Le projet Madian-Salagnac œuvre pour un développement intégré dans le milieu rural haïtien et est à l’origine d’innovations pédagogique, technique et managériale. La collaboration avec les agriculteurs et étudiants en agronomie, s’appuyant sur les savoirs locaux et une adaptation aux réalités de terrain, a permis au Plateau de Rochelois de devenir une des principales zones de production maraîchère du pays.
Démarrage : 1973
Lieu de réalisation : Haïti
Origine et spécificités du financement : Misereor, CEBEMO, Secours Catholique, IAFn, CEE, MAE, Ministère de l’Agriculture d’Haïti
SOS Enfants Sans Frontières
Paris 17e Arrondissement – 7501756 Rue de Tocqueville
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Le programme Madian-Salagnac, basé dans la presqu’île sud d’Haïti, principalement sur la commune de Petite Rivière de Nippes, fut initié par le Révérend Père Robert Ryo de la Société des Prêtres de Saint Jacques. Dès ses débuts (1973), ce programme a eu l’ampleur d’une initiative de développement intégré, en mettant simultanément en œuvre des actions dans le domaine de la santé, de l’éducation, du développement et de la promotion féminine, afin de répondre aux besoins rencontrés par les agriculteurs.
A l’origine, ce programme visait principalement l’appui au milieu rural. Faute de résultats probants, cet objectif fut différé au profit de la formation et de la production de connaissances sur le milieu, pour une meilleure compréhension des réalités de terrain. L’objectif impliquait également une participation directe des agriculteurs et futurs agronomes nationaux.
– Formations d’« animateurs ruraux polyvalents » pour former des jeunes en alternance en cultures vivrières et maraichères. « Recherche-formation » et co-construction de connaissances avec les étudiants de la Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV) pour former des agronomes au fait des réalités haïtiennes
– Depuis 1976, stages « personnages » : des agriculteurs observent les méthodes, rencontrent d’autres paysans pour échanger sur leurs expériences, et étudient les agroécosystèmes adaptés aux réalités de terrain
– Construction de citernes individuelles et d’impluviums collectifs et de bandes de roulement
– Développement des cultures maraîchères et vivrières
– Publications des travaux des recherche : « Paysans, systèmes et crises » (3 tomes), « Manuel d’agronomie tropicale appliquée à Haïti » (GRET) et collection vidéo « Paysans, silence à voix basse » de Gérald Belkin (ICAD).
– Adaptation des formations pour répondre aux attentes directes des agriculteurs
– Actions de développement agricole tenant compte des contraintes et points de blocage identifiés
– Durabilité des citernes grâce à la qualité des constructions et aux modalités d’appropriation
– Formation en maçonnerie pour les agriculteurs, via les constructions de citernes
– Femmes et enfants libérés de la corvée d’eau (plus de temps pour les activités rémunératrice et l’école)
– Mise en relation des agriculteurs et futurs agronomes, capitalisation et diffusion des connaissances (ouvrages, thèses, films)
Pédagogie innovante : la vulgarisation descendante a été abandonnée au profit de l’observation des pratiques agricoles existantes par des générations d’étudiants. Les formations organisées autour de la « recherche-formation » et de la co-construction de connaissances s’appuient désormais sur le savoir local et l’analyse des réalités de terrain.
Dès son origine, le programme a bénéficié de nombreux appuis universitaires et de la recherche agronomique française. Il a reçu le soutien des meilleurs acteurs des domaines de l’agronomie, de l’agriculture comparée, du développement rural et de l’anthropologie, comme : Agro Paristech (Marcel MAZOYER, Marc DUFUMIER, Michel SEBILLOTE, Hubert COCHET, Sophie DEVIENNE), INRA Guadeloupe, Muséum d’Histoire Naturelle Paris, DGRST.
– A l’origine, la démarche pédagogique n’avait pas l’assentiment des bailleurs de fonds institutionnels
– Les jeunes formés ne sont pas retournés dans leur communauté d’origine (connaissances non restituées et démultipliées)
– Les stages sur la thématique de l’eau n’ont pas conduit à la construction spontanée de citernes familiales ou d’impluviums par les agriculteurs formés, principalement faute d’épargne
– Seule l’organisation caritative allemande Misereor a financé les stages « personnages »
– Subventions de construction de citernes individuelles et d’impluviums collectifs grâce à la CEE
– Après une étude sur la potabilité de l’eau des citernes, les craintes d’ordre sanitaire ont été écartées.
– Augmenter les productions de ressources fourragères permettant l’amélioration des relations agriculture/élevage
– Réaliser des diagnostics agraires pour mettre à jour les évolutions perceptibles depuis 1980
FACTEURS DE RÉUSSITE :
>> La prise en compte des contraintes du public formé dans les démarches pédagogiques : Les stagiaires « personnages » peu disponibles (exploitation agricole, famille) donc sessions de courte durée (3/4 jours) Stagiaires peu habitués à des cours en salle et discours abstraits, donc les cours démarraient à partir de leurs propres réalités, pratiques agricoles et histoire agraire. Les agriculteurs ont également pu réfléchir sur les dynamiques de transformation de leurs propres systèmes de production et d’exploitation des milieux
>> L’adaptation constante aux réalités de terrain, la prise en compte des savoirs locaux, et le travail en commun entre l’équipe-pilote, les étudiants agronomes et les agriculteurs haïtiens
CONSEILS POUR UNE GENERALISATION :
– Ajuster les interventions en fonction des connaissances accumulées et de l’évaluation des erreurs commises
– Consulter, faire participer les acteurs locaux, les paysans maîtrisant la biodiversité du matériel végétal dont ils disposent
– Prendre en comptes les contraintes du public formé dans les démarches pédagogiques
– Privilégier dans les projets de développement les investissements, afin de contrer le manque d’épargne des agriculteurs
– Développer les enseignements sur l’analyse des systèmes agraires dans les formations d’agronomes
– Evaluation économique et financière des investissements qui permettent de lever les contraintes liées à l’accessibilité à l’eau et au désenclavement des zones de production
– Comment faire évoluer les dispositifs projets pour améliorer la pertinence des actions et privilégier les investissements productifs et durables ?
– Exploitation agricole familiale et nouvelles ruralités
– Brochet, M. « Projet Madian-Salagnac, quarante ans d’appui aux dynamiques paysannes », FACTS REPORTS (Numéro Spécial 9, 2014)
– Travaux du Père Lebret de « Esprit et Humanisme », de Paolo Freire (alphabétisation fonctionnelle), et de la Jeunesse Agricole Chrétienne (JAC) et du syndicalisme agricole des années 60 en Bretagne (développement agricole)
– Pillot D., Bellande A. Paul JL 1993 « Paysans, systèmes et crise Travaux sur l’Agraire Haïtien » Tomes 1 à 3. SACAD FAMV
Paysans, silence à voix basse » Gérald Belkin (ICAD Edition 1985) : Ce film « brut » de Paule et Gerald Belkin a eu la volonté de promouvoir un regard différent sur les agriculteurs et de les constituer en acteurs de leur propre développement. Les paysans
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Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**