Observatoire

La Plateforme Paysanne Locale

Crée en 2009 et mise en place en 2012, la Plateforme Paysanne Locale est un outil d’intermédiation entre les producteurs et les restaurateurs locaux. Elle a pour fonction d’assurer la collecte, le transport et la livraison de produits issus de l’agriculture du territoire (département des Bouches du Rhône et départements limitrophes), en direction des commerçants et des restaurateurs indépendants, ainsi que de la restauration collective de Marseille et de sa région. Il s’agit d’un outil transparent qui se veut éthique avec ses adhérents et ses partenaires.

Auteurs(s)

Noé
Guiraud

Fiche rédigée par Flore Tissone

Programme

Démarrage : 2012

Lieu de réalisation : Marseille

Origine et spécificités du financement : En 2015, 16% des recettes sont des subventions ; 13% en 2016, avec une progression du chiffre d’affaire estimée à 44% au vu des premiers mois de 2016.

Organisme(s)

Plateforme Paysanne Locale

Marseille – 13001

28 Bd National

Site internet

ORIGINE ET CONTEXTE

Les restaurateurs se saisissent progressivement de la question des produits locaux afin répondre aux attentes des clients. Néanmoins peu de solutions s’offrent à cette problématiques en raison des nombreuses contraintes : volume, calibrage, horaires contraignants du carré de producteurs dans les Marchés d’Intérêt National (MIN), etc.). En parallèle, l’ensemble des agriculteurs (petits et gros) est en crise. La solution s’avère être celle de la vente locale pour tout le secteur.
La Plateforme Paysanne Locale est née sous l’impulsion de l’association Filière Paysanne à Marseille et la rencontre des acteurs qui avaient envie de développer un outil d’intermédiation durable et équitable entre les produits locaux et les professionnels de la restauration locaux afin de faire rencontrer l’offre et la demande de manière éthique.

Objectifs

– Soutenir une agriculture locale
– Éviter le « trop plein d’intermédiaires »
– Développer un outil logistique qui permet de répondre aux besoins
– Créer et maintenir des emplois
– Avoir une grande transparence sur la fixation des prix
Les publics visés sont les professionnels de la région Marseillaise.

ACTIONS MISES EN OEUVRE

*Etude de préfiguration en 2013 réalisée à l’aide du Conseil Régional : étude de marché, discussions entre acteurs de la filière, rencontres avec les maraichers producteurs, avec des restaurateurs, etc.
*Phase test de la Plateforme Paysanne Locale : idée de faire de l’approvisionnement grâce à la mutualisation des outils (chambres froides, camions, etc.) de « Terroir bio » (un des partenaires, qui distribuait des paniers aux particuliers).
– Une assemblée générale par an (avis consultatif de l’AG) et prise de décision de manière collective.
– Rencontres collectives : définition du « design » de l’outil logistique
– 3 Ateliers (demi-journée) : agriculteurs, restaurateurs, épiciers, associations de consommateurs, logisticiens (entre 10 et 15 personnes) > « fixation du prix », « qualité et traçabilité » et « gouvernance, action collective et prise de décision »
*Étude et phase test ont conforté les acteurs sur la faisabilité du projet d’où la création de l’association
– Obtention d’un marché public ouvert à des acteurs pour l’approvisionnement local (de l’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Étoile qui représentait 6 cantines dont une cuisine centrale d’Aubagne)

Résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs

– Deux emplois ont été créés par la plate-forme paysanne locale.
– Le CA 2014 a été de 118 000 euros en 2014 et 161 000 en 2015.
– 58% du CA revient directement aux producteurs (marge d’environ 1,23 afin de payer les frais de fonctionnement) : En 2015 92 000 euros ont été acheté aux producteurs biologiques.
– 75% des achats sont des achats directs aux producteurs, le reste est effectué auprès des intermédiaires partenaires (autres plateformes de la région, épiceries, coopératives, etc.)
– La gamme de produits est assez large : fruits et légumes, fleurs, épicerie, viande, œuf, fromage, laitage, etc. (40 % des ventes sont des légumes et 36% des fruits).
– Les bénéficiaires sont à 46% privé et 54% public
– La PPL compte 51 structures de la RHD privée et publique (25 restaurants, 15 épiceries, 5 établissements de la restauration collective, 2 crèches, 2 groupements d’achat et 2 transformateurs) qui sont approvisionnées en local avec des produits frais venant de chez 38 producteurs biologiques de la région (13 et 84)
– Pour le marché public d’Aubagne il s’agissait de 2487 repas/jour (pour les cantines d’Auriol, La Boulladisse, La Destrousse, Peypin, Saint Savournin) ; et il faut ajouter ceux lié à la Cuisine Centrale d’Aubagne
– Travail de gré à gré avec de nombreux lycées et collèges (Lycée Technique et Régional de l’Estaque (13016 Marseille), Lycée de la Fourragère (13012 Marseille), Collège Jean de la Fontaine (Gémenos), Collège Ubelka (Auriol), Collège Olympe de Gouges (plan de Cuques).

Originalité

– Très peu d’innovation dans les modalités de vente en direction de la restauration collective.
– La création d’un outil logistique transparent, avec la volonté d’être non pas un intermédiaire mais une intermédiation entre les personnes, rend le projet de Plateforme Paysanne Locale innovant.
– Les différentes plateformes de PACA développent un projet commun « Collectif Paysan Ensemble »

Partenariat(s)

Acteurs de la Restauration Hors Domicile, plateformes de la région PACA (Echange paysan, Goutez au 13, Manger Bio Paca, etc.), la région PACA, etc.

