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La revitalisation du quartier Martissant: l'espace public et ses habitants au cœur de la reconstruction

Résumé : Dans un quartier construit anarchiquement à Port-au-Prince, l’ONG française le GRET et la fondation haïtienne FOKAL ont travaillé depuis 2007 à l’amélioration du quartier. Leurs activités se basent sur l’espace public et le bien commun, en particulier l’eau et l’environnement, sur la gestion communautaire des ressources naturelles et sur la collaboration avec et entre les services étatiques et les habitants.

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Programme

  • Démarrage : 2007
  • Lieu de réalisation : Quartier de Martissant, Haïti
  • Budget : N/C
  • Origine et spécificités du financement : Union Européenne (UE), Agence Française de Développement (AFD), fonds propres (FOKAL et Gret), Ambassade de France (SCAC), Fondation de France, CFSI

Organisme(s)

Site Internet

Comité de lecture

  • Date de lecture de la fiche :  15/04/2014
Solution(s) : Développement territorial Environnement
Pays :  Haïti
Envergure du programme :  Locale
Opérateur(s) :  Association, ONG
  • Bénéficiaires :  Universel
  • Domaine(s) :  Urbanisme

Copyright: Licence Creative Commons Attribution 3.0 ( http://creativecommons.org/licenses/by/3.0/ )
Pour citer un texte publié par RESOLIS : Couet Lucie , « La revitalisation du quartier Martissant: l'espace public et ses habitants au cœur de la reconstruction », **Journal RESOLIS** (2014)

Origines et contexte du programme

En Haïti, de nombreux enjeux urbains, comme la sécurité physique des habitants, leur mobilité, l’accès aux services publics ou la salubrité sont à relever. En 2007, 5 propriétés privées d’un quartier résidentiel de Port-au-Prince ont été déclarées d’utilité publique par le gouvernement haïtien. Ces 17 hectares du quartier de Martissant font l’objet d’un projet de développement urbain, piloté par la fondation haïtienne FOKAL. Un partenariat avec le GRET a permis de mettre l’accent sur le volet eau potable et assainissement.

Objectifs du programme

Le programme de revitalisation urbaine à Martissant cherche à favoriser le droit à la ville, à améliorer les conditions de vie dans le quartier et à valoriser l’espace public via 2 volets :
1) la création d’un parc public, en vue de protéger les 17 hectares boisés et de les mettre à disposition de la population et au sein duquel sera introduit l’accès à l’énergie et le développement des voiries
2) la mise en place de services de base en eau potable et assainissement afin d’accéder à une eau potable de qualité et de fournir un service social d’accès à l’eau.

Actions mises en oeuvre

- Récupération d’espaces sous-utilisés (terrains privatisés), travaux d’aménagement (circulation et sécurisation)
- Processus de consultation des habitants: « espaces de parole » (sur la sécurité, la citoyenneté et la salubrité)
- Mise en place d’un programme de gestion des déchets (demande des habitants)
- Soutien aux associations (construction, aménagement, électrification, sensibilisation à la citoyenneté)
- Formation d’organisations locales (connaissances du milieu sociologique, médiation communautaire, dynamique de groupe, etc.) et obtention d’un diplôme reconnu par la faculté d’Etat
- Création du comité de gestion d’eau (délégataire des services étatiques sectoriels au niveau du quartier, relais entre l’Etat et les habitants, chargé de la gestion et de l’entretien des infrastructures) et mise en place temporaire d’un comité d’appui (accompagnement des travaux d’aménagement, prise en charge du recrutement de la main d’œuvre locale, et sécurité sur les chantiers)
- Attribution de 150 bourses scolaires et activités socio-culturelles pour les enfants et les jeunes
- Suivi de l’intervention sur la source Leclerc (Centre technique d’exploitation de la région métropolitaine de Port-au-Prince)
- Recours aux Services d’Entretien des Equipements Urbains et Ruraux (entretien de la salubrité et des infrastructures) et Service Métropolitain de Collecte des Résidus Solides (collecte des déchets ménagers)
- Demande de mesures sociales (tarification, responsabilité au niveau local) aux services étatiques

résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs, des actions mises en oeuvre

- Transformations physiques du quartier: mieux intégré, valorisé et respectueux de son environnement
- Nouvelle façon de vivre le quartier, de l’occuper et de s’y déplacer
- Amélioration de la gestion de l’eau et des déchets, et création de 1500 emplois de court terme
- Communication interne et externe, confiance, fierté, appropriation et participation des citoyens
- Organisations locales et habitants devenus progressivement plus autonomes
-Reprise du dialogue entre les habitants et l’Etat haïtien et application de la tarification sociale de l’eau par l’entreprise publique CTE (1 HTG/5 gallons à la borne fontaine, 1 HTG/douche)

Originalité du programme

Lancer un projet structurant pour la création d’un espace public naturel axé sur la protection de l’environnement, dans un quartier fortement stigmatisé et souffrant encore de la violence, largement oublié des services publics, est une démarche inhabituelle. Ce programme a transformé à la fois un territoire physique et les pratiques de ses habitants pour améliorer leurs conditions de vie et a mobilisé autant les habitants du quartier que les autorités étatiques.

Partenariat(s) développé(s) dans le cadre du programme

D’autres ONG (AVSI, Concern Worldwide, Oxfam GB et Intermon) ont rejoint le programme, notamment concernant la formation professionnelle, l’éducation, la nutrition infantile et la gestion de conflits.

