Observatoire

D’oasis urbaine en archipel vivrier, Jardins collectifs et agriculture urbaine dans la zone urbaine sensible des hauts de Valence

L’Oasis Rigaud est le noyau central d’un archipel vivrier constitué de jardins collectifs sur plus d’un hectare situé dans le quartier de Fontbarlettes à Valence. Aménagé et géré avec et par les habitants eux-mêmes, il propose de multiples activités autour du sujet de l’écocitoyenneté et de l’agriculture urbaine, avec le but d’intégrer les personnes du quartier dans une dynamique positive et responsabilisante sur le cadre de vie.

Auteurs(s)

Meriem
Fradj

Fiche rédigée par Chiara Fioretto

Programme

Démarrage : 2011

Lieu de réalisation : Valence

Origine et spécificités du financement : Fondation Yves Rocher, collectivités locales et vente de produits de l’association

Organisme(s)

Le Mat Drôme

Valence – 26000

4, allée Séverine

3Salariés

15Bénévoles

90Adhérents

Site internet

ORIGINE ET CONTEXTE

Créée en 1986 dans le quartier de Fontbarlettes (Valence), l’association Le Mat Drôme favorise l’engagement direct des habitants pour l’amélioration de leur espace urbain. Les premières actions, des comités d’habitants créés, sont des gestes d’embellissement, de végétalisation et d’aménagement de pieds d’immeubles, la création d’aires de jeux, etc.
Les jardins de «l’Oasis Rigaud» apparaissent en 2003 sur 3600 m2, à la place d’un espace commun abandonné et dégradé. Le projet se met en place sous l’impulsion des fondateurs du Mat Drôme avec un groupe d’habitants du quartier. Ensuite, grâce au soutien de la mairie dans le cadre de la Rénovation urbaine, le jardin s’est agrandi à partir de 2011 pour atteindre aujourd’hui plus d’un hectare d’espace paysagé et vivrier.

Objectifs

Favoriser l’appropriation des habitants de leur espace de vie, enrichir le territoire par et avec les ressources humaines locales. Considérer que les habitants doivent prendre l’initiative pour améliorer leur cadre de vie urbain. Redonner du pouvoir aux citoyens pour reconstruire l’espace selon une logique d’habitabilité et de souveraineté :
– Enjeu alimentaire : permettre aux habitants d’être autonome pour produire leur propre alimentation ;
– Combiner la production alimentaire avec l’aménagement et l’embellissement de l’espace urbain ;
– Créer un espace de partage social pour les habitants du quartier.

ACTIONS MISES EN OEUVRE

– Création de 80 parcelles de 80 à 200 m² réparties sur 5 jardins en archipel avec un noyau central de 8.000 m² (L’Oasis Rigaud) ; Combinaison de plusieurs modalités d’occupation et de partage : parcelles familiales, parcelles collectives partagées par un ou deux groupes familiaux, ou micro-parcelle occupée par quelques personnes extérieures au quartier, parcelles dédiée aux produits de l’association, parcelles jardinées par des groupes d’enfants, parcelle accueillant des résidents d’une maison de retraire du quartier (aménagée pour jardinage en fauteuil) ;
– Mise en place d’un projet pédagogique pour les enfants : « De la terre à l’assiette ». Chaque année une centaine d’enfants participent avec leur classe à des ateliers de jardinage et d’EEDD, avec notamment la production de légumes dans une quinzaine de mini-parcelles dans le coin des enfants en proximité de la classe buissonnière – cabane en bois construite pour recevoir les classes au jardin. A la fin des classes, un grand festin est organisé lors duquel les enfants viennent faire la cueillette, laver et préparer les légumes, cuisiner, dresser les tables et enfin déguster !
– Un projet de micro-paysannerie qui consiste en la culture de légumes et d’aromatiques, la transformation et la fabrication de conserves, de sirops et la vente sur le marché de Valence ;
– Création d’une filière de compostage 100% locale avec les jardiniers et les riverains (déchets verts et de la table) ;
– Conseil aux citoyens qui veulent créer des jardins en ville. Accompagnement dans la création de jardins ;
– Cours de jardinage agro-écologique (en interne pour accompagner les adhérents) et pour tout public à la demande.

Résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs

Une centaine de personnes cultivent et consomment les légumes des jardins partagés. Pour ces familles, cela représente une amélioration dans la qualité de leur alimentation avec des légumes de qualité biologique. De même, cela constitue un bénéfice économique puisque ces familles n’ont pas besoin d’acheter des légumes au supermarché : en saison, elles consomment exclusivement ce qu’elles produisent (autonomie alimentaire).
– Production de richesse dans le cadre d’une économie localisée (vente et transformation de produits issus du jardin)
– Le jardin a un impact positif dans les relations sociales : espace d’activités et d’échanges avec des adultes qui ré occupent l’espace public, pacification des tensions sociales, création d’espaces d’échanges intergénérationnels, améliorations concrètes sur la tranquillité des riverains et des équipements publics (écoles, bibliothèque, maison de retraite…). Le jardin freine notamment la circulation d’engins motorisés provoquant bruit, insécurité et stress permanent.

Originalité

Trois aspects sont distinctifs :
– Pluriactivités du jardin et approche intergénérationnelle ;
– Gouvernance partagée entre les habitants, les représentants de l’association, le bailleur social et les services de l’urbanisme de la ville de Valence.
– Des partenariats riches et variés ont été créés durablement avec l’Education nationale, l’OCCE – pédagogie Freinet, le restaurant étoilé PIC, le Lycée agricole du Valentin, l’AMAP, le réseau Familles à alimentation positive, la FRAPNA 26 – protection de la nature, la bibliothèque, la maison de retraite, des artistes et acteurs culturels …

Partenariat(s)

– Agriculteurs locaux pour l’approvisionnement en semences paysannes ;
– Les services « Espaces verts » et Urbanisme de la ville de Valence pour des échanges de pratiques, d’apports en nature, de participation aux concertations sur les aménagements et le cadre de vie ;

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés pendant la mise en œuvre :

– Réticence des autorités locales au début du programme
– Coûts importants pour développer l’infrastructure nécessaire au départ (substitution du bitume par de la terre) ;

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

– Le partage d’un projet pour le territoire avec les habitants et leur adhésion à la dynamique nourricière, a entraîné une grande attente de leur part avec de nombreuses inscriptions sur les listes d’attente pour l’attribution de parcelle ;
– Les échanges de plus en plus officiels avec la municipalité ont permis la mise en place progressive de nouveaux espaces sur d’anciens terrains. Au fur et à mesure, l’occupation des espaces a été conventionnée (gestion, animation, entretien) avec les différentes institutions concernées et propriétaires du foncier (Mairie, Office Public de l’Habitat) ;
– Recherche de fonds et diversification des financeurs, renforcement des partenariats de proximité et d’autres horizons (culture, art, pédagogie, grande cuisine, environnement, circuit-court, économie sociale et solidaire…) ou à une autre échelle (régionale, nationale).

Améliorations futures possibles :

– Perspectives : création de véritables écosystèmes intégrés, relier les espaces discontinus par des trames vertes ;
– Diversification de la production (quantité et variété de légumes et aromatiques transformés – vente de produits frais du jour au marché) ; Aménager d’autres espaces « verts » mais stériles de la ville (ex. transformer des carrés de pelouse en massifs de plantes aromatiques ; Transformer les espaces verts en espaces de production potagère accessibles aux personnes qui n’ont pas encore de jardin ; Implanter un rucher pédagogique et de production ; Développer l’accueil au jardin avec un parcours et des panneaux d’interprétation sur notre biodiversité urbaine.

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou un essaimage :

– Travailler avec les habitants afin de créer un corps social solide et localisé avec un intérêt commun, celui d’améliorer le cadre de vie urbain et de donner les clés de l’autosuffisance alimentaire. Le programme a réussi parce que nous avons consultés directement tous les riverains et la majorité a été d’accord avec le projet de végétalisation nourricière des espaces dégradés. Mais surtout, l’ensemble a été heureusement surpris de pouvoir réfléchir et être écouté sur leur habitat et cadre de vie. Hors du seul sujet du jardin les consultations ont permis de faire remonter le sentiment des habitants sur leur quartier et d’informer les services de l’Urbanisme sur des demandes non prises en compte, comme régler de petits tracas pesant sur la vie quotidienne.
– Créer une masse critique de citoyens organisés collectivement et produisant des richesses ici dans un quartier sensible.

Idées de sujet(s) de recherche fondamentale ou appliquée, utile(s) pour le présent programme :

Agriculture et micro-paysannerie urbaines.

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Comité de lecture
Date de lecture de la fiche
29/07/2014
Localisation
France
drome
Appréciation(s) du comité
Source d’inspiration !
Domaine
EnvironnementParticipation, gouvernanceAgricultureAlimentationEducation et formation
Type de structure
Association, collectif, ONG
Envergure du programme
Locale
Bénéficiaires
Universel
Type d’action
Agriculture urbaine
Type d’objectif
Création et renforcement du lien socialDécarbonation, performance énergétiqueCommunication auprès des enfantsSensibilisation des consommateursSynergie entre les acteurs du territoire
Localisation
Licence

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Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**