Logo La Maison des Familles (Apprentis d’Auteuil et Secours Catholique)

La Maison des Familles de Grenoble : du lien social pour travailler les questions d’éducation

Résumé : La Maison des Familles est une structure qui accueille des familles en situation de pauvreté ou de vulnérabilité à Grenoble, afin de les accompagner dans l’éducation de leurs enfants. Pour casser le cercle vicieux de l’hérédité de la pauvreté, des ateliers collectifs, dans une dynamique participative, permettent de travailler sur l’estime de soi et de redonner aux parents un sentiment de légitimité sur les questions d’éducation.

Partager cette fiche

Programme

  • Démarrage : 2009
  • Lieu de réalisation : Grenoble
  • Budget : 186000 €
  • Origine et spécificités du financement : CAF, Ville de Grenoble, Conseil Général, Préfecture, métro, Apprentis d’Auteuil, Secours Catholique

Organisme(s)

  • La Maison des Familles (Apprentis d’Auteuil et Secours Catholique)
  • 53 place St Bruno
  • 38000 Grenoble
  • Salariés : 2
  • Bénévoles : 12

Localisation

Comité de lecture

  • Date de lecture de la fiche :  16/10/2015
Solution(s) : Education Exclusion et isolement
Pays :  France, Auvergne-Rhône-Alpes
Envergure du programme :  Locale
Opérateur(s) :  Association, ONG
  • Bénéficiaires :  Enfants de moins de 5 ans, Adolescents
  • Domaine(s) :  Éducation, Formation

Fiche collectée dans le cadre du programme RESOLIS « Pauvreté France » (Grenoble)

Copyright: Licence Creative Commons Attribution 3.0 ( http://creativecommons.org/licenses/by/3.0/ )
Pour citer un texte publié par RESOLIS : Michel Elisabeth , « La Maison des Familles de Grenoble : du lien social pour travailler les questions d’éducation », **Journal RESOLIS** (2015)

Origines et contexte du programme

La Maison des Familles de Grenoble est née d’un constat croisé sur le besoin spécifique d’accompagner des familles en situation de vulnérabilité ou précarité dans l’éducation de leurs enfants, suite à une rencontre entre le Secours Catholique et Apprentis d’Auteuil. Lors d’une semaine de vacances organisée par le Secours Catholique pour les mères seules, il est apparu qu’un certain nombre de mamans se vivaient de façon très disqualifiante et n’osaient pas échanger sur des questions d’éducation de peur qu’on les juge et que l’on place leurs enfants. Les deux structures ont donc ressenti le besoin de créer un dispositif pour aider ces parents à retrouver une certaine estime d’eux-mêmes, accéder à la parole et s’entraider sur l’éducation.

Objectifs du programme

- Soutenir les parents dans leur responsabilité éducative : identifier et aider à l’appropriation des codes sociaux et éducatifs en France ; reconnaitre et apaiser l’épuisement parental
- Créer un espace dans lequel les familles vont se sentir en sécurité
- Permettre aux parents de vivre leur expérience de parent à part entière : se rendre compte du savoir qu’ils ont et de la possibilité de le partager avec d’autres
- Recréer du lien social et permettre de se réapproprier les dispositifs de droits communs existants, de développer leur propre pouvoir d’agir sur leur vie familiale et leur environnement

Actions mises en oeuvre

2008-2009 : Etude préalable, menée avec la CAF, d’identification des logiques de comportement, afin d’adapter les actions à mettre en œuvre (voir « En Savoir Plus »)

2011 : Ouverture de la Maison des Familles dans le quartier de Saint-Bruno : volonté de créer un lieu « comme à la maison », avec cuisine, salon, etc… afin de favoriser l’appropriation de l’espace par les parents et les enfants .

Accueil des familles du mardi au vendredi : accompagnements collectifs et individuels
- le mercredi après-midi : temps de jeu parent-enfant et temps d’échange entre parents sur l’éducation.
- Programme hebdomadaire variable, élaboré avec les parents selon les demandes et besoins. Différents types de projets sont proposés, animés soit par un parent soit par un bénévole. Exemple : « Comment manger des légumes ? » le mardi matin pour apprendre à cuisiner et faire manger des légumes aux enfants, « Rencontre avec… » pour échanger avec des professionnels (avocats, médecins, assistantes sociales, etc…), ou encore « projet musical » avec création d’un CD et d’un concert, atelier conte.
- Accompagnement individuel en fonction des besoins : attention particulière sur l’école (encouragement à communiquer avec enseignants), orientation et reprise de contact avec des travailleurs sociaux ou associations
- Sorties culturelles durant les vacances pour se réapproprier la ville et réduire l’écart parent-enfant (ces derniers ont plus accès aux sorties grâce à l’école)

résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs, des actions mises en oeuvre

En 2015, contacts avec 98 familles, dont 66 ont été accompagnées.
Depuis 2009, la Maison des Familles a été en contact avec 300 à 400 familles.
Fréquentation variable : quotidienne pour certains, hebdomadaire ou encore même annuelle pour les anniversaires des enfants.

Le repérage des familles accompagnées est un indicateur du succès de l’action : au début, les familles étaient principalement orientées par les travailleurs sociaux ou associations partenaires. Aujourd’hui, près de la moitié des familles arrivent grâce au bouche-à-oreille par d’anciens bénéficiaires.

