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TIC ET TRAVAIL DE PROXIMITÉ POUR RÉDUIRE LA MORTALITÉ INFANTILE AU MALI

Résumé : L’ONG française Pesinet a mis en place au Mali un service de santé innovant afin d’améliorer la prévention, la détection et les traitements précoces des maladies bénignes par le biais de visites régulières à domicile, de l’utilisation des téléphones portables et des applications web, d’une assurance santé, de l’établissement de prix minimum et d’un partenariat avec les décideurs politiques locaux.

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Programme

  • Démarrage : 2009
  • Lieu de réalisation : Bamako Coura, Dravela et Ouolofobougou (Mali)
  • Budget : N/C

Organisme(s)

  • Djantoli
  • 204 rue de Crimée
  • 75019 Paris
  • Salariés : N/C
  • Bénévoles : N/C
Site Internet

Localisation

Comité de lecture

  • Date de lecture de la fiche :  10/11/2014
Solution(s) : Santé
Pays :  Mali
Envergure du programme :  Locale
Opérateur(s) :  Association, ONG
  • Bénéficiaires :  Femmes, Enfants de moins de 5 ans, Bottom Of the Pyramid (BOP)
  • Domaine(s) :  Santé, Moyens de communication, Finance, Éducation, Formation

Fiche collectée dans le cadre du programme RESOLIS « Pauvreté France » (2014)

Copyright: Licence Creative Commons Attribution 3.0 ( http://creativecommons.org/licenses/by/3.0/ )
Pour citer un texte publié par RESOLIS : De Clerk Lucie , « TIC ET TRAVAIL DE PROXIMITÉ POUR RÉDUIRE LA MORTALITÉ INFANTILE AU MALI », **Journal RESOLIS** (2014)

Origines et contexte du programme

Le taux de mortalité infantile au Mali est parmi les plus élevés du monde (178 ‰ en 2010). Les principales causes (cf. annexe) de cette mortalité sont les maladies infectieuses bénignes : le paludisme, la pneumonie et la diarrhée concernent 59 % des décès des enfants de moins de 5 ans. Ces pathologies pourraient être aisément évitées par une amélioration des pratiques hygiéniques et sanitaires. La malnutrition est directement ou indirectement responsable de 50 % des décès des jeunes enfants. Moins de 50 % des Maliens ont recours à des soins médicaux lorsqu’ils sont malades à cause d’un manque de moyens, d’habitudes culturelles ou d’une méfiance à l’égard des services médicaux.

Objectifs du programme

Pesinet est une ONG française dont l’objectif principal est de réduire durablement la mortalité infantile malienne. Pour ce faire, elle encourage l’accès aux systèmes de santé existants en imaginant et en déployant des services de proximité pour les femmes et leurs enfants. Elle cherche aussi à encourager les recours précoces aux structures de santé existantes, à renforcer la sensibilisation à la prévention et aux pratiques sanitaires clefs ainsi qu’à réduire les besoins de traitements d’urgence. Le premier site, Bamako Coura, fonctionne depuis la fin 2009 et son service a été étendu à Dravela et Ouolofobougou en janvier 2012.

Actions mises en oeuvre

• Plusieurs fois par mois, les agents de Pesinet se rendent chez les enfants et collectent des données sanitaires basiques qu’ils envoient par téléphone à l’un des docteurs des CSCOM (Centres de santé communautaire, cf. annexe). Le docteur analyse les données par le biais d’une interface web et convoque les enfants à risque. L’agent prévient les familles qui bénéficient de l’assurance santé du CSCOM
• Création d’un outil technologique pour enregistrer et transférer les informations (des agents au docteur). 1) L’application mobile JAVA (facile à télécharger, à installer et à utiliser) peut envoyer et recevoir des données en utilisant le réseau GPRS (General Packet Radio Service). 2) Une application web pour filtrer les cas anormaux
• L’équipement du centre (ordinateur, connexion internet, petit équipement médical) et la formation initiale des équipes médicales
• Les conditions de remboursements innovantes permettent de rémunérer les centres par le biais d’un quota mensuel par enfant inscrit
• Un plan de mobilisation composé de réunions de groupe pour les adhérents a été créé en 2011. Il permet de les sensibiliser à la santé et à la prévention, de les former à l’utilisation et à la valorisation des services ainsi que de leur demander des retours.
• D’août 2010 à février 2011, un expert externe et international en évaluation de projets d’e-santé et de santé communautaire a dirigé une analyse des effets à Bamako Coura. Celle-ci cherchait à mesurer l’impact des 2 années d’expérimentation du projet Pesinet avant que l’ONG étende ses activités (cf. annexe)

résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs, des actions mises en oeuvre

• 522 enfants ont été inscrits chaque mois entre août et décembre 2010 (12,7 % de nouvelles inscriptions par mois)
• Au total, 720 examens médicaux ont été effectués et 423 personnes ont été convoquées par des docteurs ou des agents suite à des présomptions de maladie
• 8 membres de Pesinet ont bénéficié de formations portant sur la Communication pour le Changement des Comportements (CCC) et les Pratiques Familiales Essentielles (PFE)
• 5 salariés du centre de santé partenaire ont bénéficié de formations CCC, PFE et sur les méthodes de formation
• 80 % des familles reconnaissent avoir contracté le service pour son faible coût, 85 % se disent satisfaites de la vitesse de détection des maladies, 94 % des services et 98 % des visites à domicile

Originalité du programme

Le programme innove par son utilisation des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC), par son modèle économique autonome d’assurance santé ainsi que par ses travaux de proximité dans les zones rurales.

