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Le Centre International Esperança, une bouffée d’air pour les jeunes d’une favela à Fortaleza (Brésil)

Résumé : Le Centre International Esperança, affilié à l’association le Chant des Hommes et à l’Agence de Coopération au service d’un Développement Solidaire et Equitable (ACODESE 1), accueillent des jeunes de 7 à 18 vivant dans les rues d’une favela à Fortaleza (Brésil), afin de les scolariser et de leur donner une chance de s’insérer professionnellement.

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Programme

  • Démarrage : 2002
  • Lieu de réalisation : Fortaleza, Brésil
  • Budget : 250000 €
  • Origine et spécificités du financement : Unicef, Etat du Ceara, Ville de Fortaleza, Groupe Pena, Le Chant des Hommes, les Ecoles de l'Espoir...

Organisme(s)

Localisation

Comité de lecture

  • Date de lecture de la fiche :  31/03/2015
Appréciation(s) du comité : Source d’inspiration !
Solution(s) : Culture, sport et loisirs Education Emploi
Pays :  Brésil
Envergure du programme :  Locale
Opérateur(s) :  Association, ONG
  • Bénéficiaires :  Elèves, étudiants, Bottom Of the Pyramid (BOP), Adolescents
  • Domaine(s) :  Loisirs, Sports, Éducation, Formation, Biens essentiels, Aide alimentaire

Fiche collectée dans le cadre du programme RESOLIS « Agissons ensemble contre le décrochage scolaire » (2015)

Copyright: Licence Creative Commons Attribution 3.0 ( http://creativecommons.org/licenses/by/3.0/ )
Pour citer un texte publié par RESOLIS : Cabanes Guillaume , « Le Centre International Esperança, une bouffée d’air pour les jeunes d’une favela à Fortaleza (Brésil) », **Journal RESOLIS** (2015)

Origines et contexte du programme

A la fin des années 1990, Guillaume Cabanes, coopérant dans l’ONG Cearah PERIFERIA et pour OXFAM rencontre un surfeur professionnel, João Carlos dit « Fera » qui a grandi dans une des favelas de Fortaleza (capitale de l’Etat du Ceara, Brésil), la favela du Titanzinho. Joao Carlos souhaite aider les enfants et les jeunes de ce quartier particulièrement défavorisé. En 2002, le Centre International Esperança ouvre ses portes et propose dans un premier temps une éducation par le sport aux jeunes de 7 à 18 ans de la favela. Ces jeunes, qui, pour la plupart, ont perdu leurs parents ou sont partis de chez eux, sont désocialisés, vivent souvent dans la rue, beaucoup drogués, sous la coupe d’un gang ou de trafiquants… Un enfant de 6 ans dans cette situation a une espérance de vie de 8 ans.

Objectifs du programme

- Objectif général : développer des activités pour améliorer la vie des enfants et des jeunes les plus défavorisés de la favela de Fortaleza, avec deux défis majeurs :
1/ récupérer physiquement et psychiquement ces jeunes. Les convaincre de signer un contrat de confiance avec le centre pour suivre un cursus scolaire.
2/ garder ces jeunes à l’école jusqu’à la formation professionnelle de base

Actions mises en oeuvre

Ce n’est pas un centre d’hébergement. Les jeunes viennent tous les jours, une demi-journée. Ils mangent (souvent leurs uniques repas), reçoivent des vêtements et participent aux activités. 4 niveaux
- Prévention et sensibilisation des enfants, familles et habitants de la favela pour que les enfants aillent à l’école, puissent être accueillis le soir par des habitants. Activités sportives (foot, surf, skate, volley) le sport populaire étant une accroche fondamentale (nouveau : projet spécifique envers les jeunes filles); réunions avec les familles ; rencontres avec une assistance sociale ; médiation sur les questions de violence, de conflits dans la favela et/ou de problèmes familiaux. Le sport est utilisé comme vecteur de mobilisation et moyen d’attraction pour que les jeunes viennent au centre.
-> Scolarisation des jeunes : ils signent un contrat de confiance avec le centre qui devient leur tuteur légal. Ils s’engagent à aller à l’école tous les jours, et à participer aux activités du centre (cours d’alphabétisation, de soutien scolaire, activités sportives…)
-> Formation professionnelle : pour les 13-18, sessions de 2h trois fois par semaine, en électricité, plomberie, boulangerie, recyclage, artisanat, et accueil dans les entreprises marraines
-> Développement économique et création d’emploi, grâce aux ateliers de la coopérative : fabrication de ballons, fabrication et réparation de planches de surf, boulangerie…

résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs, des actions mises en oeuvre

