Logo Organisation des paysans

Les citernes familiales des Mornes haïtiens

Résumé : Le projet Madian-Salagnac œuvre pour un développement intégré dans le milieu rural haïtien, et est à l’origine d’innovations pédagogique, technique et managériale. L’introduction de citernes à Salagnac a permis aux paysans d’accroître leurs revenus liés à leurs activités agricoles, de se consacrer à des activités extra-agricoles, d’accéder à une eau de qualité, d’améliorer leur santé et de libérer du temps pour les femmes et les enfants.

Partager cette fiche

Programme

  • Démarrage : 1981
  • Lieu de réalisation : Haïti
  • Budget : N/C
  • Origine et spécificités du financement : UE, Ministère français des Affaires Etrangères, Coopération Européenne

Organisme(s)

  • Organisation des paysans
  • Plateau de Rochelois
  • Salagnac
  • Salariés : 0
  • Bénévoles : 0

Comité de lecture

  • Date de lecture de la fiche :  15/04/2014
Appréciation(s) du comité : Impacts élevés ! Innovant !
Pays :  Haïti
Envergure du programme :  Locale
Opérateur(s) :  Association, ONG
  • Bénéficiaires :  Population rurale
  • Domaine(s) :  Agriculture

Copyright: Licence Creative Commons Attribution 3.0 ( http://creativecommons.org/licenses/by/3.0/ )
Pour citer un texte publié par RESOLIS : Relex Alexandre , « Les citernes familiales des Mornes haïtiens », **Journal RESOLIS** (2014)

Origines et contexte du programme

Les constats tirés au cours des formations du centre Madian-Salagnac, en particulier celles concernant les contraintes liées à l’eau dans les exploitations agricoles du plateau, ont encouragé la construction de citernes à des fins domestiques et agricoles. Avant la construction de ces citernes, on pouvait constater une plus faible productivité, des problèmes de santé, une mauvaise gestion de l’environnement, et d’importantes contraintes socio-personnelles.

Objectifs du programme

Entre 1981 et 1985, 200 citernes familiales de 12m3 ont été construites à Salagnac dans le but de permettre aux paysans d’entreprendre des actions productives, et d’améliorer leurs conditions de vie, d’un point de vue économique, social et médical.

Actions mises en oeuvre

- 200 citernes individuelles, au coût moyen de 1 530 US $ (dont le tiers était supporté par le projet), ont été construites et installées à côté de maisons à toiture métallique. Ces citernes récupéraient l’eau de pluie tombant sur le toit grâce à des robinets, évitant ainsi toute souillure
- L’eau récupérée était traitée directement dans les citernes plusieurs fois par an, et les citernes elles-mêmes étaient lavées et désinfectées une fois par an. L’eau alimentait notamment les pépinières
- Les agriculteurs reçurent une formation en maçonnerie classique

résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs, des actions mises en oeuvre

- Augmentation de la production agricole (notamment de la production maraîchère) et des revenus (rémunération pour des travaux de maçonnerie)
- Diminution des intrants (sauf engrais ; gain de 193 US $ par citerne et par an), élargissement des usages de l’eau, disponibilité accrue des équins
- Modifications sur le mode de vie, les habitudes, les horaires et calendriers, les cultures et les élevages
- Impacts liés au gain de temps : scolarité des enfants (pas de corvée d’eau), diminution de la fatigue, eau de qualité et réduction de la pression sur les espaces boisés grâce au captage de plus de 4 000 m3 d’eau par an
- Aujourd’hui, on compte un millier de citernes individuelles sur le Plateau des Rochelois

Originalité du programme

L’introduction de citernes dans le département des Nippes était innovante. Cela a provoqué une révolution dans les modes de production et de vie qui prévalaient sur le plateau de Salagnac.

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés durant la mise en oeuvre du programme :

- Forte dépendance de l’extérieure pour l’acquisition des matériaux de construction
- Augmentation de la consommation en engrais (521 913 US $ sur 30 ans)
- Objections des cadres et techniciens pour la construction de citernes : modification des rapports sociaux, accentuation des relations de dépendance entre les propriétaires de citernes et leur voisinage, impact sur la vie des femmes, choix arbitraire des bénéficiaires
- Des doutes, quant à la potabilité de l’eau de pluie stockée dans les citernes ont été soulevés.

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

- Les citernes ont été implantées pour des familles élargies et pluri-générationnelles. Les constructions ont été concentrées dans un quartier avant de passer à un autre.
- Un médecin, coopérant dans un projet à Jacmel, a dissipé ces craintes concernant la potabilité de l’eau.

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou transposition du programme :

FACTEURS DE REUSSITE :
- Les citernes ont une durée de vie de trente ans
- La multiplicité et la complémentarité des bénéfices produits (économiques, sociaux, environnementaux)
- Acceptation des citernes par les acteurs locaux.

CONSEILS POUR UNE GENERALISATION :
- Ce programme peut être reproduit dans tout contexte avec un accès difficile à l’eau potable, et doté de moyens ou d’appuis financiers ou de crédits à des taux acceptables
- Choisir des matériaux résistants dans le temps pour la construction des citernes.

Références bibliographiques

Rélex, A. Tescar, R-P « L’introduction des citernes familiales, un levier majeur de la transformation des mornes haïtiens » FACTS Reprts (Numéro Spécial 9, 2014)

Pour en savoir plus

EVALUATION FINANCIERE DES CITERNES :
L’impact financier d’une citerne, comme le revenu d’un agriculteur, varie avec l’accès à la terre (superficie et mode de tenure) et la taille du cheptel de l’exploitation agricole, mais aussi avec la nature des activités extra-agricoles (en particulier la maçonnerie). Les gains pour les 200 citernes du projet ont été estimés à 130 millions de gourdes (soit près de 3 millions de dollars américains) pour une durée de vie de trente ans (durée d’amortissement retenue pour ce type de construction). Chaque citerne permet donc un gain de 15 000 US $ pour un investissement dix fois plus faible (1530 US $). Le projet accuse un Taux de Rentabilité Interne Financier (TRIF) de 1,40 et un temps de récupération de cinq ans.


Partager cette fiche
Télécharger la fiche