Observatoire

Adear Drôme: changer de regard sur l’installation des femmes en agriculture

Dans une démarche d’équité entre les genres, l’Adear de la Drôme s’attache à promouvoir la place de la femme en agriculture à travers des actions de développement agricole. Ce projet accompagne les paysannes depuis leur réflexion sur l’installation jusque dans leurs systèmes de production.

Auteurs(s)

Margot
Jobbé duval

Programme

Démarrage : 2016

Lieu de réalisation : Drôme

Budget : 45000

Organisme(s)

Adear Drôme

Crest – 26400

24 Avenue Adrien Fayolle

1Salariés

15Bénévoles

40Adhérents

Site internet

ORIGINE ET CONTEXTE

L’Adear (association pour le développement de l’emploi agricole et rural) de la Drôme est une récente association de développement rural, dont l’objectif est de promouvoir et d’accompagner l’agriculture paysanne. Elle s’est constituée autour d’un noyau de quelques femmes paysannes soucieuses de rompre, dans leur pratique et dans leur engagement associatif, avec les clichés de l’installation masculine. Dans l’accompagnement des porteurs de projet, nous rencontrons un grand pourcentage de femmes, souvent blessées et découragées par le regard que portent sur leur projet les instances « traditionnelles » de l’accompagnement à l’installation. Or cette discrimination ne s’estompe pas au cours de la carrière. Le bureau, intégralement féminin, a choisi de développer des axes de travail qui mettent en avant le rôle de la femme en agriculture et sa capacité à mener à bien un projet agricole.

Objectifs

Objectif général: promouvoir et développer une agriculture paysanne, respectueuse de la terre, pourvoyeuse d’aliments sains, génératrice de lien social et d’équité, notamment dans les rapports homme-femme. Notre objectif est que chacun, homme ou femme, puisse réaliser son projet agricole, être pleinement reconnu dans celui-ci sans aucune discrimination. Chacune doit donc pouvoir bénéficier d’un accompagnement personnalisé dans son cheminement vers l’installation. Pour prendre en compte les réalités de la femme, il s’agit de rompre avec un modèle monolithique, centré sur la mécanisation, la performance technique et économique, et d’ouvrir de nouvelles fenêtres sur les manières de penser la production et d’organiser le travail. Les femmes doivent pouvoir travailler sur des thématiques qui leur sont propres.

ACTIONS MISES EN OEUVRE

– Groupes de travail thématiques, émanant des demandes de terrain, abordant des domaines d’activité agricoles délaissés et dans lesquels se retrouvent majoritairement des femmes. Un premier groupe s’est constitué autour de « l’auto-production de semences potagères et la sélection de variétés adaptées à des terroirs spécifiques ». Un deuxième groupe émerge sur « les pratiques de sélection alternative en vigne ».
– Organisation de temps dédiés de rencontres et d’échanges sur la problématique féminine en agriculture : Café-installation « s’installer au féminin », préparation d’un café-installation sur « l’organisation et le partage du travail ».
– Mise en œuvre dans le fonctionnement associatif et dans l’accompagnement des porteurs de projet des valeurs d’équité : participation aux formations organisées par l’association « L’ébullition », prise en compte des réalités féminines dans l’accueil des porteurs de projet. Le projet est abordé de manière globale, en tant que chemin de vie.

Résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs

– augmentation du nombre d’adhérentes, ce qui traduit une prise de confiance des femmes dans leur projet et leur capacité à les mener à bien
– augmentation du nombre de porteuses de projet accueillies, exclusivement dans des projets en agriculture biologique et respectueux de l’environnement
– reconnaissance officielle de projets agricoles « atypiques » : obtention de la Dotation Jeune Agriculteur ou d’un statut d’exploitante, ce qui entraîne en cascade un meilleur accueil pour les femmes dans les instances officielles
– diffusion, par le groupe de travail, de variétés potagères anciennes adaptées aux terroirs locaux et aux conditions de production biologique. Acquisition de savoir-faire techniques

Originalité

Les actions de l’Adear de la Drôme, fidèle aux valeurs de l’éducation populaire, sont portées par les acteurs eux-mêmes, en particulier des femmes. La problématique du genre est abordée depuis l’expérience concrète de femmes en agriculture. Les groupes de travail thématiques émergent des besoins exprimés par les femmes et sont alimentés par elles. Cela donne lieu à une grande prise d’autonomie et d’initiative de la part des acteurs. Une attention particulière est apportée aux néo-paysans, où les femmes sont largement représentées. En s’appuyant notamment sur les travaux réalisés dans le cadre du programme Intersama (programme pluridisciplinaire recherche-développement mené par l’Inra), l’Adear de la Drôme développe une méthodologie propre d’accompagnement des porteurs de projet, validée par la pratique et les retours d’expérience avec les autres Adear départementales.