D’un point de vue qualitatif, le retour des familles est positif : elles disent avoir trouvé un lieu sécurisant, qui les ont apaisées sur leurs fonctions parentales et leur ont permis de récupérer confiance en elles, mais aussi de trouver des amis. La Maison des Familles permet donc de lutter efficacement contre deux effets pervers de la précarité : l’isolement social et la perte d’estime de soi.

Originalité du programme

- Logique de développement du « pouvoir d’agir » des parent et des enfants : introduction de logiques de réciprocité : les parents sont très partie prenante de ce qui se passe dans l’espace, très largement impliqué, au niveau organisationnel (conseil de maison une fois par mois, présence de 2 parents au CA) et concrètement, des parents ont intégré l’équipe de bénévoles pour assurer l’animation de cet espace de vie. La Maison des Familles accompagne les parents et les enfants en favorisant la parole de chacun pour créer ensemble les conditions nécessaire à l’atténuation du sentiment de disqualification sociale , très souvent lié aux situations de précarité. .
- Pas de stigmatisation : les familles accompagnées sont toutes reconnues comme des parents. Elles sont accueillies pour ce qu’elles sont, non pour ce dont elles manquent. Chacun est porteur de talents et de compétences , et collectivement la mise en commun de ces talents crée une dynamique créatrice . .
- Mode d’intervention non injonctif : choix de ne pas être dans le conseil ni l’injonction, mais de proposer aux familles de vivre ensemble des micro-expériences de façon non dangereuse, qu’elles vont pouvoir transférer dans leurs pratiques quotidiennes. Tout le monde, accompagnant comme accompagné, participe, en faisant le pari de la réussite, qui permettra de capitaliser les acquis et de favoriser la confiance en soi.

Partenariat(s) développé(s) dans le cadre du programme

- Partenaires financiers : CAF, Ville de Grenoble, Préfecture, Conseil Général
- Partenariats locaux : Maisons des Habitants, Bibliothèque, PMI , les multi accueils.
- Réseau national des Maisons des familles et réseau international avec la fédération québécoise : échange de pratiques

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés durant la mise en oeuvre du programme :

- Difficultés financières : la structure elle-même est en situation de précarité car il faut sans cesse rechercher de nouveaux financements et subventions
- Faire comprendre et transmettre ce qui se passe dans ce lieu : il est difficile d’évaluer les résultats uniquement avec des chiffres, car il s’agit d’une action qui agit sur le qualitatif, élément sur lequel il existe peu d’indicateurs
- Gestion des flux : la Maison des Familles se donne pour règle de ne jamais mettre une famille sur liste d’attente. Le succès grandissant, gérer les arrivées devient plus difficile

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

- Soutien des structures porteuses : Apprentis d’Auteuil et Secours Catholique
- Réflexion pour conceptualiser et transmettre ce qui est fait

Améliorations futures possibles :

- Réaliser une étude d’impact : recherche d’une structure externe capable de mener une évaluation qualitative
- Formation des travailleurs sociaux : favoriser les rencontres entre familles et travailleurs sociaux, afin d’imaginer des moyens à long terme de croiser les savoirs d’expériences des familles et le savoir savant des travailleurs sociaux pour élaborer des actions au plus près des besoins.
- Travailler le regard vers l’extérieur pour encourager la réintégration dans le système et la cité : mise en place d’un atelier conte pour apprendre à raconter des histoires aux enfants. Si possible, profiter du Festival des Arts du Récit en mai (2016) pour s’en servir comme objectif.

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou transposition du programme :

- Qualité de la relation : accueil de personnes à part entière, en tant que parents et pas en tant que « pauvres », qui permet de tisser une relation d’égalité et de confiance.
- Professionnalisme de l’équipe : composée à la fois de salariés et de bénévoles qui s’appliquent une exigence professionnelle d’intervention quel que soit leurs statuts.
- Effet positif visibles assez rapidement sur les enfants dans le goût qu’ils ont pour venir dans cet espace qui encourage les parents à rester, revenir, et s’engager dans la durée.

Pour en savoir plus

Résultats de l’enquête préliminaire de logique des comportements :
Trois type de familles : extrême précarité (accès à aucun droit), précarité (minima sociaux) et pauvreté (avec emploi mais revenus insuffisants). Dans les trois cas, constante d’isolement social.
- Précarité = insécurité : sécuriser les personnes. Ex : ne pas poser de questions sur le parcours lors de l’accueil.
- Déficit de réciprocité : réintroduire une logique de don/contredon afin que les parents accueillis sentent qu’eux aussi ont des choses à offrir
- Rapport au temps : dans les situations de précarité, il est difficile de se projeter à long terme. Adaptation des actions à des logiques de court-terme : appel hebdomadaire des familles pour annoncer le planning de la semaine.
- Méfiance vis-à-vis du changement : ne pas être dans une logique de conseil, d’injonction de changement, mais dans le vécu d’expériences
- Transmission parent-enfant du sentiment de honte : identification de ce qui est valorisation pour écrire une histoire familiale construite sur la fierté plutôt que sur les manques


Partager cette fiche
Télécharger la fiche