Partenariat(s) développé(s) dans le cadre du programme

Les CSCOM, les administrations sanitaires locales et nationales, la Fédération Nationale des Centres de Santé Communautaire, le ministère malien de la Santé, Marie-Pierre Gagnon (Professeure à la faculté des Sciences Infirmières, Université de Laval, Québec)

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés durant la mise en oeuvre du programme :

• Maintenir une relation durable avec les CSCOM
• Construire un modèle pouvant être transféré aux partenaires locaux
• Certaines familles étaient mécontentes de la qualité de l’accueil du centre de santé
• Seul un tiers des familles consultent réellement le docteur (pour leur enfant ou pour eux-mêmes), et 30 % ont des impayés
• Certaines mères aimeraient que les agents mobiles de Pesinet leur donnent des conseils nutritionnels
• Il faudrait allonger la liste des médicaments couverts par la police d’assurance

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

• Une collaboration avec la Fédération Nationale des Centres de Santé Communautaire a été mise en place pour améliorer l’acceptation auprès des CSCOM membres
• Une aide a été fournie aux CSCOM pour consolider leurs revenus et la qualité de leurs soins. Des formations et des suivis basés sur des indicateurs clefs permettent de renforcer les capacités des CSCOM. Avant chaque nouveau partenariat, l’association évalue la situation du centre de santé et identifie les points à améliorer
• Le modèle économique a été consolidé en augmentant les sources locales de financement, en transférant la gestion financière et technique du service. De plus, les capacités techniques ont été accrues afin d’entretenir l’infrastructure technologique avant qu’elle puisse être entièrement gérée par l’administration nationale de la Santé
• Des formations (pour les équipes des CSCOM et les comités de gestion) prônent la culture de l’empathie et de l’attention du patient
• Les efforts de sensibilisation doivent être poursuivis et renforcés. De plus, les docteurs doivent désormais expliquer les raisons de leurs convocations pour que les agents puissent expliquer les risques de complications auxquels s’expose l’enfant si les parents refusent de le soigner
• Les adhérents sont sensibilisés aux avantages des systèmes d’assurance mutualiste et à l’importance de payer dans les délais
• Un programme de formation vise à construire progressivement la capacité des mères en ce qui concerne la santé et la nutrition des enfants
• Une liste a été allongée en coopération avec les équipes médicales des centres de santé. Des outils de suivi ont été mis en place afin de prévenir les pénuries de médicaments de la pharmacie des centres de santé

Améliorations futures possibles :

L’autonomie financière du service pourrait être consolidée grâce à : un interfinancement généré par le développement d’un service de santé destiné à des segments plus important de la population ; des partenariats avec des mutuelles et des compagnies d’assurances ; l’implication financière des administrations publiques.

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou transposition du programme :

• L’effet de levier de Pesinet sur les ressources humaines présentes au sein des centres de santé partenaires (équipes médicales, pharmacien)
• L’implication des centres dans la promotion du service et la limitation des consultations non requises (afin d’anticiper et de mieux gérer les flux monétaires). Le service bénéficie à tous les acteurs du système sanitaire
• Les programmes sont en accord avec la stratégie politique du pays en matière de santé
• Une meilleure compréhension des habitudes culturelles maliennes, des processus de décisions et des barrières conceptuelles de la prévention et de l’assurance a poussé Pesinet à renforcer ses efforts de communication et de sensibilisation
• Les coûts réduits des soins de Pesinet encouragent les familles à consulter plus régulièrement
• Le PNUD a référencé le programme en tant que solution prometteuse basée sur le marché pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement
• Le programme devrait adopter un système de paiement permettant d’établir un modèle financier durable, de rester en accord avec son principe de recouvrement et de responsabiliser les familles par le biais d’une décision volontaire d’inscription de leurs enfants
• Ce système doit être adapté aux particularités du pays (culture, système de santé, réseaux de téléphonie mobile, etc.)
• Il convient d’établir des partenariats avec les compagnies d’assurances mutualistes et les institutions de microfinance existantes

Références bibliographiques

De Clerk, L., Roos-Weil, A., Carpentier, P., De Clerk, A. « Combining local resources and mobile telephony to increase resort to care and reduce child mortality in Mali » FACTS Reports (2013) in press

Pour en savoir plus

Les Centres de Santé Communautaire (CSCOM) :
Les CSCOM sont des structures sanitaires opérant dans des petites circonscriptions de 5 000 à 10 000 habitants et d’un rayon d’environ 15 km. Ce sont des entités privées fournissant une mission de service public avec le soutien financier et technique des administrations publiques. Ils sont gérés par des Associations de Santé Communautaire (ASACO) élues par les populations locales. Si leur but n’est pas lucratif, ils doivent cependant équilibrer leur balance financière et recouvrir leurs dépenses. Ils doivent fournir des services sanitaires minimums de soins, de prévention et de promotion à un prix fixé par la communauté. Grâce à une politique volontariste du gouvernement, presque toutes les circonscriptions disposent d’un CSCOM. 87 % de la population réside à moins de 15 km d’un CSCOM, et 51 % à moins de 5 km (Institut National de Statistiques du Mali, 2006).


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