
Le Freegan Pony est un restaurant éphémère, né en 2014, qui cuisine et sert des plats avec des produits issus des invendus du marché de Rungis. Les repas sont “vegan”, c’est-à-dire sans produits d’origine animale et le restaurant s’installe dans des endroits inoccupés de Paris, et avec des meubles issus de la récupération.
Démarrage : Mars 2014
Lieu de réalisation : Paris
Aladdin Charni, lyonnais d’origine, lutte dans sa vie quotidienne contre le gaspillage alimentaire. Il fait partie du mouvement freegan et est un adepte des produits gratuits. Lors de la découverte d’un endroit inoccupé, l’idée lui est venue d’en faire un restaurant. Il fait le constat que tous les jours à Rungis, des milliers de tonnes de fruits et légumes sont négociés et vendus mais aussi jetés en cas de manque d’offreurs. Certains maraîchers sont prêts à donner leurs produits plutôt que de les envoyer à la destruction, pour d’autres il faut les convaincre. C’est afin de lutter contre le gaspillage alimentaire, qu’est né le Freegan Pony.
De cette récupération, l’idée est venue de cuisiner ces légumes, mais non pas dans un lieu conventionnel mais dans divers endroits abandonnés et spacieux, dans Paris, qui servent de restaurants éphémères jusqu’à la procédure d’expulsion, celle-ci étant repoussée le plus souvent. L’objectif général est donc de créer un restaurant qui utilise les invendus de Rungis dans des lieux inutilisés, mais aussi de créer du lien social avec des rencontres improbables dans des lieux invraisemblables pour un restaurant, tout en faisant prendre conscience du gaspillage alimentaire au sein de notre société.
– Les premières actions réalisées ont été la récupération des invendus du maraîchage au marché de Rungis et auprès d’Emmaüs de meubles, (chaises, tables, bancs, canapés), d’ustensiles de cuisine ou de décorations pour aménager le restaurant éphémère.
– Après l’installation, divers repas ont été réalisés parfois avec l’aide d’un grand chef qui change tous les jours. Ils sont vendus, dans l’esprit « vegan» c’est-à-dire sans aucun produit d’origine animale, à un prix de 6 euros le menu complet (entrée, plat, dessert). Un repas et une nuit ont également été offerts à une soixantaine de migrants au sein du squat.
– Rien n’est jeté, certains produits sont mis en conserve.
L’importance majeure de cette initiative est de sensibiliser aux déchets alimentaires, de faire prendre conscience de l’importance du gâchis alimentaire, par des actions de sensibilisation notamment lors des repas sur les chiffres du gaspillage alimentaire. Cette initiative s’autofinance avec un minimum de bénévoles et un maximum de bénéficiaires.
Le projet Freegan Pony porte sur le mouvement freegan, qui vient des États-Unis: il s’agit de consommer des biens qui sont uniquement gratuits, y compris des produits alimentaires. Cette initiative combine plusieurs dimensions du gaspillage et appelle à un mode de vie alternatif.
Aucun officiel mais un partenariat est en place avec des maraîchers à Rungis. Des propositions sont à l’étude, car des ONG et marques ont contacté le mouvement, mais la question se pose du souhait ou non et de l’intérêt de développer des partenariat dans l’éthique du mouvement.
– L’initiative en elle-même n’est pas évidente à mener, car il s’agit de mettre en place un restaurant dans un lieu occupé sans autorisation et s’organiser pour cuisiner des invendus. De plus, la question du type de public intéressé est posée puisque le projet vise à toucher un public large, et non seulement un public en situation de précarité.
– L’initiative n’a obtenu aucun soutien, ni financier, ni administratif à ce jour. Les toutes premières fois ont eu lieu dans un appartement et ont malgré tout connu un fort succès. Aucune mairie n’a accordé un droit d’installation pour le restaurant pour des raisons de normes sanitaires à respecter, sachant que les produits sont des légumes qui sont cuisinés et qu’il n’y a que des produits frais. Les ressources financières disponibles sont faibles, mais l’argent reçu des repas est réinvesti dans l’initiative et son promoteur notamment pour payer les chefs. Les problèmes financiers impactent la motivation des équipes de bénévoles, car le fonctionnement d’un restaurant demande beaucoup de personnel, de temps, et de logistique.
Non, le programme est encore trop jeune.
Une des pistes d’amélioration serait d’avoir un local permanent, qui serait attribué au restaurant. La location ou l’achat d’un local grâce aux bénéfices réalisés par la vente des repas semble difficile, car il n’est pas question d’augmenter le prix de ces derniers. Outre la légalisation du lieu du restaurant, un crowdfunding va être lancer afin d’obtenir un food-truck afin de circuler dans les festivals et d’informer les festivaliers sur le gaspillage alimentaire.
Le gaspillage alimentaire touche de nombreuses personnes, et cette initiative est reproductible avec les invendus de la grande distribution. Les bons résultats du programme sont expliqués notamment par l’ouverture d’esprit qu’apporte cette initiative, la motivation du/des porteurs de projet et leur volonté de montrer que « la solution à la faim dans le monde se trouve notamment dans nos poubelles ». Les réservations pour manger un repas avec les invendus de Rungis se font par Facebook, ou par téléphone et sont complets plus d’un mois à l’avance.
Le projet est une jeune initiative ayant eu peu de répercussion en France, personne n’a repris l’initiative telle quelle, mais elle existe sous d’autres formes à l’étranger, elle est, par exemple très présente en Allemagne. Elle permet une réelle prise de conscience du gaspillage alimentaire et du gaspillage des biens (locaux, biens provenant d’Emmaüs). Elle permet de créer du lien social entre personnes issues de différents milieux sociaux, des groupes qui ne se fréquenteraient pas forcément ailleurs, autour du repas, moment important dans la culture Française.
http://www.lemonde.fr/m-moyen-format/article/2015/11/27/freegan-pony-le-restaurant squatteur48193324497271.html
https://www.lebonbon.fr/lifestyle/freegan-pony-le-resto-qui-cuisine-les-invendus-de-rungis/
http://www.wedemain.fr/Le-resto-freegan-qui
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Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**