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L’INSTALLATION DE MÉDECINS PRIVÉS COMMUNAUTAIRES : ENTRE INSERTION PROFESSIONNELLE ET ACCES A LA SANTE

Résumé : Le déficit en médecins généralistes en zones rurales et périurbaines reste préoccupant en Afrique. L’ONG Santé Sud a mis au point le concept de médecine générale communautaire, ainsi qu’un dispositif professionnel qui a permis l’installation de 245 médecins au Bénin, en Guinée, à Madagascar et au Mali. 6 évaluations externes ont permis d’analyser la pertinence et la faisabilité de cette offre de soins de proximité et de déterminer les conditions qui permettraient son intégration/extension dans les systèmes de santé.

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Programme

  • Démarrage : 1989 (Mali), 1996 (Madagascar), 2009 Bénin), 2013 (Guinée), 2014 (Togo en cours)
  • Lieu de réalisation : Mali, Madagascar, Bénin, Guinée, Togo
  • Budget : 3700000 €
  • Origine et spécificités du financement : Budget total de Santé Sud 2013: public (UE, AFD, org. Internationales) - privé (fondations, mécénat, collectivités territoriales) - dons particuliers
  • Télécharger l’annexe n°1

Organisme(s)

  • ONG Santé Sud
  • 200 Bd National, Le Gyptis, Bt. N
  • 13003 Marseille
  • Salariés : 50
  • Bénévoles : 0
  • Adhérents : 300
Site Internet

Localisation

Comité de lecture

  • Date de lecture de la fiche :  16/04/2014
Solution(s) : Santé
Pays :  Mali
Envergure du programme :  Internationale
Opérateur(s) :  Association, ONG
  • Bénéficiaires :  Population rurale, Elèves, étudiants
  • Domaine(s) :  Santé, Éducation, Formation

Copyright: Licence Creative Commons Attribution 3.0 ( http://creativecommons.org/licenses/by/3.0/ )
Pour citer un texte publié par RESOLIS : Desplats Dominique , « L’INSTALLATION DE MÉDECINS PRIVÉS COMMUNAUTAIRES : ENTRE INSERTION PROFESSIONNELLE ET ACCES A LA SANTE », **Journal RESOLIS** (2014)

Origines et contexte du programme

En Afrique, les zones rurales concentrent 60 à 80 % de la population et sont des déserts médicaux : plus de 76% des médecins restent dans les villes (selon l'OMS). La qualité des soins y est médiocre, le taux de fréquentation des structures de santé est inférieure à 30%. En 1988 une rencontre entre l’ONG française Santé Sud, le directeur de l’Ecole de médecine du Mali et des professeurs a encouragé le développement de la « médecine de famille » en zone rurale.

Objectifs du programme

Le programme d’installation de médecins privés communautaires, lancé par l’ONG Santé Sud, a débuté en 1989 au Mali, en 1996 à Madagascar, en 2009 au Bénin et en 2013 en Guinée. Le concept est né d’une double problématique : répondre à une demande de soins individuels (soigner la personne et sa famille) tout en gardant une vision globale des problèmes de santé d’une collectivité. Cette stratégie combinée Médecine de Famille/Soins de Santé Primaires est appelée « Médecine Générale Communautaire » (MGC).

Actions mises en oeuvre

Installation des MGC en 4 étapes :
- Mise en relation de l’offre et de la demande : sensibilisation des jeunes médecins ; formation en MGC des candidats avec 4 modules théoriques d’une semaine chacun + stage chez un aîné référent MGC (création d’un diplôme universitaire en 2013 au Bénin avec la Faculté de médecine de Parakou) ; identification des demandes locales ; avis du médecin-chef du district sanitaire
- Etude de faisabilité par le candidat : délimitation de l’aire de responsabilité et de la population de référence ; étude de l’environnement socio-sanitaire; simulation des activités attendues et des résultats financiers sur 3 ans ; identification d’un cabinet/centre médical et des conditions d’acquisition (si besoin)
- Contractualisation et installation : contrat privé avec les responsables de la structure de santé communautaire ou convention d’association au service public pour une installation privée stricte ; mobilisation d’aides ciblées (kit médical, installation solaire, dotation initiale en médicaments essentiels, moto, etc.)
- Suivi et mise en réseau professionnel : suivi formatif (4 suivis sur 2 ans) ; adhésion à l’association médicale représentative; échanges de pratiques en groupes de pairs; participation à des réseaux de recherche-action
Par la suite, une formation complémentaire a été assurée pour les jeunes diplômés sur le terrain pour : planifier les activités préventives et curatives, organiser le travail en équipe, gérer l’approvisionnement en médicaments essentiels, utiliser le système d’information sanitaire, communiquer avec les autorités sanitaires, les élus des collectivités locales, les communautés, etc.
- 6 évaluations externes : ORSTOM et OMS au Mali, INSPC, COEF Ressources et AFD à Madagascar, évaluation longitudinale du processus d’installation par l’IRSP de Ouidah (Bénin).

résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs, des actions mises en oeuvre

