Observatoire

Développement du maraîchage par un dispositif de paysan(ne)s relais dans la zone de Mopti (Mali)

L’Afdi Loiret et l’Association des organisations professionnelles paysannes de Mopti ont lancé un dispositif de paysan(ne)s-relais dans la région de Mopti au Mali pour généraliser des pratiques maraîchères durables et faire face aux conditions climatiques difficiles dans la région.

Auteurs(s)

Rebecca
TOGO

Programme

Démarrage : 2007

Lieu de réalisation : Région de Mopti

Budget : 20000

Organisme(s)

Agriculteurs Français et Développement International du Loiret (Afdi Loiret)

Montreuil 93100

Mopti

1Salariés

20Bénévoles

12Adhérents

Site internet

Média sociaux

ORIGINE ET CONTEXTE

Dans la région de Mopti (nord du Mali), les conditions sont difficiles : pluies de plus en plus aléatoires, conflits, insuffisance en équipement, faible organisation des filières. On y cultive surtout des céréales et des produits maraîchers. Mais, du fait de ces conditions compliquées, à partir d’avril notre production n’est plus suffisante pour répondre à l’offre. Des produits maraîchers sont alors importés et vendus à des prix très élevés. Allonger la période de production/vente est donc un véritable enjeu pour nous, maraîchères. Depuis 2007, Afdi Loiret est partenaire de l’Association des organisations professionnelles paysannes de Mopti (AOPP Mopti) pour mettre en place un dispositif de paysans-relais dont moi, Rebecca Togo, agricultrice, fais partie pour le secteur de la ville de Koro. Ce dispositif vise, par des échanges successifs de paysan à paysan, à améliorer et vulgariser des pratiques de maraîchage durables et efficaces.

Objectifs

L’AOPP Mopti vise à devenir une organisation moteur dans la mise en place d’une stratégie de vulgarisation et de généralisation de pratiques maraîchères durables. La mise en place d’un réseau d’animation de paysans-relais est un facteur positif pour l’augmentation de la production. Les contraintes agronomiques de la zone de Mopti nous amènent à chercher des techniques d’agriculture nous permettant de rationnaliser l’irrigation et d’améliorer la fertilité des sols, notamment par l’utilisation d’engrais biologique. Il est à noter qu’au Mali, les activités maraîchères (production/transformation) sont principalement réalisées par des femmes. Le programme a ainsi pour autre objectif de favoriser leur autonomie et leur influence dans le milieu rural.

ACTIONS MISES EN OEUVRE

Depuis 2010, l’AOPP Mopti a formé vingt paysans-relais (dont douze femmes), dont je fais partie, à des techniques spécifiques (itinéraires techniques, gestion de l’eau, utilisation des composts…). Chaque paysan-relai a mis en pratique ces techniques dans une parcelle d’essai qu’il détient. Ces parcelles constituent en quelque sorte une « vitrine » pour sensibiliser des confrères à ces nouvelles méthodes. Ainsi, chaque mois, chaque paysan-relai accueille d’autres paysans pour transmettre ces nouveaux savoir-faire. L’économie d’eau étant une priorité, les paysans de nos secteurs ont bénéficié d’équipements (tensiomètre et pluviomètre) permettant de baisser la consommation d’eau en ajustant au mieux le volume en fonction de la culture. De nombreux échanges des paysans-relais avec la France et le Burkina Faso ont favorisé la mise en place du projet avec des visites de jardins et de fermes d’expérimentation, et des formations notamment sur la production de semences d’oignons.

Résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs

Le projet d’appui au maraîchage de l’AOPP Mopti a donné un bon coup de fouet à l’activité maraîchère dans la région de Mopti en général et en particulier dans la zone du cercle de Koro. En moins de six ans, vingt paysans relais, dont moi-même, avons été dotés de capacités techniques et matérielles. J’ai énormément appris sur la gestion de l’eau. Dans mon exploitation, j’utilise un pluviomètre et je n’arrose que lorsque c’est nécessaire, c’est-à-dire un jour sur deux en moyenne. J’ai ainsi divisé par deux ma consommation. Ma localité, disposant de quatre paysannes relais, bénéficie d’un maximum de diffusion de ces innovations techniques qui ont permis de révolutionner le maraîchage. C’est pourquoi, en peu de temps, le nombre de maraîchers dans notre zone a plus que doublé. Les superficies cultivées et la production maraîchère ont connu une progression impressionnante.

Originalité

La mise en place d’un dispositif de paysans relais est originale, car tout est fait pour que les paysans qui participent soient autonomes, tout en jouant collectif. Ce dispositif a aussi le mérite de former ces paysans à l’animation et à la diffusion de bonnes pratiques. Enfin, les échanges avec les paysan(ne)s français au Mali ou en France sont riches et diversifient nos connaissances agricoles et humaines.

