Observatoire

Thérapie du choc administrée à l’agri culture / Anthropologie de pratiques paysannes d’hier et aujourd’hui / Rôle et usage de la mémoire des paysages

Association loi de 1901, Inf’OGM est une veille citoyenne qui décrypte l’actualité mondiale et propose un service unique d’information francophone sur les OGM, les biotechnologies et, depuis 2013, également sur les semences.

Auteurs(s)

Bénédicte
BONZI
étudiante en M2 à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales + présidente de l’association Inf’OGM

Programme

Démarrage : 2012

Lieu de réalisation : Irak et Angleterre

Budget : 3000

Origine et spécificités du financement : Fonds propres + appel à don + Ecole

Organisme(s)

Inf’OGM

Montreuil – 93100

Montreuil

6Salariés

15Bénévoles

150Adhérents

Site internet

ORIGINE ET CONTEXTE

C’est à travers une enquête anthropologique que j’ai commencé à récolter des témoignages pour comprendre pourquoi aujourd’hui 22 variétés de blé sont autorisées et 6 ou 7 cultivées quand des milliers y sont nées. Dès lors de quelle autonomie alimentaire s’agit-il ?
Appartenant à la Mésopotamie, le Kurdistan d’Irak fait partie de cette région connue depuis 10 000 ans pour être le berceau des blés. Riche d’une agriculture vivrière, en autosuffisance, déplacements, collectivisations, guerre, destructions, réformes, droits de propriétés intellectuelles ont transformés ce territoire en y imposant des pratiques agro-industrielles. Cette modification touche l’ensemble de la société et elle a induits de profonds changements. Ce territoire anciennement autonome du point de vue alimentaire est ainsi devenu dépendant en semences. Alors que le blé s’achète dans son berceau, j’ai choisi de donner la parole aux paysans pour qu’ils nous racontent ce phénomène.

Objectifs

Décrire et analyser : Au Kurdistan d’Irak, des évènements violents d’une densité rare se sont succédés et se poursuivent avec de lourdes conséquences sur la population. Choquée, déplacée, coupée de sa terre par la destruction des villages ( 4 500 sur les 5 200 existants), héritant de terrains minés, la population a été victime d’une stratégie visant leurs paysages pour en prendre le contrôle. Dans ce contexte observer la mise en œuvre de reconstruction interroge sur le rôle de chacun dans un tel projet. Sur place une politique agricole qui favorise la culture intensive du blé est développée en parallèle d’une politique de l’aide alimentaire qui distribue gratuitement cette denrée. Quel rôle joue alors le paysan produisant pour un Etat qui achète le double du prix du marché et distribuant gratuitement le fruit de son travail?

ACTIONS MISES EN OEUVRE

Une enquête anthropologique sur 4 périodes, soit une durée totale d’environ 6 mois (3 mois au sein de familles Kurdes d’Irak en Angleterre et 3 mois au Kurdistan d’Irak à Erbil, Soran et Souleymaniye)
J’ai au cours de cette enquête choisi de vivre majoritairement avec 3 familles Kurdes, je peux ainsi observer des savoir-faire et des pratiques quotidiennes et être accompagnée à l’intérieur de groupes organisés en « tribus » et où certains pratiquent encore l’agriculture sous différentes formes. Je collecte de nombreux témoignages que je filme, ou transcris. C’est en rencontrant plus finement 3 tribus au Kurdistan d’Irak lors de mon dernier séjour que j’ai entrepris de décortiquer la manière dont se reconstruisait l’agriculture dans cette zone du monde quand la guerre a éclaté j’ai donc prévu d’y retourner plus tard.
Par ailleurs, un travail de collecte de données et de séries d’entretiens auprès des institutions (ministère, ONG, universitaires).

Résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs

Mon enquête étant en cours, je ne peux fournir de « résultats ». Toutefois, ce qui me semble important de souligner est l’enjeu que représente la violence faite au vivant et plus finement la non reconnaissance de celle-ci.
Au Kurdistan d’Irak, comme dans de nombreuses zones du monde une stratégie de guerre a visé directement l’autonomie alimentaire. En effet, les déplacements de population ont été fait afin de pouvoir contrôler des groupes qui étaient « autonomes » en terme de ressources alimentaires ce qui leur permettaient de pouvoir résister à l’Etat. La campagne Anfal visait à tuer le bétail, détruire les récoltes, les maisons et boucher les sources afin d’empêcher le retour des habitants. Au moment ou s’est déclenchée cette nouvelle guerre au début du mois d’Août, les Peshmergas ( l’armée Kurde) disaient qu’ils ne pouvaient se nourrir car les magasins étaient fermés, l’été dernier les paysans me racontaient comment ils nourrissaient les soldats « avant »!

Originalité

Dans cette recherche assez formelle je soulignerais un aspect plus original.
Ayant choisi d’organiser ma recherche avec une jeune femme Kurde d’Irak qui a traduit la plupart de mes entretiens auprès des paysans pour qu’ils puissent s’exprimer dans leur langue, j’ai observé sa prise de conscience sur cette thématique,. L’originalité c’est que cela a « forcé » la rencontre entre ces deux catégories, qui n’ont pas pour habitude de communiquer ( ainsi à travers ce choix méthodologique s’éveille sous mes yeux une vrai curiosité des uns vis à vis des autres). Cette jeune femme étant engagée dans un parti politique au pouvoir, cette démarche va aboutir à la production d’un texte analytique à l’intention du ministère de l’agriculture.
Autre point intéressant j’ai filmé différentes techniques de fabrication du pain, entre autre, de savoir faire des femmes.