Partenariat(s)

Fortement impliquée au sein du réseau INPACT Drôme (Initiatives pour une agriculture citoyenne et territoriale), l’Adear a développé des relations privilégiées avec les Civam de la Drôme sur la question des femmes (« café installation au féminin » et préparation d’un « café transmission). Des liens se resserrent également avec l’association L’ébullition, qui aborde plus spécifiquement la question des discriminations, en particulier hommes-femmes.
Le travail sur les semences potagères paysannes est mené en lien avec d’autres Adear de Rhône-Alpes et Grain’Avenir, une structure locale d’accompagnement à l’autonomie semencière, membre du Réseau Semences Paysannes.
Par ailleurs, nous cherchons toujours faire le lien entre nos pratiques et les institutions agricoles (Chambre d’agriculture notamment).

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés pendant la mise en œuvre :

Encore aujourd’hui, le regard porté par les institutions sur les femmes qui s’installent en agriculture est empreint de réflexes discriminants: « seule vous n’y arriverez pas », « dans un projet agricole il faut un homme », « il faut nous prouver que vous y arriverez ». Quoi qu’il en soit, le modèle « traditionnel » agricole persiste : dans un couple installé, la conjointe reste longtemps (en moyenne 6 ans, source MSA) comme collaboratrice, avec un statut social moins protecteur que l’homme.
Cette attitude est tellement ancrée que notre changement de regard est parfois perçu avec une certaine réticence, par les hommes comme par les femmes.

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

Tout au long de notre accompagnement et dans nos actions de développement, nous adoptons une posture bienveillante et non discriminante. La mise en place d’un réseau de tutrices paysannes permet de faire le lien entre des porteuses de projet et des femmes déjà installées (seules, en couple ou en collectif), qui ont réfléchi à leur place de femme en agriculture. Les questions propres à la condition féminine peuvent être abordées sans complexe, ce qui permet de lever certaines représentations bien ancrées.
Dans nos rapports avec les institutions agricoles (Chambre d’agriculture notamment), nous nous attachons à porter cette thématique et à sensibiliser aux questions de genre, à la place spécifique de la femme, à la posture d’accompagnement bienveillant.

Améliorations futures possibles :

– Formation en projet (octobre 2016), destinée au personnel salarié et aux bénévoles des associations de notre réseau (INPACT Rhône-Alpes Auvergne), animée par L’Ebullition, dont l’objet est d’ « Identifier les freins à l’égalité et trouver collectivement des moyen d’action ».
– Au sein du réseau des Adear de Rhône-Alpes Auvergne, enjeu fort à échanger et partager nos méthodes et nos outils d’accompagnement afin que tous et toutes, accompagnateurs et bénévoles, se les approprient et diffusent ce changement de regard.
– Explorer des pistes thématiques et techniques (auto-production de semences, sélection alternative en vigne), directement liées à la pratique agricole

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou un essaimage :

– Tout d’abord un ancrage dans le concret de la pratique agricole (rencontres sur des fermes, accompagnement par un réseau de tutrices, thématiques techniques liées à l’activité de production)
– ensuite la culture du réseau, qui permet de se nourrir d’autres expériences et de nourrir le collectif en retour, qui aide à changer de regard sur notre pratique et nos actions.
Ces deux éléments sont alliés à l’exigence permanente d’une posture bienveillante, dans le fonctionnement associatif et dans nos actions.

Idées de sujet(s) de recherche fondamentale ou appliquée, utile(s) pour le présent programme :

– Profils de femmes néo-paysannes et de paysannes traditionnelles: ruptures et continuité, richesse de la féminité en agriculture
– Les activités menées par les femmes en agriculture: quels sont les schémas traditionnels, qu’est-ce qui, dans les mutations actuelles de l’agriculture, bouscule ces schémas? Existe-t-il des installations « typiquement féminines »?

Références

D’Allens G., Leclair L. « Les néo-paysans » Seuil 2016
http://ec.europa.eu/eip/agriculture/sites/agri-eip/files/eip-agri_factsheet_new_entrants_2016_fr.pdf
Gasselin P., Tallon H., Dalmais M., Fiorelli C. (Eds.) « Trois outils pour l’accompagnement à la création et au développement d’activités : Trajectoire, Cartapp et Edappa. Application à l’installation en agriculture ». Montpellier : INRA, CIRAD, ADEAR LR, Montpellier Supagro, AIRDIE, Région Languedoc-Roussillon 2013

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Comité de lecture
Date de lecture de la fiche
20/12/2016
Localisation
France
drome
Appréciation(s) du comité
A généraliser !
Domaine
Education et formationEnvironnementAgriculture
Type de structure
Association, collectif, ONG
Envergure du programme
Locale
Bénéficiaires
FemmesAgriculteurs
Type d’action
Services d’accompagnement Formation, gestion, aide technique, juridique…
Type d’objectif
Création et renforcement du lien socialPromotion de la place des femmesTransmission de pratiques responsables aux professionnels
Localisation
Licence

Copyright: Licence Creative Commons Attribution 3.0
Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**