- 6000 jeunes accueillis depuis le début du projet. Par année, en moyenne, 600 jeunes viennent au centre, qui sont donc scolarisés.
- Sur les 600, 20% décrochent, et ne viennent plus au centre. 5% ont de grosses difficultés mais ne décrochent pas. 16% des jeunes arrivent jusqu’au bac. 65% vont jusqu’à la formation professionnelle (qui commence vers 13 ans).
- Taux d’insertion professionnelle des jeunes : légèrement en dessous de 35 %, ce qui est un défi pour le centre.
- Pédagogie labellisée par l’UNICEF

Originalité du programme

- Le centre est innovant par sa méthodologie : il combine en effet prévention, mobilisation communautaire et programme de développement humain à travers une éducation par le sport.
- Peu d’actions sont proposées à ce public particulièrement difficile à approcher
- le Centre a créé sa propre coopérative d’artisanat et de formation professionnelle : des formateurs enseignent des techniques de fabrication de planches de surf, la fabrication du pain pour la boulangerie et un atelier d’artisanat (bijoux, déco…)

Partenariat(s) développé(s) dans le cadre du programme

Fédération des associations d’habitants de favelas de Fortaleza; Les Eglises, même si le centre est laïc. Deux Eglises aident sur les dons (alimentaires et de vêtements) et mettent à disposition une cuisine. Mouvement national des chiffonniers à Fortaleza. Institut Palmas : partenaire pour formation technique pour la coopérative. Ville de Fortaleza, Etat du Ceara, notamment avec le Secrétariat à l’action sociale, le secrétariat aux sports. Unicef. Des entreprises marraines : dont le groupe PENA (dotation de matériel sportif, et accueille des jeunes en apprentissage)

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés durant la mise en oeuvre du programme :

- Contexte très violent : les habitants sont sous la coupe de trafiquants et de gangs. Question importante : comment travailler dans cette zone sans négocier avec ces trafiquants ?
- Difficile de convaincre les jeunes de venir au centre et de s’engager ; cela prend entre un et deux ans.
- Les comportements des jeunes ne sont pas prévisibles : ils peuvent disparaître, ne plus venir, se droguer à nouveau… Très difficile de tenir un calendrier avec des objectifs de résultats dans ces conditions
- Il n’y a pas de travail dans la favela, et beaucoup d’entreprises ne veulent pas accueillir ces jeunes.
- Important turnover des bénévoles : ils gèrent des situations difficiles, et sont rarement remerciés.
- Faire en sorte que l’équipe réussisse à tenir, matériellement et psychologiquement

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

- Les jeunes qui veulent participer signent un contrat de confiance : ils doivent respecter les règles strictes de fonctionnement du centre (ex : ne pas se droguer, ne pas être en retard, signer une fiche de présence tous les jours), et perdent des bénéfices au bout de 2 absences à l’école. L’équipe est ferme sur les règles de fonctionnement car elles permettent de cadrer et de prévenir les débordements de violence
- Favoriser l’adaptabilité des équipes à ce public difficile: formation continue, techniques et gestion de conflit.
- Evolution du programme pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes : partenariat avec des entreprises marraines depuis 5 ans qui accueillent les jeunes en apprentissage et les embauchent parfois.

Améliorations futures possibles :

- Améliorer les locaux (bibliothèque, toilettes, salle informatique)
- Création d’un centre à l’intérieur de la ville de Fortaleza. Pour l’instant, le centre est dans une favela très dure où les gens (bénévoles, entreprises…) ne veulent pas venir. Le projet est donc d’ouvrir un atelier dans la ville de Fortaleza dans lequel il y aurait des formations pour les jeunes, on y parlerait du centre… Cet atelier pourrait être aussi une boutique pour présenter ce qui est fait dans les ateliers et la coopérative.

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou transposition du programme :

- Avoir une équipe très solide et pluridisciplinaire
- Un projet pédagogique qui prend en compte la disparité des problématiques du public. Il faut être pragmatique et accepter que parfois il ne se passe pas grand-chose, que les choses n’avancent pas comme prévu. Il faut s’adapter, prendre le temps.
- Diversité des activités : éducation par le sport et par l’artisanat, scolarisation et alphabétisation
- S’appuyer sur des personnes ressources (tuteurs, parrains et marraines, entreprises) qui sont en situation professionnelle et transmettent des valeurs fortes.

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