
L’association Médiation nomade se déplace au cœur des quartiers difficiles la nuit grâce à son camping-car, y tisse des liens avec les jeunes et joue le rôle de médiateur entre ces derniers et les acteurs locaux.
Démarrage : 2012
Lieu de réalisation : France
Budget : 160000
Origine et spécificités du financement : Public (Municipalités, Etat)
Médiation nomade
Limay – 785205 impasse Jean-Jacques Rousseau
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Yazid Kherfi, ancien braqueur, après un parcours délinquant l’ayant mené en prison (5 ans), a décidé de s’engager auprès des jeunes des quartiers difficiles. En tant qu’animateur puis directeur d’une structure à Chanteloup les Vignes, il a constaté qu’il existait une forte carence dans l’accueil des jeunes des quartiers difficiles la nuit, surtout pour les 16 – 25 ans, alors que la nuit (entre 20h et minuit) est un moment propice à la discussion avec eux. Avec ses proches, il réfléchit au projet « Médiation nomade » et crée l’association « Pouvoir d’agir 93 » en avril 2012 qui devient Médiation nomade en 2015 pour promouvoir la démocratie locale et une véritable citoyenneté active, notamment en favorisant la parole et l’écoute de chacun.
– Retisser des liens entre jeunes et adultes n’arrivant plus à se rencontrer et souvent en rupture avec les institutions
– Réoccupation de l’espace public en soirée par les adultes
– Améliorer le diagnostic nocturne
– Réinterroger les pratiques professionnelles avec ces publics et accompagnement des équipes sur le terrain pour améliorer leur pratiques.
1/ Une commune ou un acteur local demande à l’association de venir dans un quartier
2/ Les membres de l’association rencontrent une 1ère fois les acteurs locaux pour mieux connaître le contexte, et fixer ensemble un calendrier d’intervention (une fois par semaine pendant un à trois mois en Ile-de-France, ou 3-4 jours d’affilée en province). Le lieu où le camion stationnera est également discuté.
3/ Le jour J, Yazid Kherfi, accompagné d’éducateurs ou d’étudiants bénévoles (il est professeur à l’Université de Nanterre), gare le camping-car, installe des chaises pour pouvoir accueillir les habitants du quartier à partir de 19-20h. Du thé à la menthe, des gâteaux, des jeux… leur sont proposés. En général, les 10-15 ans viennent les premiers, les parents ensuite, et les jeunes « des halls » viennent à partir de 22h. Yazid, les éducateurs, bénévoles sont là pour les écouter, leur proposer un moment convivial et quelques activités. Les acteurs locaux sont également invités.
4/ Réunion de bilan avec l’ensemble des acteurs pour débriefer collectivement et envisager la suite à donner.
– En 2014, 8 villes ont accueilli « Médiation nomade », grâce au bouche à oreille et à la médiatisation du programme
– Au compteur, septembre 2018, 259 soirées « médiation nomade » réalisées en France dans 48 villes, 64 quartiers sensibles, 13 800 jeunes rencontrés en pied d’immeuble, 10 essaimages en région. En moyenne une trentaine de personnes présent par soirée, 530 acteurs sociaux engagés (acteurs institutionnels associatifs)
– A Avignon, à Mayotte, à Bagneux, Châtellerault, métropole de Lyon … ont repris le principe de « Médiation nomade » en mettant en place un minibus qui sillonne les quartiers le soir pour aller vers la jeunesse.
– A Bagneux, la ville a acheté un véhicule et la aménagé et se lance en pied d’immeuble en soirée. Des salons urbains en pied d’immeuble prennent le relais en journée.
– 4 éditions nationales Forum « la nuit nous appartient » organisé à Paris, Marseille, Lyon et Bondy sur la thématique de la nuit.
– Cette année 2018, une opération d’envergure « nuits 93 » sur le département Seine-Saint-Denis associant 5 grandes villes
De nombreuses maraudes sont organisées la nuit pour les SDF par exemple, mais très peu pour la médiation avec les jeunes. « Médiation nomade » a au contraire choisi ce créneau d’intervention car il est propice aux discussions avec les jeunes ciblés. Le fait d’être nomade permet aussi de circuler de quartier en quartier, et de pouvoir s’installer au pied de l’immeuble, dans des endroits clés du quartier tout en étant suffisamment sécurisés.
– Les communes qui reçoivent le projet : Trappes (78), La Verrière (78), Bondy (93), Nanterre (92), Pierrefitte (95), Villeneuve Saint Georges (94), Villiers sur Marne (94), Colmar (68).
– Partenariats financiers: Fondation Abbé Pierre les premières années ; Fondation Julienne Dumeste ; municipalités ; Etat (CGET et FIPD).
– Il y a eu quelques difficultés avec la municipalité des Mureaux qui voulait modifier le public cible du projet
– Difficultés pour changer les habitudes des acteurs ; la remise en cause n’est pas complètement acceptée. De plus, les financements étant en baisse, il y a une certaine retenue pour innover
– Problème de mixité : 85% des jeunes qui viennent sont des garçons (au contraire, 80-85% des bénévoles sont des filles).
– Difficultés pour gérer les jeunes qui ont des addictions
– Prévoir des sujets qui touchent les filles. Mais c’est aussi aux acteurs locaux d’aller chercher les filles.
– Travailler avec les acteurs locaux dès le début
– Partir avec « un après médiation nomade » facilite la mise en œuvre. Ouvrir un lieu la nuit, former des intervenants à être la nuit sur ces quartiers…
– Améliorer le projet « médiation nomade » en fonction des constats du terrain
– A la rentrée, expérience pilote avec des chercheurs et un comité scientifique pour améliorer l’action de « médiation nomade »
– Développer un séminaire de formation pour former des médiateurs locaux à l’approche de « médiation nomade »
– L’implication des acteurs locaux ; s’ils ne jouent pas le jeu c’est difficile
– Lieu où le camping-car stationne : il faut qu’il y ait une prise de courant, éviter les lieux de deal, sur une place un peu protégée
– Bien choisir le programme proposé aux jeunes, ne pas faire de remplissage pour laisser venir les gens et s’adapter à eux.
– Le mieux est de venir une fois par semaine pendant 1 mois, car il faut du temps pour tisser des relations de confiance. Pas plus de 6 soirées car la médiation reste nomade et que l’association n’a pas vocation à se substituer aux acteurs locaux.
La nuit est le temps le plus sensible où basculent de nombreuses vies ; c’est le temps de tous les risques. Ce temps doit faire l’objet d’un intérêt particulier pour innover en termes d’actions sociales, de médiation, d’éducation. Toute expérience doit être un terrain de recherche et développement. Le 19h-minuit est un moment où les ailes des jeunes sont déployées, c’est un moment pour faire grandir notre jeunesse en présence d’adultes bienveillants sur l’espace public.
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Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**