- Médecins en activité grâce au programme : 150 au Mali, 60 à Madagascar (dont 1/3 de femmes), 30 au Bénin et 5 en Guinée. Nombre de bénéficiaires estimé à environ 3 millions de personnes (aire de responsabilité de chaque médecin : 12 000 habitants en moyenne)
- Les populations bénéficiaires et les médecins sont globalement satisfaits. Les évaluateurs ont trouvé le programme pertinent.
- Rémunération des MGC par la participation financière communautaire : satisfaction des MGC pour leur niveau de revenus
- Tarification accessible pour la grande majorité de la population ; pratique du crédit appréciée par la population
- Augmentation de la fréquentation des centres de santé et utilisation du paquet curatif et préventif
- Rôle social du MGC : il est souvent le seul lettré universitaire et a donc un rôle auprès des autorités, élus et acteurs du développement.
- Identité collective des MGC : défense de leur statut, prise en charge d’activités professionnelles (participation à la formation initiale, formation continue en réseau, solidarité entre jeunes et anciens, etc.).

Originalité du programme

La mise en œuvre opérationnelle et complète d’un programme d’action ayant favorisé à la fois l’insertion professionnelle, la valorisation d’un cœur de métier, la santé en milieu rural et un partenariat public/privé.

Partenariat(s) développé(s) dans le cadre du programme

Institut de Médecine Tropicale d’Anvers et Département de Santé Publique au Mali, INSPC (Institut National de Santé Publique et Communautaire) d’Antananarivo à Madagascar, IRSP (Institut Régional de Santé Publique) de Ouidah (Bénin), INSP (Institut National de Santé Publique) à Conakry (Guinée) et Universitaires nationaux.

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés durant la mise en oeuvre du programme :

- Il y a un mouvement d’adhésion encore limité au niveau institutionnel, ministériel et universitaire
- Les conditions d’exercice de la médecine privée communautaire ne sont pas assez reconnues sur le plan institutionnel. Sa pérennité n’est pas garantie au-delà de l’encadrement des installations assurées actuellement par l’ONG
- De ce fait, pour les jeunes médecins et leurs familles, la médecine générale correspond à un déclassement, l’idéal type étant représenté par le spécialiste hospitalier ou le médecin qui fait carrière en santé publique dans l’administration.

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

- Renforcement des capacités des associations professionnelles qui se sont créées dans le cadre du programme (AMC au Mali, AMC-MAD à Madagascar, AMGCB au Bénin)
- Développement de formations spécifiques diplômantes (Universités, Instituts)

Améliorations futures possibles :

- Mesurer l’impact au niveau des taux de fréquentation et des indicateurs de santé
- Stratégie politique plus affirmée dans le prolongement des réformes administratives de décentralisation, en lien avec la création des communes et dans un cadre privé-public avec des fonds attribués
- Les Etats doivent pourvoir aux soins des zones non viables (habitat très dispersé et/ou zones de grande pauvreté), soit dans le cadre de la fonction publique, soit en subventionnant des prestataires
- Réfléchir à un processus pouvant lier sans concurrence les politiques de gratuité des soins à la médecine privée communautaire (ex : prise en charge sur résultats des activités de santé publique).

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou transposition du programme :

PRESENTATION DES FACTEURS DE REUSSITE POUR LA MISE EN ŒUVRE DU PROGRAMME
- L’autonomie de gestion doublée d’une supervision du paquet d’activités par l’équipe du district sanitaire
- La confiance entre médecins privés communautaires et services publics de santé, et les bénéfices de leur collaboration ont poussé certains médecins responsables de district à solliciter l’installation de jeunes médecins privés communautaires pour améliorer la couverture sanitaire du niveau primaire
- La Faculté de Parakou a intégré la médecine générale communautaire pour en faire un diplôme universitaire qui pourrait évoluer vers une filière spécifique.


CONSEILS POUR UNE GENERALISATION OU TRANSPOSITION DU PROGRAMME
- La contractualisation doit permettre au nouveau MGC d’être associé au système de santé avec une place légitime et un rôle bien défini
- Le fait de favoriser l’installation de médecins en périphérie ne suffit pas en soi, les mesures d’accompagnement doivent être particulièrement réfléchies et efficientes

Idée de sujet(s) de recherche fondamentale ou appliquée, utile(s) pour le présent programme :

- Transition épidémiologique et pratique médicale de proximité
- Prise en charge et suivi des maladies chroniques
- Prise en charge des urgences en situation isolée (prévention de la mortalité maternelle et infantile ++)
- Systèmes de préfinancement des soins et partenariat public/privé

Références bibliographiques

- Desplats, D. « Faisabilité de l’installation de médecins privés communautaires en Afrique et à Madagascar » FACTS Reports (2013) sous presse

- Documents bibliographiques disponibles sur le site : www.santesud.org

- « Le Guide du médecin généraliste communautaire en Afrique et à Madagascar » par D. Desplats et C. Razakarison (disponible sur le site de Santé Sud)

Pour en savoir plus

La Médecine Générale Communautaire (MGC) : « le médecin généraliste communautaire exerce son métier de façon autonome dans un esprit de service public. Il vit en permanence sur son lieu d’installation, pratique une médecine de famille et prend en charge les problèmes de santé de son aire de responsabilité ».


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