactions entre le facilitateur et l’enfant sont individuelles (un adulte avec un enfant), pour répondre aux besoins langagiers précis de chaque enfant. Elles s’appuient sur des livres illustrés spécialement conçus à cet effet, pour apporter aux enfants un langage structuré et les préparer à la fréquentation de l’écrit.
– Les modalités d’évaluation à partir d’enregistrements audio et à partir de questionnaires complétés en fin d’action par les enseignants, les « facilitateurs » et les parents permettent à la fois l’observation des progrès de l’enfant et la mesure du langage adressé à l’enfant par le « facilitateur ».
L’AsFoReL a développé plusieurs partenariats avec les Dispositifs/Programmes de Réussite Educative, CCAS, Communautés de Communes, Ligues de l’Enseignement, Fédération des Œuvres Laïques.
– Les communes voient leurs ressources diminuer et sont parfois amenées à faire des choix entre plusieurs actions.
– Le recrutement des facilitateurs (rémunérés ou bénévoles) dépend des moyens et de l’implication du pilote de l’action. Il est indispensable que les facilitateurs s’engagent à respecter scrupuleusement le protocole de l’action pour garantir son efficacité.
– L’action nécessite l’implication des enseignants pour le choix des enfants, qui est coûteuse en temps.
– L’implication des parents n’est pas toujours facile. Il s’agit de les accompagner pour une prise de conscience de l’importance de temps d’échanges quotidiens avec leur enfant et de la fréquentation de livres avant l’apprentissage de la lecture-écriture.
– L’analyse des enregistrements 3 fois par an permet le réajustement régulier des modalités d’intervention des facilitateurs.
– Les facilitateurs proposent aux parents de participer à quelques ateliers
L’attribution de subventions à l’AsFoReL ou à nos partenaires mettant en place le dispositif permettrait d’étendre l’action à davantage d’enfants.
L’appui sur des fondements scientifiques éprouvés, la formation réitérée des facilitateurs, le suivi des actions et l’évaluation des progrès des enfants par l’AsFoReL et par des questionnaires fournis aux enseignants, aux parents, et aux facilitateurs garantissent le bon fonctionnement des actions.
L’action est d’autant plus efficace si le partenariat entre les différents acteurs est renforcé. Le rôle du pilote de l’action au sein de la ville est déterminant.
– E. Canut (sous la direction de), Apprentissage du langage oral et accès à l’écrit : Travailler avec un chercheur dans l’école. Scéren, CRDP Amiens, 2006.
– E. Canut, F. Bruneseaux-Gauthier & M. Vertalier., Des albums pour apprendre à parler : les choisir, les utiliser en maternelle, Sceren, 2012
– E. Canut, N. Espinosa, M. Vertalier (éds.) Linguistique de l’acquisition du langage oral et écrit. Convergences entre les travaux fondateurs de Laurence Lentin et les problématiques actuelles, L’Harmattan, 2014.
– E. Canut & M. Vertalier, L’apprentissage du langage : une approche interactionnelle. Réflexions théoriques et pratiques de terrain. Mélanges offerts par ses collègues, ses élèves et ses amis en hommage à Laurence Lentin, Paris, L’Harmattan, 2009.
– L. Lentin, Apprendre à parler à l’enfant de moins de 6 ans, où ? quand ? comment ? E.S.F. 1972, 12e éd, 1997.
– L. Lentin, Comment apprendre à parler à l’enfant, E.S.F. 1973, 10e éd, 1996.
– L. Lentin, Apprendre à penser, parler, lire, écrire, E.S.F. 1998/2009
– L. Lentin et al, Du parler au lire, E.S.F., 1977.
– L. Lentin et al, Ces enfants qui veulent apprendre. L’accès au langage chez les enfants vivant dans la grande pauvreté, Ed. de L’Atelier / ATD Quart-Monde, 1995.
Pour plus d’informations, consulter le site internet : www.asforel.org ou contacter l’AsFoReL par mail assoasforel@yahoo.fr ou par téléphone au 06 16 79 52 61.
Voir aussi la revue L’Acquisition du Langage Oral et Ecrit (n° 16, 1986 à n° 64-65, 2010).
Partager sur
Copyright: Licence Creative Commons Attribution 3.0
Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**