Observatoire

Assurer la distribution de l’eau potable à Port-au-Prince par un réseau public et une gestion communautaire

Afin de faire parvenir de l’eau potable dans des quartiers non raccordés au réseau, le GRET a mis en place un système de distribution d’eau se reposant sur un partenariat public-privé et sur la gestion communautaire par les habitants.

Auteurs(s)

Emilie
Barrau

Fiche rédigée par Pauline Riffier

Programme

Démarrage : 1995

Lieu de réalisation : Quartiers précaires de Port-au-Prince, Haïti

Origine et spécificités du financement : AFD (bailleur principal), UE, USAID, financements propres de la CAMEP

Organisme(s)

GRET (Groupe de Recherches et d’Echanges Technologiques)

Nogent sur Marne Cedex – 94736

Campus du Jardin Tropical, 45 bis avenue de la Belle Gabrielle

Site internet

ORIGINE ET CONTEXTE

1995, Port-au-Prince (grande capitale, pays très pauvre aux institutions fragiles): la Centrale Autonome Métropolitaine d’Eau Potable (CAMEP) assure le service de l’eau potable mais le réseau est vétuste (10% des ménages raccordés, 60 % de la production perdue ou volée, aucune modernisation ou extension possible). 50% de la population vit dans des quartiers précaires non raccordés au réseau, l’approvisionnement se fait par des systèmes privés (revendeurs, citernes, etc.) dont les coûts sont 6 à 8 fois plus élevés pour une eau polluée et un accès irrégulier. Les agents des services publics ne veulent s’y déplacer.

Objectifs

Assurer le service public de l’eau potable dans les quartiers défavorisés de Port-au-Prince, par la mise en place d’un système hybride couplant réseau public et gestion communautaire
(comités d’appui et comités de gestion, distribution collective, tarification au volume et tarif « social », réinvestissement du bénéfice net dans des actions d’intérêt collectif)

ACTIONS MISES EN OEUVRE

– Mise en place d’un système de distribution d’eau dans les quartiers défavorisés de Port-au-Prince, par bornes fontaines sécurisées publiques et payantes, alimentées via le réseau primaire public CAMEP et géré par délégation communautaire (comités d’appui et comités de gestion).
– En 1998, est créée l’Unité de Coordination des Quartiers Défavorisés (UCQD) au sein de la CAMEP. Elle assure les activités d’ingénierie sociale, le suivi des comités dans la gestion du service, et mobilise les autres directions pour intervenir selon les besoins

Résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs

– 2000 : 14 quartiers défavorisés (200 000 habitants) approvisionnés – 66 bornes fontaines et 20 km de canalisation
– 2009 : environ 50 quartiers (800 000 habitants approvisionnés, soit ¼ de la population de la zone métropolitaine) – 50 comités gérant le service
– 2013 : 70 à 80 quartiers approvisionnés – même nombre de comités d’eau
– Création d’un lien physique (interface assuré par les comités) entre des quartiers « informels » et la ville « formelle », visant à renforcer à long terme la reconnaissance et l’intégration des quartiers précaires à la ville

Originalité

– Avoir assuré un service public de l’eau dans des quartiers considérés « de non droit », en couplant un raccordement au réseau public et à une gestion déléguée à des comités locaux
– Autogestion de la distribution collective de l’eau dans chaque quartier
– Tarification au volume (cas unique à Port-au-Prince où le coût de l’eau est forfaitaire)

Partenariat(s)

– En 1995, le GRET et la CAMEP ont initié un dispositif d’accès à l’eau potable des quartiers précaires, conjuguant innovation technique et institutionnelle.
– Etudes techniques confiées à des opérateurs locaux. Travaux de construction des équipements confiés à des entreprises privées locales (appels d’offres). Bureau d’études indépendant contrôle les travaux des entreprises.

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés pendant la mise en œuvre :

– Dès 2001, dégradation de l’état du réseau, affaiblissement des comités d’eau, fuite des principales compétences techniques, gestionnaires et managériales de la CAMEP.
– Absence de régulateur entre les différents partis et position ambigüe de l’UCQD (à la fois « juge et partie »)
– Suite au séisme, arrivée massive d’ONG et difficultés de coordination (acteurs locaux et infrastructures préexistants non pris en compte)

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

– Plans d’actions modifiés en fonction des besoins et attentes (au départ, approvisionnement par camion d’eau, puis raccordement légal avec un lien entre les habitants et la CAMEP)
– Evolution des comités face aux différentes crises : développement d’activités et de services collectifs ; mobilisation pour faire réagir les institutions publiques ; création de la Fédération des comités (2011) pour porter la parole et les revendications aux institutions publiques
– Suite au séisme de 2010 : Coordination de l’aide entre les structures et mobilisation des comités d’eau. Rétablissement du service d’eau dans les quartiers équipés (bornes fontaines préexistants)

Améliorations futures possibles :

– Déterminer qui est légitime pour intervenir en cas de conflits entre les comités et l’entreprise publique
– En contexte post-crise : réhabiliter le réseau et mise en cohérence d’une politique publique sectorielle

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou un essaimage :

FACTEURS DE REUSSITE:
– Equipe haïtienne du GRET : intermédiaire indispensable entre la CAMEP et les quartiers
– Triple sécurisation des bornes fontaines : 1) des dégradations et consommations illégales, 2) des périodes de ruptures de fourniture d’eau, 3) des risques sanitaires
– Attractivité du dispositif d’abord liée à une forte demande/mobilisation des populations
– Implication dans la durée (plus de 10 ans) du bailleur principal : l’Agence Française de Développement (AFD)
CONSEILS POUR UNE GENERALISATION: stabiliser le dispositif grâce à une série d’innovations techniques, économiques et institutionnelles, couplées à une volonté politique et à un appui externe dans la durée

Références

Barrau E., Levy M., « Une innovation dans la gestion de l’eau potable dans les quartiers précaires de Port-Au-Prince : expérimentation, tentatives d’institutionnalisation et d’adaptation aux crises », FACTS Reports (Numéro Spécial 9, 2014)

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Comité de lecture
Date de lecture de la fiche
15/04/2014
Localisation
Haïti
val-de-marne
Appréciation(s) du comité
Description du programme incomplète
Domaine
EnvironnementParticipation, gouvernancePauvretéprécarités
Type de structure
Association, collectif, ONGEntrepriseEtablissement public
Envergure du programme
Locale
Bénéficiaires
Population précairePopulation bidonvilles
Localisation
Licence

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Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**