Partenariat(s)

L’AOPP Mopti fait partie du réseau de l’AOPP nationale basée à Bamako et partenaire d’Afdi nationale depuis plus de vingt ans. L’AOPP nationale appuie les AOPP régionales dans leur organisation et leur fonctionnement pour la bonne gestion de leurs projets. L’AOPP défend auprès des politiques les besoins et les demandes des agriculteurs locaux. De plus, le programme a permis de lier des partenariats avec des organisations paysannes locales (telles que Jeanne d’Arc et CSV).

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés pendant la mise en œuvre :

L’acceptation de l’innovation par certains paysans n’a pas été simple car les changements prennent du temps : ils ont attendu de constater des résultats positifs chez d’autres avant de tester eux-mêmes les nouvelles pratiques. De plus, la forte insécurité liée aux conflits maliens n’a pas facilité les échanges, à la fois entre les paysans français et maliens, et entre nous, paysans de l’AOPP Mopti. Le suivi par les animateurs de l’AOPP Mopti n’a pas toujours été aisé, principalement dans les zones les plus au Nord où se trouvent des parcelles d’essais (zone de Koro). Certaines attaques rebelles ont déclenché des retards de plus d’une semaine dans deux formations.

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

Pour maintenir le lien entre les agriculteurs français et maliens, des échanges téléphoniques réguliers ont été mis en place. Début 2016, des rencontres Nord/Sud et Sud/Sud, impliquant des bénévoles d’Afdi, ont aussi été organisées au Mali dans la zone de Ségou, portant sur la filière oignons/échalotes. Nous avons visité d’autres groupements féminins producteurs et transformateurs d’oignons et d’échalotes pour diversifier et renforcer nos connaissances. Des salariés Afdi sont également présents à Bamako, facilitant les contacts sur le terrain.

Améliorations futures possibles :

Nous avons énormément progressé dans la production. Aujourd’hui, nous nous intéressons à la conservation et à la transformation. Il faudrait trouver un moyen de mieux conserver les semences d’oignons. La production s’étale sur deux ans et entre les deux années, il faut stocker les bulbes. Nous n’avons pas de lieu approprié, je les stocke chez moi sur du sable. Mais nous perdons la moitié de la récolte. Nous pouvons également progresser sur les outils de transformation. Une trancheuse de légumes motorisée, et non manuelle, nous ferait gagner du temps. Enfin, nous réfléchissons à rapprocher l’unité de transformation des débouchés. Aujourd’hui, l’unité est à 3 km de la ville ce qui complique le transport. L’idéal serait d’avoir une unité de transformation, adossée à une petite boutique, en centre-ville.

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou un essaimage :

Le principe du paysan-relais est efficace. Une autre association, avec qui nous travaillons également, souhaite mettre ce système en place. Nous sommes vingt paysans relais à l’AOPP à suivre des formations en agronomie. Quand nous revenons dans nos parcelles, nous mettons en pratique les nouvelles méthodes. Dans mon périmètre, les autres femmes m’ont tout de suite imitée. Je n’ai pas eu besoin d’argumenter pour les convaincre. Elles ont vu par elles-mêmes les différences de rendement et de calibre. Le périmètre maraîcher de la zone a ainsi augmenté d’un hectare (3 puits) depuis 2014.

Idées de sujet(s) de recherche fondamentale ou appliquée, utile(s) pour le présent programme :

L’oignon de Bangolo (zone Mopti) est très recherché par les consommateurs d’Afrique de l’ouest notamment pour sa qualité gustative. Il serait intéressant de mettre en place un label qualité mais nous aurions besoin d’un appui pour comprendre les caractéristiques et les démarches à entreprendre pour ce type d’initiative.

Références

Gaëlle Le Gauyer, CFSI, amélioration de la production maraîchère,5p, 2014

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Comité de lecture
Date de lecture de la fiche
2016-12-20
Localisation
Mali
Appréciation(s) du comité
Innovant !
Domaine
Education et formationEnvironnementRéseaux, coopérationsAgricultureAlimentation
Type de structure
Association, collectif, ONGCoopérativeOrganisation internationale
Envergure du programme
LocaleNationaleInternationale
Bénéficiaires
FemmesPopulation ruraleProfessionnelsAgriculteurs
Type d’action
Services d’accompagnement Formation, gestion, aide technique, juridique…
Type d’objectif
Création et renforcement du lien socialPréservation de la qualité / fertilité des solsValorisation du patrimoine technique (savoir-faire)
Localisation
Licence

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Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**