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La lutte contre la précarité énergétique. De l’observation au concept EGAL

Résumé : Le projet EGAL, mené en 2009 par la Cité du Design de Saint-Etienne, est un projet de recherche en design, qui articule théorie et conception, mais aussi design et sociologie. En se focalisant sur les usages des habitants, plutôt que sur l’aspect technique de la relation à l’énergie, cette recherche permet de faire émerger un nouveau concept : l’Energie Garantie Au Locataire

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Programme

  • Démarrage : 2009
  • Lieu de réalisation : Saint Etienne
  • Budget : N/C
  • Origine et spécificités du financement : Financement Public/Privé (PUCA, ADEME/EDF, Pact Loire, CIRIDD)

Organisme(s)

Site Internet

Localisation

Comité de lecture

  • Date de lecture de la fiche :  20/05/2015
Appréciation(s) du comité : Innovant ! Programme récent - doit faire ses preuves
Solution(s) : Précarité énergétique
Pays :  France, Auvergne-Rhône-Alpes
Envergure du programme :  Nationale
Opérateur(s) :  Établissement Public, Association, ONG
  • Bénéficiaires :  Universel
  • Domaine(s) :  Logement, Énergie

Fiche collectée dans le cadre du programme RESOLIS « Précarité énergétique »

Copyright: Licence Creative Commons Attribution 3.0 ( http://creativecommons.org/licenses/by/3.0/ )
Pour citer un texte publié par RESOLIS : Caraës Marie-Claude , « La lutte contre la précarité énergétique. De l’observation au concept EGAL », **Journal RESOLIS** (2015)

Origines et contexte du programme

En répondant à l’appel à recherche PREBAT « Réduction de la précarité énergétique », lancé par le PUCA et l’ADEME, la Cité du design propose d'engager une réflexion sur les rapports qu'entretiennent les individus avec l'énergie, voie inexplorée jusqu'alors. Cette lecture permet de sortir de la vision technicienne de l'énergie pour aborder, sous l'angle social et culturel les usages énergétiques. Pourquoi étudier l'usage quand il semble évident qu'une réponse technique permettrait de résoudre la situation ? Il est nécessaire d'améliorer les connaissances sur l'usage de l'énergie sous peine de réaliser des contre-performances. Ainsi, les individus, même démunis sont des acteurs dont les décisions influent sur la consommation d'énergie. Sans action avec eux, plutôt que sur eux, il y a fort à parier que les politiques incitatives et les dispositifs techniques échouent au seuil du foyer.

Objectifs du programme

«Les foyers en situation de précarité énergétique sont les foyers pour lesquels les dépenses énergétiques représentent plus de 10% du revenu du ménage», selon la définition de l'association RAPPEL qui précise que la précarité énergétique est le produit de plusieurs facteurs aux conséquences sanitaires et sociales graves : la pauvreté financière qui peut être accompagnée et renforcée par un logement en mauvais état. Les politiques de réduction de la consommation d'énergie ont rarement été associées à une interrogation sur les rapports de l'individu aux dispositifs techniques mis en place. Pourtant, comment résoudre la précarité énergétique en délaissant les causes, les usages des individus et des foyers dans une telle situation? Vouloir réduire la précarité énergétique passe nécessairement par la compréhension des usages énergétiques : comprendre l'ensemble des attitudes et connaissances relatives à la consommation d'énergie et à la réduction possible de cette consommation.

Actions mises en oeuvre

Dans le logement social, les solutions à la précarité énergétique doivent s'envisager dans la relation qui lie le bailleur et le locataire. En effet, la gestion de l'énergie dépend tout autant de l'appartement proposé que de la façon dont il est occupé. C'est tout le sens du projet EGAL (Energie garantie au locataire) que de proposer des leviers d'action pour lutter contre la précarité énergétique à partir d'une relation inédite entre un bailleur et son locataire. Dans cette perspective, le bailleur s'engage autant sur la location du bien que sur le confort minimal que ce bien doit offrir (en postulant que le droit à être bien est inhérent au droit à disposer d'un logement). La notion d'«énergie domestique» peut s'apprécier alors suivant deux valeurs: une énergie dite «minimale», garantie par le bailleur qui met en œuvre les mesures nécessaires pour l'assurer quelle que soit la qualité du logement et une énergie dite de «confort», gérée par le locataire en fonction de ses ressources.

résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs, des actions mises en oeuvre

EGAL se déploie à partir de 5 thèmes qui englobent 37 projets :
1. Espace : un habitat reconfiguré en fonction des usages énergétiques des habitants ;
2. Économie : des solutions simples et peu coûteuses pour multiplier les petites économies au quotidien ;
3. Pilotage : des outils pour accorder sa consommation au plus près de ses usages ;
4. Adaptation : un réseau plastique qui suit la vie des habitants ;
5. Collaboration : un bailleur co-producteur d'énergie et des locataires informés et réactifs.
Les liens entre projets forment autant de scénarios cohérents qui proposent des relations aux énergies domestiques en adéquation avec les usages des personnes en situation de précarité énergétique et par extension à chacun d'entre nous. Les différents projets s'inscrivent dans un système général qui couvre l'ensemble des besoins et des usages énergétiques observés. Pour autant, ce système n'est pas clos sur lui-même et chaque projet peut être mis en place indépendamment des autres.

