Les projets SAREL et PASEL, opérant depuis 2003 dans la région de Dakoro au Niger, visent à lutter contre la vulnérabilité grandissante des éleveurs, par un appui technique et logistique des sociétés pastorales, ciblé sur l’accès aux services sanitaires pour les animaux, la gestion des conflits, et une meilleure gouvernance.
Démarrage : année 2003
Lieu de réalisation : Région de Dakoro, Niger
Budget : 3000000
Origine et spécificités du financement : Fonds Belge de Sécurité Alimentaire, et en partie Vétérinaires sans Frontières
De par les évolutions climatiques et démographiques, Dakoro est le théâtre d’intenses conflits entre populations sédentaires agricoles et nomades pastorales, principalement autour des questions foncières. Le système d’appartenance des terres et ressources (points d’eau, etc.) est complexe car trois registres de droit s’entremêlent (traditionnel, islamique, moderne). Les éleveurs sont dans ce contexte très affaiblis, aussi bien par ces conflits que par une situation économique de plus en plus difficile.
Le but des programmes mis en place est d’améliorer les conditions de vie des éleveurs de la région de Dakoro. Cela passe par deux axes principaux : une optimisation de la gestion des animaux (aide technique, médicale, etc.), et la constitution d’une « force politique », c’est-à-dire une meilleure gouvernance des sociétés pastorales pour faire entendre leurs droits dans les questions de gestion des ressources naturelles et des conflits fonciers.
• mise en place de services vétérinaires de proximité (cliniques, campagnes de vaccination), réseaux des auxiliaires d’élevage (éleveurs ayant reçu une formation en santé animale)
• formation des éleveurs à l’agriculture liée à l’élevage (conservation des tiges de mil, d’herbe fraîche)
• mise en place de boutiques d’intrants zootechniques, de banques céréalières
• 71 ateliers intercommunautaires mis en place, auxquels ont participé agriculteurs, éleveurs, chefs traditionnels, maires, associations, ONG, etc.
• délimitation de couloirs de passage pour les éleveurs, suite à des discussions avec l’ensemble des acteurs publics et privés (47 points de passage balisés, 800km de couloirs pastoraux réalisés, et 128 comités de surveillance de ces couloirs créés).
• 50000 animaux vaccinés par an (contre 9000 avant le projet)
• meilleur rendement des animaux, diminution des maladies animales (épizooties)
• meilleur système d’information sanitaire, éleveurs maîtrisent mieux la santé de leurs bêtes
• conflits apaisés (presque zéro conflits autour des couloirs de passage balisés)
Les éleveurs ont développé de nouveaux savoir-faire (stock alimentaire par conservation du fourrage et tige de mil, complémentation stratégique des animaux faibles et d’usages domestiques, vaccination des animaux par les agents auxiliaires de services vétérinaires). L’introduction d’agents de santé animale, le renforcement des associations pastorales ainsi que les réunions intercommunautaires sont aussi des éléments originaux à Dakoro.
Associations pastorales, Commission Foncière Départementale du Niger, chefs traditionnels, maires, représentants des agriculteurs, Vétérinaires Sans Frontières, Ministère Belge des Affaires Etrangères, par l’intermédiaire du Fonds belge pour la sécurité alimentaire.
Les éleveurs furent, au départ, réticents à changer leurs pratiques. L’Etat est peu impliqué dans ces enjeux socio-économiques, et l’inapplication du code rural est de mise.
Le constat des premières améliorations a encouragé les éleveurs dans l’évolution de leurs pratiques. Le désengagement de l’Etat a forcé les éleveurs à s’organiser eux même, d’où une émergence d’associations pastorales qui sont le pivot d’une collaboration entre l’ensemble des acteurs (éleveurs, agriculteurs, ONG, autorités étatiques et traditionnelles, etc.)
Les innovations de gouvernance présentées ici (comme les associations pastorales) méritent d’être approfondies, pour consolider les actions mises en œuvres, et accéder à une solidité et une durabilité pas encore acquises.
La prise en compte des valeurs sociales, la responsabilisation des associations d’éleveurs et les institutions traditionnelles de gestion de la terre ont permis d’aboutir à des projets consensuels et négociés. Toute sécurisation foncière doit s’appuyer sur un processus participatif pour fonctionner correctement.
Agriculture et élevage dans la région de Dakoro au Niger
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Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**