
Depuis 2008, la Maison de la Transhumance et l’Écomusée du Pastoralisme de Pontebernardo (Italie) travaillent conjointement sur le projet de valorisation d’un ancien itinéraire de transhumance : LA ROUTO. Ce projet consiste en la création de partenariats au sein d’un réseau composé d’éleveurs, bergers, restaurateurs, artisans, commerçants, acteurs du tourisme, de la culture ou de l’environnement, afin de relier la ville d’Arles à Borgo San Dalmazzo par un itinéraire de Grande Randonnée de près 500 km tout en valorisant les savoir-faire et les produits locaux grâce à la structuration de filières courtes.
Démarrage : 2008
Lieu de réalisation : Piémont/Région PACA
Origine et spécificités du financement : Interreg Alcotra 2011-2013 (650 000 euros) et financement de collectivités territoriales (Région, départements, communautés de communes…)
La Routo
Salon-de-Provence – 13300Maison de la transhumance, Domaine du Merle, Route d’Arles
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L’élevage des moutons dans la plaine de la Crau existe depuis près de 6000 ans. Jusque dans les années 60, beaucoup de bergers originaires du Piémont en Italie sont venus en Provence, dans la plaine de La Crau et en Camargue, pour être embauchés dans les troupeaux. Certains d’entre eux retournaient alors dans leur vallée d’origine en faisant la route de la transhumance (qui aujourd’hui se fait en camion) empruntant à pied les drailles et carraires (chemin pierreux) qui allaient d’Arles jusqu’en Italie.
La Maison de la transhumance, installée au Domaine du Merle à Salon-de-Provence, et l’Écomusée du Pastoralisme de Pontebernardo, dans la vallée de la Stura (Italie), travaillent conjointement depuis de nombreuses années sur la valorisation de cet ancien itinéraire de transhumance reliant les deux pays.
La Routo est mis en place en 2008 car les éleveurs font face aux nombreux défis (concurrence internationale, non-renouvellement du métier, etc.). Ce projet consiste à créer de partenariats au sein d’un réseau composé d’éleveurs, bergers, restaurateurs, artisans, commerçants, acteurs du tourisme, de la culture ou de l’environnement, afin de relier la ville d’Arles à Borgo San Dalmazzo par un itinéraire de Grande Randonnée de près 500 km.
Faisant de la Maison de la transhumance le pôle méridional, et l’Écomusée du Pastoralisme de Pontebernardo le pôle alpin, ce projet favorise les connaissances sur les pratiques liées à l’élevage, valorise les métiers et les produits liés à la transhumance, tout en mettant en valeur des paysages magnifiques.
L’itinéraire sera agréé sentier de Grande Randonnée en 2017 et près de 10 ans auront été nécessaires pour la mise en place de ce « GR69 La Routo ».
– Proposer un itinéraire de randonnée lié à la transhumance et y inclure une forte dimension patrimoniale et environnementale
– Structurer des filières d’élevages autour de l’itinéraire et d’un réseau de partenaires
– Promouvoir les métiers liés à la transhumance au travers la visite de centres de formations et proposer des activités agrotouristiques
– Valoriser des produits locaux : la laine de Mérinos, fromages et viandes ovines, bovines, caprines, au travers d’au moins 100 à 150 restaurateurs proposant « l’assiette La Routo » à leurs clients.
– Apporter du contenu éducatif et culturel via une « malle pédagogique La Routo » et/ou un stand (dans les écoles ou lors des fêtes de la Transhumance lorsque les troupeaux défilent dans les rues, etc.)
– Un travail considérable a été mené depuis 2008 pour retrouver les drailles et carraires de la transhumance, à la fois sur le terrain et en lien avec le cadastre Napoléonien, mais aussi au travers d’entretiens avec d’anciens éleveurs et bergers qui ont fait la route de la transhumance à pied.
– La Routo s’est appuyé sur le travail ethnologique mené par l’IDEMEC (Dionigi Albera et Guillaume Lebaudy) et l’Écomusée du pastoralisme (donnant lieu à plusieurs expositions).
– L’itinéraire comprend le passage par le lycée agricole de Carmejane et le Centre de formation du Merle (plus ancienne école de Berger et Bergère de France) dans l’objectif de valoriser les métiers et faire connaître ces deux institutions.