Partenariat(s)

Dans le cadre de ce projet, il est important de souligner qu’une part de financement est lié à une collecte de don et m’a donc offert la chance de bénéficier de soutien d’associations et de nombreuses personnes se sentant concernés par cette cause. Je considère que l’ensemble des donateurs sont partenaires du projet, la liste apparait sur le lien suivant : http://www.kisskissbankbank.com/fr/users/bene-b/projects/created#projects
Par ailleurs, concernant le Kurdistan d’Irak, partenariat avec l’Université de Soran.
Pour la France l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales a soutenu ce projet en m’accordant une bourse de déplacement pour réaliser mon terrain.

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés pendant la mise en œuvre :

L’expérience que j’ai pu vivre cette année au Kurdistan est complexe et douloureuse. En effet, lors de mon enquête, le Daash a commis plusieurs massacres, Chrétiens de Mossoul et de Qaraqosh, Yésidis dans le Sinjar et bien d’autres minorités. J’ai vu de nombreux déplacements de populations et le climat changer en quelques jours. Le projet de « prendre » Erbil est arrivé brutalement. Prise dans mon enquête, je n’ai senti le danger que lorsqu’il était réellement aux portes de la ville. J’ai alors compris qu’il devenait impossible de penser « le vivant » et « l’agriculture » en temps de guerre et que nous étions en train de retourner dans ce « temps là »! J’ai fait le choix de rentrer par rapport à un risque d’enlèvement trop élevé du fait de travailler dans les villages. Mon retour d’expérience va mettre en perspective ce qui m’a été raconté depuis deux ans et cet arrêt brutal, un nouveau choc sur l’ensemble d’une population mais aussi sur le milieu paysan.

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

Je continue d’être en lien grâce à internet avec mes nombreux contacts sur place.
J’ai recueilli un matériel assez dense pour réaliser un journal de terrain décrivant des pratiques, des techniques et une culture, ainsi qu’une note juridique sur les réglementations des semences et leurs applications au Kurdistan d’Irak, en Irak et dans les zones frontalières.
Je souhaite utiliser mon matériel photo et vidéo pour commencer la réalisation d’un documentaire qui viserait à mettre en avant les prises de conscience de cette jeune femme Kurde, qui m’a suivie dans ce projet et que je compte bien suivre aujourd’hui dans sa propre réflexion car c’est de son pays dont il s’agit.
En résumé, je ne souhaite pas rester dans la stupeur de la guerre et de la violence des attaques mais utiliser ce que j’ai eu le temps de faire pour rendre compte de ce qu’il se passe et organiser un prochain séjour.

Améliorations futures possibles :

Espérant que la situation s’améliore, j’ai l’espoir de retourner au Kurdistan d’Irak au mois de Mars lors de « Newroz » le nouvel an Kurde. Je souhaiterais découvrir ce pays que j’ai vu en été très sec, dans ses couleurs vertes de printemps, un autre paysage… Et ainsi réaliser de nouvelles images pour compléter celles que j’ai faites, et poursuivre mes rencontres et échanges avec les paysans.

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou un essaimage :

Il me semble intéressant de formuler deux conseils, le premier, quelles que soient les conditions, rien ne peut remplacer un travail de terrain, les rencontres, les échanges sont d’une grande richesse et permettent de prendre en compte l’autre, et de s’ouvrir à de nouveaux horizons.
Par ailleurs, aller sur place ne suffit pas, il me semble tout aussi important de le faire en immersion et de voir également ce point comme une condition à la finesse du matériel que l’on va ramener. La relation de confiance qui est une base pour obtenir un récit dense nécessite du temps et de la proximité.
L’objectif est d’être en mesure de rendre compte de ce que les paysans du Kurdistan d’Irak ont à dire de leur histoire.

Idées de sujet(s) de recherche fondamentale ou appliquée, utile(s) pour le présent programme :

Alors que nous entendons parler de droit à l’alimentation, de sécurité alimentaire se pose ici l’intérêt d’observer et comprendre ces phénomènes mettant en exergue d’une part l’autonomie alimentaire et d’autre part la souveraineté alimentaire. Cette question pour moi ne se limite pas au Kurdistan d’Irak mais est transposable dans chaque pays, lieu, structure produisant de l’aide alimentaire.

Références

JAULIN Robert
1970, La paix Blanche, édition le Seuil, Paris, 424 p.
KLEIN, Naomi
2008, La stratégie du Choc, La montée d’un capitalisme du désastre, Laméac éditeur, Actes sud, Babel, 655p.
BENASAYAG, Miguel et GOUYON, Pierre-Henri
2012, Fabriquer le vivant ? Ce que nous apprennent les sciences de la vie pour penser les défis de notre époque, édition la découverte, Paris, 166 p.
BOZARSLAN, Hamit
2004, Histoire de la Turquie contemporaine, éditions La découverte, collection repères, Paris, réédition 2007, 124 p.
2009, Conflit kurde, Le brasier oublié du Moyen-Orient, éditions autrement, Paris 2009, 172p.
2011, Sociologie politique du Moyen Orient, Ed La découverte, collection repères, Paris, 125p.

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Comité de lecture
Date de lecture de la fiche
Localisation
FranceRoyaume-UniIraq
seine-saint-denis
Domaine
EnvironnementAgriculture
Type de structure
Etablissement académique ou de recherche
Envergure du programme
Internationale
Localisation
Licence

Copyright: Licence Creative Commons Attribution 3.0
Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**