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés pendant la mise en œuvre :

(1) Projet compliqué car il demande des changements de pratiques et d’habitudes de la part des cantines scolaires, notamment liés à la conservation des fruits et légumes (légumeries), à la transformation de produits frais, etc.
(2) Les intermédiaires sont souvent critiqués à bon escient, néanmoins il ne faut pas diaboliser les métiers de la logistique qui sont nécessaires.
(3) La phase test comprenant la mutualisation des outils devait durer 6 mois et a été finalement prolongée. La mutualisation est intéressante, mais peut créer une diminution d’autonomie.
(4) La PPL sollicitée par la restauration étoilée (secteur très exigeant, notamment sur la maturité des produits, compliqué à gérer quant aux produits locaux).
(5) Retard de subvention a provoqué un endettement auprès des partenaires
(6) Aujourd’hui la cuisine centrale d’Aubagne est passée en délégation de service et n’a plus de subvention pour les produits biologiques.
(7) Difficultés avec les cantines scolaires qui font leur programme de menu sur l’année entière et qui commandent des fruits spécifiques 8 mois à l’avance, problèmes d’insatisfaction au niveau du calibrage puisque les légumes ne sont pas tous identiques.
(8) Nécessaire montée en compétence des salariés
(9) La PPL a voulu garder l’équilibre entre l’amont et l’aval pour structurer son outil logistique, ainsi il s’agissait au départ de viser des cibles multiples et de disposer d’une double gamme (bio et non bio) pour accompagner également les producteurs non bio vers le changement de pratiques. Néanmoins, l’obtention du marché public a forcément influencé l’outil logistique.

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

(1) Accompagnement nécessaire ainsi que son financement
(2) Eviter la sur-intermédiation, être un intermédiaire aux valeurs éthiques dont la finalité est de rémunérer justement les producteurs et d’être transparent sur les prix.
(3) Autonomisation en cours.
(4) Certain producteurs partenaires de la PPL ont tenté de faire des cultures spécifiques pour la restauration étoilée. L’expérience a fonctionné en partie avec un restaurateur sur la courgette longue de Nice ce qui montre « une belle façon de rentrer dans de la relation entre les deux secteurs ».
(5) L’endettement : en cours d’épuration puisque la PPL a pu obtenir un prêt auprès d’Esia (financeur solidaire pour l’emploi).
(6) Les relations sont maintenues avec les établissements qui commandent de gré à gré à la PPL semaines après semaines.
(7) PPL essaie de les inciter à marquer « fruits de saison » pour pouvoir proposer le produit local le plus mûr
(8) Mise en place de formations et d’accompagnements à la gestion commerciale, comptable et à la logistique réalisés par les administrateurs et en faisant également appel à une personne externe (prestations de services).
(9) Critères de sélection des producteurs adhérents : label Agriculture Biologique et proximité. La PPL souhaite néanmoins dans l’avenir s’intéresser aux pratiques, afin d’aller voir et accompagner les producteurs qui n’ont pas le label mais qui sont désireux de l’obtenir en proposant une double gamme.

Améliorations futures possibles :

-Mettre en valeur la plateforme en renforçant des actions de communication car très peu de communication est réalisée pour l’instant.
-Développer le collectif « Paysans ensemble » regroupant les différentes plateformes de la région PACA.
-Renforcer l’interconnaissance et les rencontres entre tous les partenaires de l’amont et de l’aval
-L’appropriation du projet par les salariés est essentielle, l’objectif serait de passer à un statut coopératif à moyen terme afin de mettre en place un système de collèges au sein desquels toutes les parties prenantes seraient représentées (administrateurs, salariés-coopérateurs, producteurs, etc.)
-La construction d’une charte est également souhaitée pour les producteurs et les restaurateurs.
-Éventuellement réfléchir sur le long terme à la mise en place de « planification de cultures »

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou un essaimage :

-Adopter une démarche progressive pour être le plus stable possible :
1. une logistique qui fonctionne (personnes ressources)
2. matériel suffisant pour encaisser des volumes
3. stocker pour avoir un flux de provision possible (et ne pas fonctionner seulement sur des flux tendus).
-L’étude de préfiguration est fondamentale (sollicitation de personnes, étude de marché, questionnaires, etc.) car elle a permis la rencontre de nombreux acteurs.
– Pool de personnes motrices (contact régulier, bonne reflexivité sur la pratique, auto-évaluation et réajustements, etc.)
-S’appuyer sur l’expertise de deux personnes (Terroir bio et Epice) qui font déjà de la logistique.
-Solliciter un maximum de structures faisant la même chose (benchmarking)
-Importance de la comptabilité primordiale pour la gestion du projet et du suivi pour éviter un maximum les écarts de gestion.
-Trouver l’équilibre entre la diversification et la concurrence au niveau des producteurs.

Idées de sujet(s) de recherche fondamentale ou appliquée, utile(s) pour le présent programme :

Au-delà d’être un nouvel intermédiaire, réfléchir à ce que ce type de projet change en terme de pratiques et se demander s’il s’agit d’un nouveau métier ou d’un retour à un métier oublié.

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Comité de lecture
Date de lecture de la fiche
22/11/2016
Localisation
France
bouches-du-rhone
Appréciation(s) du comité
A généraliser !
Domaine
EnvironnementRéseaux, coopérationsAgricultureAlimentation
Type de structure
Association, collectif, ONG
Envergure du programme
Locale
Bénéficiaires
ProfessionnelsAgriculteurs
Type d’action
Mise en relation des acteurs
Type d’objectif
Recherche d’une plus grande équité dans les relationsMaintien et/ou création direct(e) d’emplois
Localisation
Licence

Copyright: Licence Creative Commons Attribution 3.0
Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**