Originalité du programme

La recherche menée à la Cité du design, est construite sur une alliance de logiques plurielles − sociales, politiques, esthétiques ou économiques − dans laquelle, théorie et conception marchent de concert. Ainsi pas de recherche produite par la Cité du design, sans production théorique de savoir et sans non plus production de formes. Cette double articulation qui s’appuie sur une méthodologie innovante plaçant l’usager au cœur du processus d’observation et de conception, permet d’envisager la recherche en design comme productrice d’idées et concepts novateurs qui trouvent leur réalité dans des formes, des objets, des systèmes. L'innovation du projet EGAL réside donc dans le concept-même d’envisager une nouvelle partition de l’énergie qui oblige, de fait, à revisiter les artefacts domestiques énergétiques. EGAL ouvre sur des innovations qui repensent à la fois l'usage, la fonction des objets et convoquent des techniques inexploitées dans le champ domestique.

Partenariat(s) développé(s) dans le cadre du programme

La recherche La lutte contre la précarité énergétique. De l’observation au concept EGAL, une fois les partenariats financiers organisés, s’est déroulée en toute autonomie. Les équipes de sociologues, designers et ingénieurs qui ont participé à la recherche ont pu avoir recours à la prise de conseil auprès des institutions référentes, mais il n’y a pas eu de nouveau partenariat d’établi durant le temps de la recherche.

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés durant la mise en oeuvre du programme :

La recherche La lutte contre la précarité énergétique. De l’observation au concept EGAL, a permis d’imaginer à la fois des projets « concrets » visant à lutter contre la précarité énergétique, mais a surtout été à l’origine d’un concept politique dans lequel prennent place ces projets. En produisant à la fois une réponse théorique et formelle, cette recherche a soulevé autant de réactions d’indignation que d’enthousiasme. La recherche en design étant en France, encore très embryonnaire (elle se situe pour l’instant surtout sur le plan universitaire), ne trouve pas toutes les légitimités qui lui incomberaient auprès de certains acteurs du monde de la recherche. En effet, dans les réactions d’indignation, ou sinon de réticences, il était surtout reproché le fait que ce soit des designers qui apportent ce regard nouveau sur le sujet. Ainsi, certaines remarques qui ont été faites portaient moins sur les réponses mêmes apportées que sur le fait que le design ne serait pas légitime dans le milieu de la recherche. Il y a donc eu des discussions houleuses et parfois empreintes d’une certaine violence pour invalider le fait que « design », « recherche » et « précarité » ne pouvaient être associés. (Comprenons-là que le design, dans ce type de remarque, restait perçu comme une disciple focalisée sur le domaine de luxe qui ne pouvait investir les champs du social. Or c’est tout l’enjeu de la recherche développée par le pôle recherche de la Cité du design : produire un design social, et devenir un référent en la matière.) A l’inverse, d’autres ont vu dans les réponses apportées et la méthodologie initiée, une réelle innovation dans la manière de produire de la recherche.

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

Non renseignée

Améliorations futures possibles :

La recherche La lutte contre la précarité énergétique. De l’observation au concept EGAL propose d’installer un nouveau rapport dans le triptyque bailleur/énergie/locataire. A ce titre, l’association Résolis et EDF ont proposé à l’équipe du pôle recherche de la Cité du design d’aller à la rencontre des bailleurs sociaux pour mettre à l’épreuve d’une certaine forme d’opérationnalité le concept EGAL. Ces rencontres permettront très certainement de montrer les limites et obstacles de la mise en place d’un tel concept. Mais au-delà de l’indentification des freins, ces entretiens seront aussi un temps privilégié pour imaginer les solutions pour faire que le concept EGAL, Énergie garantie au locataire puisse réellement être opérationnel.

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou transposition du programme :

Il est difficile pour nous de dire où se situent les facteurs de réussite si l’on pose cette question du point de vue des résultats produits. Par contre, là où la recherche La lutte contre la précarité énergétique. De l’observation au concept EGAL a certainement été innovante, et donc porteuse de facteurs de réussite, c’est qu’au moment de l’appel PREBAT, c’est-à-dire en 2008, peu de chercheurs ont réellement investi le champ des usages énergétiques. En décidant de se positionner à la marge des voies proposées dans l’appel à recherche, le pôle recherche de la Cité du design propose un angle d’approche du sujet encore peu convenu. En effet, si l’on reprend les axes de recherche proposés dans l’appel à projets, deux voies étaient proposées :
- une voie « technicienne », où l’objectif était là d’apporter une réponse technique au problème de la précarité énergétique ;
- une voie « comportementaliste », où l’objectif annoncé était « d’apprendre aux personnes en situation de précarité énergétique » à manipuler, maîtriser pour mieux économiser l’énergie.
En décidant de commencer notre recherche non pas sur l’apport de solutions techniques ou éducatives, mais plutôt sur l’étude des usages pour analyser comment les habitants se saisissent de la question de l’énergie, nous avons pu observer que bien qu’en situation de précarité énergétique, chacune des personnes enquêtées développait des logiques, des astuces, des pratiques qui jusqu’alors étaient inconnues des chercheurs. De fait, en partant de cette étude du réel, les réponses qui ont ensuite été trouvées ne pouvaient que s’inscrire dans cette réalité et donc être au plus près des usagers.

Pour en savoir plus

- Rapport public de la recherche : http://www.egal.citedudesign.com/pdf/PUBLICATION_PUCA_2012-light_2013.pdf
- Vidéo de présentation du concept : http://www.youtube.com/watch?v=V0L2AVLoA3k


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