
: Depuis 1989, les Restos du Cœur, une association d’aide aux personnes démunies, propose des structures d’insertion par l’activité économique (SIAE) pour des personnes éloignées de l’emploi. Aujourd’hui, ces structures comprennent entre autres sept cuisines d’insertion, dont six transformant chaque jour des invendus donnés aux Restos du Cœur en repas chauds pour des personnes vivant dans la rue.
Démarrage : 1989
Lieu de réalisation : France
Origine et spécificités du financement : Fonds publics et privés
Les structures d’insertion par l’activité économique (SIAE) ont été créées par les Restos du Cœur en 1989 afin d’aider les personnes éloignées de l’emploi à reprendre confiance et s’intégrer sur le marché du travail. Les Restos du Cœur proposent différents chantiers d’insertion : jardins, chantiers de logistique, de réhabilitation de meubles, de rénovation de logements, qui servent de passerelles vers l’emploi.
Les cuisines d’insertion ont été créées car d’une part, il existe encore une prescription genrée des métiers, et par conséquent les chantiers d’insertion des Restos du Cœur accueillent peu de femmes. Les cuisines d’insertion sont donc un moyen de proposer plus d’opportunités aux femmes éloignées de l’emploi. D’autre part, la cuisine est une activité très fédératrice. Les cuisines d’insertion se sont donc avérées être un support très compatible avec l’insertion, avec des temps d’adaptation plus courts que pour d’autres activités.
– Aider les personnes éloignées de l’emploi à reprendre confiance et intégrer le monde du travail par une activité à utilité sociale valorisante
– Proposer des repas chauds aux personnes vivant dans la rue, en lien avec la mission principale des Restos du Cœur
– Lutter contre le gaspillage alimentaire en valorisant les invendus donnés par des entreprises aux Restos du Cœur
– À terme, développer un plus grand nombre de ces cuisines d’insertion
Les Restos du Cœur comptent six cuisines d’insertion cuisinant des repas chauds à partir d’invendus alimentaires pour les personnes dans la rue :
– Les invendus sont récupérés chaque matin auprès des partenaires de la grande distribution lors des « ramasses » par des bénévoles et triés dans des entrepôts.
– Puisque les cuisines ont des besoins spécifiques et servent des personnes dans la rue, elles sont prioritaires pour se servir parmi les invendus issus de la ramasse du jour.
– Chaque midi, les salariés en insertion préparent les chauds repas sous la supervision d’un.e encadrant.e technique.
– Les repas sont ensuite mis dans des norvégiennes, des contenants préservant les repas au chaud, pour empêcher le développement de bactéries
– Chaque soir, des équipes de bénévoles récupèrent les repas chauds et les distribuent
– Une des cuisines, celle de Saint-Brieuc, propose également un modèle de restauration collective solidaire
Chantiers d’insertion :
– Chaque cuisine compte entre 7 à 12 salariés en insertion, un.e encadrant.e technique, et un.e conseiller.e en insertion à mi-temps
– Le parcours moyen d’un salarié en insertion dure 13 mois, mais les contrats sont variables – la loi impose un premier CDD de 4 mois, mais les contrats suivants peuvent varier dans leur durée, en fonction de l’évolution des projets professionnels des salariés
– Les salariés bénéficient d’un accompagnement personnalisé pour leur projet professionnel. L’objectif n’est pas de les préparer aux métiers de la restauration – le chantier d’insertion n’est pas un programme professionnalisant, mais une étape dans le processus d’insertion sur le marché du travail
– Chacune des six cuisines d’insertions prépare entre 60 et 250 repas par jour
– Chaque cuisine d’insertion compte entre 7 et 12 postes en insertion
– Les études d’impact montrent que la finalité d’utilité sociale de l’activité de cuisine est très valorisante pour les salariés en insertion et les aide à se reconstruire et reprendre confiance en eux.