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés durant la mise en oeuvre du programme :

- Faibles ressources humaines et financières de l’Etat haïtien, manque de décentralisation, et imbrication de la gouvernance des services de gestion entre la commune et l’Etat central
- Projets urbains majoritairement financés par des bailleurs de fonds internationaux, donc démarche long-termiste quasi-impossible, bien qu’indispensable
- Insécurité chronique dans certains quartiers informels entraînant un fractionnement de la société et créant des obstacles concrets à l’action collective

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

- Médiation sociale
- Intégration systématique de la dimension « appui institutionnel » aux projets mis sur pied, renforcement de la société civile, promotion des valeurs citoyennes
- Implication systématique des services étatiques sectoriels dans les interventions dans le quartier, dispositifs de mobilisation adaptés aux carences de l’Etat central
- Animation, renforcement et accompagnement de la société civile locale
- Réalisation de travaux d’aménagement physiques dans le quartier en mobilisant les habitants dans la réflexion et la mise en œuvre

Améliorations futures possibles :

- Créer des voies de circulation accessibles aux engins motorisés (demande des habitants)
- A terme, passer la main aux habitants du quartier pour assurer l’interface avec les pouvoirs publics

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou transposition du programme :

FACTEURS DE REUSSITE:
- L’évolution du projet, passant de l’objectif d’accès à un service public sectoriel, vers une amélioration globale du cadre de vie à travers l’aménagement de l’espace public
- La compréhension des priorités et difficultés des habitants, l’établissement d’un dialogue entre les habitants des différentes zones du quartier, le renforcement du pouvoir communautaire,ont permis le soutien de la part des habitants
- La compréhension globale des enjeux de développement, avec compréhension du déroulement du programme et de la mise en œuvre d’un projet d’aménagement de manière générale (priorités, arbitrages, une chose après l’autre, etc.)
CONSEILS POUR UNE GENERALISATION: mobiliser et faire participer activement les habitants
- Fédérer durablement autour d’une cause collective
- S’appuyer sur des individus « moteurs »
- Favoriser l’écoute et la réflexion
- Etablir une confiance entre les services de l’Etat et les habitants, grâce à la régularité et la qualité des travaux effectués

Idée de sujet(s) de recherche fondamentale ou appliquée, utile(s) pour le présent programme :

Aménagement urbain en Haïti – Financement de la reconstruction suite au séisme en Haïti – Droit à la ville – Gouvernance et Etat faible – Société civile – Espace public

Références bibliographiques

Couet, L., Grandidier, E. « L’espace public au cœur de la reconstruction : l’exemple de Martissant à Port-au-Prince, Haïti » FACTS Reports (Numéro Spécial 9, 2014)

Pour en savoir plus

DESCRIPTION DU CONTEXTE URBAIN EN HAÏTI:
L’espace public en Haïti est occupé par le commerce informel et des propriétés privées débordant sur la rue voire même dans les ravines. La majorité des quartiers souffre d’une mauvaise connexion aux réseaux d’électricité, d’éclairage public, d’eau potable et de ramassage d’ordures. Les habitants accèdent souvent aux infrastructures existantes de manière illégale, ce qui favorise gaspillage et pollution. La croissance démographique de la métropole (plus de trois millions d’habitants ces vingt dernières années) est difficilement absorbée. Cette situation déjà chaotique a été aggravée par le séisme du 12 janvier 2010, à la suite duquel l’espace public est devenu partiellement invisible pendant près de 2 ans. Des camps temporaires de sinistrés se sont installés sur les principales places publiques et sur un grand nombre de trottoirs. La gestion urbaine en Haïti est d’autant plus complexe qu’un sentiment partagé de défiance existe entre les habitants et les services étatiques.

PRESENTATION DU QUARTIER DE MARTISSANT:
- Cet immense quartier se situe à la sortie Sud de Port-au-Prince et longe la route nationale qui mène vers les départements du Sud. Il concentre au moins un quart des habitants de la capitale (262 530 habitants en 2009, d’après l’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique (IHSI). Cette zone positionnée sur la faille sismique a fortement souffert du tremblement de terre de 2010. Il s’agit d’un quartier fortement stigmatisé, largement oublié des services publics et victime de la violence de plusieurs bandes armées.
- Le schéma d’aménagement du quartier, finalisé en mars 2012, a généré un plan d’action décliné en 126 activités, de l’implication des habitants dans des micro-projets d’amélioration du quartier à la création de nouvelles rues. L’Unité de Construction des Logements et des Bâtiments Publics, service de la Primature, est maître d’ouvrage de ces aménagements.
- Des courts métrages, réalisés par 21 jeunes en formation, témoignent de leur vision du quartier, de son histoire et de leurs préoccupations : http://filmhaiti.com/fr/featured/millions-invested-into-anarchy-i-look-at-martissant-des-millions-anarchiquement-investis-mon-regard-sur-martissant-milyon-ki-depanse-yon-mannye-anachik-map-gade-matisan/

FOKAL:
Créée en 1995, cette Fondation haïtienne a pour mission de favoriser le développement de la démocratie à travers la responsabilité individuelle et collective. FOKAL fait partie du réseau Open Society Foundations, travaille sur l’éducation, l’environnement, la culture et les arts, mais aussi les médias ou encore le patrimoine.
Compte Twitter : https://twitter.com/FOKAL_Ayiti

Le Gret:
ONG française de développement présente en Haïti depuis 1994. Elle construit son approche communautaire sur la gestion de l’eau dans des quartiers populaires de la capitale par des comités élus, délégataires du service d’eau sur leurs territoires par l’ancienne Centrale Autonome Métropolitaine d’Eau Potable (CAMEP), désormais Centre Technique d’Exploitation de la Région Métropolitaine de Port-au-Prince (CTE RMPP).


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