– Une « assiette La Routo », basée sur le principe de l’assiette du berger, sera servie dans les restaurants partenaires. Cette assiette comprend un produit issu de l’élevage local (viandes ovine, caprine ou bovine) mais également des fromages produits localement (Brousse du Rove, Tome de l’Ubayye, ou de l’AOC de Banon) + l’obligation d’utiliser des fruits et légumes de saison et éventuellement un pain local (comme le Gibassier en Provence). Il s’agit d’une assiette que l’on consomme le midi, entre 15 et 17 euros.
– Mise en œuvre d’une gamme de vêtement La Routo, à partir de la laine de Mérinos d’Arles, afin de valoriser la laine des éleveurs vendue actuellement en grande majorité en Chine à bas coûts pour revenir en France une fois transformée.
– Action de sensibilisation grâce à la « Malle pédagogique La Routo » dans les écoles et lors d’événements.
Coopération avec d’autres pays :
– Lettre d’information régulière (dans laquelle la Maison de la Transhumance essaie, à chaque fois, de traiter un sujet sur un autre pays, un autre continent).
– Plusieurs réunions ont eu lieu dans des pays intéressés pour s’inspirer d’un tel projet (Espagne, Italie centrale, Roumanie…).
– Initié en 2008 par M. Fabre : une deuxième personne embauchée pour travailler à temps plein sur le projet depuis 2014.
– Bien que l’itinéraire ne soit pas encore inauguré, 3 restaurants proposent une assiette ou un burger « La Routo » à Salon-de-Provence et 2 restaurants proposent l’assiette La Routo dans les Alpes-de-Haute-Provence.
– La commercialisation de la ligne de vêtement commence progressivement.
– Le réseau de la Maison de la transhumance est très étendu (ARPE, CERPAM, Chambres d’agriculture régionales, etc.). La lettre d’information de la Maison de la Transhumance est diffusée à environ 1200 personnes/structures. On trouve de la transhumance ou du nomadisme dans les cinq continents. Le terrain d’action à l’international de la Maison de la Transhumance est plutôt la Méditerranée.
– Le projet La Routo est une marque déposée à l’INPI.
– L’itinéraire sera homologué par la Fédération Française de la Randonnée Pédestre en 2017 (GR69 : La Routo)
– La Malle pédagogique La Routo a été présentée dans plusieurs écoles, ou a été prêtée à des partenaires comme les centres permanents d’initiatives pour l’environnement (CPIE).
– La maison de la transhumance participe à une vingtaine de fêtes et de foires par an, accompagnée de sa malle pédagogique (par exemple celle de St Remy de Provence où 15 000 à 20 000 personnes sont présentes ; celle de Die dans la Drôme, ou celle de Barcelonnette lors de la première édition).
Une deuxième demande de financement Interreg ALCOTRA 2014-2020 est en cours afin de finaliser le projet :
– Réaliser le topoguide,
– Réaliser le balisage de l’itinéraire avec le symbole de la sonnaille de transhumance,
– Qualifier les hébergeurs « La Routo » sur la base d’une charte, etc.
– Ce projet ne va pas seulement toucher les randonneurs et touristes mais il va également impacter les habitants qui pourront reconnaître derrière La Routo des valeurs liées à l’élevage pastoral et à la transhumance.
– Ressenti très positif concernant ce projet de la part des acteurs locaux
– Plusieurs réunions au sujet du projet La Routo ont eu lieu en Italie centrale et en Roumanie afin de présenter le projet dans la perspective qu’il puisse en inspirer d’autres.
– Les itinéraires de randonnées sont généralement de deux sortes : (1) lié à la découverte d’un territoire par la marche ; (2) lié à une thématique précise comme «l’itinéraire de Stevenson» dans les Cévennes (suivant le récit du voyage à dos d’âne de l’écrivain écossais).
– La Routo fait partie d’un itinéraire thématique, mais derrière il y a un projet de développement des territoires et de structuration de filières d’élevage. Derrière ce support, il y a un important travail d’animation et de maillage d’acteurs du territoire en réseaux de partenaires incluant les dimensions à la fois économiques, patrimoniales et environnementales.
