Observatoire

Méthode innovante de conservation des sols et de l’eau à Gros Morne, un héritage de Madian Salagnac

Le projet Madian-Salagnac œuvre pour un développement intégré dans le milieu rural haïtien et est à l’origine d’innovations pédagogique, technique et managériale qui se sont, en particulier, concrétisées dans le projet de Gros Morne. Ce dernier associe la protection de l’environnement (lieu de vie et d’agriculture), l’amélioration de l’accès à l’eau et la formation de techniciens locaux, pour améliorer la couverture végétale et augmenter la production agricole.

Auteurs(s)

Charles
Lilin

Fiche rédigée par Pauline Riffier

Programme

Démarrage : 2006

Lieu de réalisation : Gros Morne (Haïti)

Budget : 100000

Origine et spécificités du financement : (budget total) Union Européenne, Ministère français des Affaires Etrangères et dons privés

Organisme(s)

ONG SOS-Enfants Sans Frontières

Montreuil – CENTRE VILLE

Gros Morne

6Salariés

20Bénévoles

46Adhérents

ORIGINE ET CONTEXTE

L’environnement des mornes d’Haïti est hostile, notamment en raison de la rareté de l’eau et de fortes contraintes physiques comme les ravines. Le développement de cultures telles que le bananier ou le vivrier maraîcher (piment, patate douce, malanga, gombo, légumes feuilles) est ainsi freiné. Le faible nombre de points d’eau constitue aussi une forte contrainte tant pour l’élevage que les usages domestiques. La plupart des projets de conservation des sols et de l’eau entrepris jusque-là n’avaient pas eu d’effets probants.

Objectifs

En vue de répondre aux pressions écologiques et aux défis socioéconomiques liés aux décapitalisations, une initiative en développement agricole durable a été lancée à Gros Morne, afin d’améliorer la couverture végétale et d’augmenter la production agricole. Elle s’est appuyée sur les acquis du Centre de Madian-Salagnac reposant sur : le développement de cultures maraîchères, la construction de citernes individuelles et la formation d’agronomes.

ACTIONS MISES EN OEUVRE

Le programme a permis de construire des seuils en dur avec micro-retenue dans des ravines (accompagnés de bassins en aval), construisant ainsi des sols ainsi que des puits. De plus, la valorisation de l’eau retenue permet une petite irrigation et renforce le maillage bocager sur les versants par le développement de l’arboriculture fruitière. Des techniciens ont été formés à l’irrigation (goutte-à-goutte, greffage du manguier, conduite de chantier et pépinière) puis sont intervenus pour d’autres projets ou à la demande d’agriculteurs. Enfin, des visites de terrain ou virtuelles ont été organisées.

Résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs

– Stimulation de l’alluvionnement et réduction de l’érosion hydrique ; Amélioration de l’infiltration des eaux de ruissellement et des débits d’étiage ; Réduction de la pression agricole sur les versants pentus
– Reconstitution des micro-milieux humides (plantation d’espèces à forte valeur ajoutée) ; Pérennisation de l’arboriculture fruitière (revenus à court et moyen terme) ; Mobilisation de la ressource en eau facilitée pour l’agriculteur (puits) et recapitalisation des exploitations agricoles (« constructeurs de sols »)
– Adaptation fine du projet au contexte local grâce aux diagnostics et au pilotage des actions, et appropriation du projet, valorisation des acquis et diffusions des savoirs techniques et théoriques, par les visites.

Originalité

Outre les innovations techniques, la réussite de cette initiative repose surtout sur l’ingéniosité managériale : un « art de faire » qui tient compte des connaissances et des réalités locales. La réévaluation continuelle du projet, ainsi que les réajustements managériaux et techniques de l’intervention, en fonction des conditions rencontrées, en sont aussi sa plus-value.

Partenariat(s)

Le projet de développement agricole durable de Gros Morne a été mis en œuvre par l’ONG SOS-Enfants Sans Frontière (pilote du programme).

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés pendant la mise en œuvre :

– L’« art de faire » peut être mal compris et disqualifié comme peu réaliste ou comme relevant du bricolage.
– Demande paysanne : ambiguë et portant sur des bénéfices immédiats. La démarche participative difficile dans ce contexte.
– La culture de terrain mise en œuvre reste orale, ce qui ne facilite pas sa diffusion dans d’autres contextes.

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

La méthodologie classique (diagnostics, conception, mise en œuvre, évaluation) n’était pas adaptée au contexte. Ce programme a été assujetti à une évaluation continue et a été modifié autant de fois que nécessaire.

Améliorations futures possibles :

– Un projet de construction de seuils biologiques (plus modestes que les ouvrages en dur) reste à poursuivre
– Multiplier les formations (acquis valorisés et diffusés), et utiliser les technologies informatiques (organisation et diffusion des connaissances et savoir-faire de la « culture de terrain » et de l’agronomie facilitée)
– Elaborer des ateliers d’écriture afin de restituer les savoirs d’expérience des praticiens.

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou un essaimage :

– L’important réseau des agronomes qui sont passés par le Centre de Madian-Salagnac constitue une opportunité pour la diffusion des innovations évoquées.
– C’est après un diagnostic réaliste que l’environnement le plus approprié pour recevoir le projet a été déterminé. L’intervention a demandé finesse, réactivité et patience.
– Il faut opter pour un projet plus « artisanal » qu’« industriel » ; l’intégration de la « culture de terrain » à la gestion de projet ; un lien de continuité entre la conception et de la mise en œuvre ; la diffusion des innovations (par des formations, et des visites de terrain et/ou virtuelles) ; une sélection pertinente du terrain d’intervention en fonction des réalités et des possibilités.

Idées de sujet(s) de recherche fondamentale ou appliquée, utile(s) pour le présent programme :

>> Suivi des effets des aménagements dans les ravines sur les systèmes de culture, sur l’alluvionnement et sur le fonctionnement hydrologique.
>> Suivi des pratiques agro-pastorales après la construction des points d’eau.
>> Etude comparative des projets innovants des points de vue du « dispositif projet », de l’art de faire et de la culture de terrain mis en œuvre et mise en perspective de ces aspects managériaux par rapport à d’autres projets d’aménagement de bassins versants.

Références

Lilin, C. « Innovations techniques et managériales à Gros Morne : Un héritage de Madian-Salagnac » FACTS Reports (Numéro Spécial 9, 2014)

Pour en savoir plus

DEFINITIONS :
* Ravine : petit ravin, résultat d’une incision linéaire (ravinement) sur un versant.
* Décapitalisation pour un milieu écologique : diminution de la biomasse et de la biodiversité résultant de processus de dégradation.
* Décapitalisation

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Comité de lecture
Date de lecture de la fiche
15/04/2014
Localisation
Haïti
Appréciation(s) du comité
Initiative achevée
Domaine
EnvironnementAgricultureEducation et formation
Type de structure
Association, collectif, ONG
Envergure du programme
Nationale
Bénéficiaires
Population rurale
Type d’action
Services d’accompagnement Formation, gestion, aide technique, juridique…
Type d’objectif
Maintien et amélioration de la biodiversitéPréservation de la qualité / fertilité des solsPréservation de la qualité des eauxValorisation du patrimoine technique (savoir-faire)Entretien du patrimoine naturel
Localisation
Licence

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Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**