– Le rôle des Restos du Cœur en tant qu’acteur de la lutte contre le gaspillage alimentaire n’est pas encore intégré dans la culture de l’association car l’association est historiquement concentrée sur l’objectif social d’aide aux personnes démunies. Il s’agit d’un message à développer davantage
– Double utilité sociale d’insertion des personnes éloignées de l’emploi et d’aide alimentaire aux personnes dans la rue, associée à l’impact environnemental de la lutte contre le gaspillage.
– L’intégration des chantiers d’insertion au sein des activités de récupération d’invendus et de distribution de repas des Restos du Cœur
– Partenaires principaux de dons alimentaires aux Restos du Cœur : Carrefour, Auchan, Lidl…
– Métro : partenaire complémentaire des cuisines d’insertion pour les dons de produits carnés. Il s’agit de produits que Métro ne peut pas donner aux Banques Alimentaires avec le reste de ses invendus, mais que les cuisines d’insertion sont autorisées à récupérer car des encadrants techniques sont présents
– Sodexo : financement, dons de matériel et d’équipement, et mécénat de compétences (expertise technique), dons de repas préparés
– Financements de la Fondation Carrefour et la Fondation Daniel et Nina Carasso
– Financements publics
– Agro Analyses : formations sur le respect des normes d’hygiène et audits internes
– Difficultés au démarrage en lien avec le respect des règles d’hygiène et la transmission de ces informations aux salariés en insertion d’une manière accessible à tous (barrières linguistiques)
– La variabilité des volumes de dons d’invendus associée à l’activité de distribution de repas aux personnes dans la rue pose des difficultés :
o Gérer les volumes avec des dons d’invendus qui varient en nature et en volume nécessite une grande capacité d’adaptation et d’anticipation
o Les repas uniques peuvent être source de tension ou de conflits, il faut donc être en mesure de produire des repas identiques sur des volumes conséquents
– L’activité d’insertion pose des contraintes additionnelles :
o Taux d’absentéisme d’environ 10%
o Difficulté d’organiser les congés annuels des salariés et surtout de l’encadrant.e technique, alors que des repas doivent être servis chaque jour de l’année
– Efforts pour rendre accessibles les contenus sur les règles d’hygiène
o Création par un stagiaire graphiste d’une banque de dessins sur les différentes procédures, consignes, et règles en cuisine
o Accès à une formation HACCP (dangers et points critiques pour leur maîtrise)
– Pour faire face à la variabilité des dons d’invendus tout en garantissant le nombre de repas :
o Stocks tampons d’aliments congelés pouvant venir en complément des invendus Recours occasionnels à des dons de repas préparés par Sodexo et à l’achat d’ingrédients
– Pour faire face aux difficultés en lien avec le chantier d’insertion
o Les chantiers d’insertion prévoient leurs effectifs en tenant compte du taux d’absentéisme : les cuisines d’insertion ont toujours un salarié de plus que ce qui est nécessaire en fonction de l’activité pour éviter que la cuisine soit sous pression
o Fermeture annuelle l’été pour que les encadrants puissent prendre leurs congés, pendant laquelle d’autres associations prennent le relais pour assurer les repas
– Il est essentiel d’avoir un espace de travail et des équipements adaptés : Les Restos du Cœur ont fait appel à un cabinet d’architectes spécialisés dans l’agroalimentaire pour concevoir des grandes cuisines ouvertes permettant aux encadrants d’avoir une vision d’ensemble sur l’activité
– Ne pas hésiter à faire appel à des professionnels, surtout pour mettre en place un plan de maîtrise sanitaire
– Les règlementations liées à l’hygiène sont une contrainte majeure, mais celle-ci n’est pas insurmontable si elles sont bien adressées au moment du démarrage
– Pour obtenir des invendus, essayer de viser des créneaux et des sources d’invendus qui ne sont pas encore exploités :
o Les associations d’aide alimentaire font face à une concurrence accrue pour les invendus car de nouveaux acteurs, y compris beaucoup d’entreprises, entrent sur le marché
o Les coopératives agricoles sont en demande de partenariats pour donner leurs invendus – il y a donc un enjeu important avec les fruits et légumes moches à explorer pour de nouveaux projets
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Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**