Pour construire l’itinéraire, un large partenariat avec les conseils départementaux (missionnés pour travailler sur le PDIPR : Plan Départemental des Itinéraires de Randonnées Pédestre), et les professionnels de la Randonnée et du Tourisme a été construit ainsi qu’avec La Maison Régionale de l’Élevage à Manosque, Associations interprofessionnelles (CERPAM), les Chambres d’agriculture, les coopératives d’élevage, les groupements d’éleveurs et les éleveurs à titre individuel.
(1) Le financement : projet tellement transversal qui comprend de nombreuses dimensions à la fois économiques, touristiques, patrimoniales, environnementales, etc.
(2) La création d’un GR de cette envergure a rencontré bien plus de difficultés que prévues initialement. Tant du point de vue politique, budgétaire, liées aux compétences, etc.
(3) Le terme de « traditions » n’est pas faux, néanmoins La Routo préfère ne pas l’utiliser car en Provence lorsque l’on parle de traditions, et notamment en ce qui concerne les bergers, il est facile d’assimiler la transhumance à un folklore avec une vision faussement passéiste et désuète du métier.
(4) Certains GR n’ont pas de topo-guide et ne sont malheureusement pas beaucoup empruntés
(5) Mise en place l’assiette La Routo compliquée car il faut s’assurer que les produits soient produits localement.
(6) Valorisation locale de la filière laine compliquée car n’existe plus dans la région PACA (lavage, traitement, etc.)
(7) D’innombrables réunions ont été nécessaires pour faire valider chaque passage de l’itinéraire dans chaque commune, chaque communauté de commune, etc. suscitant parfois des frustrations pour les communes non directement concernées.
(1) Le premier financement Interreg ALCOTRA obtenu sur le volet « Économie rurale » : accent sur mis sur les métiers et les produits. Aujourd’hui La Routo est en attente d’un deuxième financement pour la partie tourisme.
(2) Beaucoup plus de temps et de travail ont été nécessaires ; mais plus de choses sont en train d’aboutir.
(3) Au contraire, le terme de « pratiques » plutôt que de « traditions », est plus représentatif : être berger est un métier du présent, et d’avenir notamment en lien avec les composantes du développement durable (pratiques qui respectent l’environnement avec un pâturage de la plaine à la montagne, d’une herbe naturelle qui maintient les milieux ouverts avec une faune et une flore spécifique, une économie ancrée dans les territoires et une identité forte au niveau régional).
(4) Un gros travail d’animation et un effort sur la communication sont nécessaires afin de « faire vivre l’itinéraire ».
(5) Une charte créée et signée afin de garantir l’origine des produits. La Routo va également s’appuyer sur des marques existantes comme la « Marque Parc » des Parcs Naturels Régionaux (PNR).
(6) Le Projet La Routo implique le travail avec des collaborateurs les plus proches possibles malgré l’inexistence de collaborateurs locauxt : une entreprise allemande dans le piémont Italien ; une société près de Lyon pour la fabrique des chaussettes, etc. L’essentiel est que les retombées soient positives pour les éleveurs, quitte à ce qu’une filière laine se structure par la suite.
(7) Le fait que l’itinéraire ne passe pas par la commune, n’empêche pas les retombées pour celle-ci. En effet, la dynamique de réseau et le maillage des acteurs sur le territoire sera fait sur un large pourtour de l’itinéraire.
– L’itinéraire La Routo sera toujours en mouvement. Il faudra être 2 ou 3 personnes pour animer le réseau.
– La marque de vêtement La Routo va probablement être commercialisée dans d’autres pays orientés vers le tourisme durable tel que la Suède, l’Allemagne et la Suisse.
– La transhumance : porteuse de rapprochement, de solidarité et de paix entre les peuples. Faire le lien entre les plaines et les montagnes, est une pratique qui irrigue les territoires et « qui ne peut se pratiquer qu’en temps de paix ».
– Persévérance et patience.
– S’appuyer sur les acteurs du territoire : fédérations de randonneurs, musées, écomusées, sphère de la société civile, offices du tourisme, guides touristiques, etc.
LEBAUDY G., FABRE P., MARTINI S., ROSSO M.H. (dir.). « La Routo. Sur les chemins de la transhumance entre les Alpes et la mer ». Réédition augmentée. Ecomuseo della pastorizia, Maison de la transhumance, Maison du berger, Nerosubianco ed. Pietraporzio, 2012
http://www.larouto.eu/wp-content/uploads/2015/02/LaRouto_carte_2015-modif.pdf
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Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**