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Analyse d'une initiative de réchaud amélioré en Haïti

Résumé : Luttant pour la promotion de la santé, la protection de l’environnement et l’accès à l’énergie, l’expérience Recho Mirak (foyer à charbon amélioré) démarre au début des années 1980 en Haïti. 30 ans après, une analyse approfondie met en évidence les résultats atteints et les défis auxquels elle doit encore faire face.

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Programme

  • Démarrage : 1980
  • Lieu de réalisation : Haïti
  • Budget : N/C
  • Origine et spécificités du financement : Gouvernement des Pays-Bas, USAID, Banque Mondiale

Organisme(s)

  • Bureau des Mines et de l'Energie d'Haïti (BME), Care et Banque Mondiale
  • Delmas 31, Rue Jacques 1er
  • #11 Port-au-Prince
  • Salariés : N/C
  • Bénévoles : N/C
Site Internet

Comité de lecture

  • Date de lecture de la fiche :  15/04/2014
Appréciation(s) du comité : Description du programme incomplète
Solution(s) : Environnement
Pays :  Haïti
Envergure du programme :  Locale
Opérateur(s) :  Organisation internationale, Établissement Public, Association, ONG
  • Bénéficiaires :  Universel
  • Domaine(s) :  Environnement, Énergie, Éducation, Formation, Budget

Copyright: Licence Creative Commons Attribution 3.0 ( http://creativecommons.org/licenses/by/3.0/ )
Pour citer un texte publié par RESOLIS : Thivillon Thomas , « Analyse d'une initiative de réchaud amélioré en Haïti », **Journal RESOLIS** (2014)

Origines et contexte du programme

Haïti subit une forte déforestation (utilisation du charbon de bois), une densité élevée, une extrême pauvreté et une très faible dotation en ressources énergétiques (la population dépend à plus de 70% de la biomasse). Ces difficultés ont entrainé une importante crise environnementale et humaine. A Port-au-Prince, différents réchauds, énergivores, polluants, nocifs et à la durée de vie limitée, sont utilisés par la population.

Objectifs du programme

Au début des années 1980, le foyer Recho Mirak a été élaboré : il s’agit d’un foyer à charbon métallique, facilement façonnable par des artisans, facile d’utilisation, permettant une économie en combustible et dégageant moins de substances nuisibles. La promotion de foyers efficaces en énergie devaient permettre d’alléger la pression sur la biomasse, d’améliorer l’état de santé des utilisateurs et de diminuer leurs dépenses quotidiennes, tout en créant des emplois locaux (chaîne de distribution).

Actions mises en oeuvre

- Formation d’artisans locaux puis conception et production de Recho Mirak
- Programme CARE-BME (1996-2002) : Etude de faisabilité sur la diffusion de foyers améliorés ; actions de diffusion du Recho Mirak et promotion à grande échelle (TV/radio/démonstrations de proximité)
- Programme Banque Mondiale : Formation d’artisans et modernisation de la chaine de production ; campagne marketing et de sensibilisation (radio/TV/démonstrations publiques) ; standardisation et certification des foyers

résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs, des actions mises en oeuvre

- Plusieurs centaines d’artisans formés (CARE, BME, Banque Mondiale) et fédérés en Association Nationale des Producteurs de Réchauds (ANEPRE)
- Programme CARE-BME : Au moins 20 000 foyers vendus à des ménages haïtiens. Grâce à la campagne, 61,2% de notoriété du Recho Mirak à Port-au-Prince
- Programme Banque Mondiale : Environ 30 000 foyers commercialisés par l’intermédiaire des artisans formés
- Economies de combustible de 13 à 17%, soit 15kg de charbon économisé par mois (famille de 5 personnes)

Originalité du programme

La conception du Recho Mirak, bien qu’ayant encore des lacunes, a permis un progrès significatif en termes d’économie de combustible, soit de dépenses quotidiennes pour ses utilisateurs, et sans doute un diminution des risques pour leur santé.

Partenariat(s) développé(s) dans le cadre du programme

USAID, CARE, Bureau des Mines et de l’Energie (BME), Banque Mondiale, la CAFEM

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés durant la mise en oeuvre du programme :

- Défauts du foyer : Réalisation approximative des supports soutenant l’ustensile de cuisson (faible stabilité, risque de renverser la nourriture), faible durée de vie (6 mois), apparence extérieure négligée, un seul bruleur.
- Manque de standardisation, contrôles difficiles : atomisation de la production, tests croissants avec le nombre de producteurs, contrefaçon. 40/144 artisans formés respectaient les standards de production (2008)
- Sur 1665 ménages interrogés à Port-au-Prince en 2012, seulement 4,3% envisageaient l’achat d’un Recho Mirak
- La campagne publicitaire de CARE/BME a été axée sur l’économie de combustibles et la protection de l’environnement mais n’a pas induit un acte d’achat
- Absence de canaux de distribution appropriés (barrière pour la diffusion des foyers améliorés), frilosité des revendeurs (potentiel commercial incertain, pas de prise de risque)

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

- Programme CARE/BME : prise en charge des livraisons pendant la période de son intervention (mais pas d’acteurs locaux assurant le lien producteurs/revendeurs à l’issue du programme)
- Banque Mondiale : Mise en place d’une coopérative de distribution avec un prestataire local la CAFEM (mais faibles marges ne permettant pas de couvrir les charges opérationnelles, arrêt de l’initiative)
- Banque Mondiale et le BME : Certification de la production (logo « QEEL »)

Améliorations futures possibles :

- Le modèle doit être significativement plus efficace, avoir une durée de vie prolongée ou un double-foyer, et un design attrayant et moderne.
- La production doit être standardisée et le contrôle qualité renforcé.
- Renforcer la chaine de distribution : stocks avancés aux revendeurs, identifier et accompagner les grossistes (nécessité d’une activité multi-produits), impliquer la filière des PME (semi-)industrielles

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou transposition du programme :

Critères de choix principaux des utilisateurs : durée de vie du produit, rapidité de cuisson, propreté du tambour (récupération des cendres), grille amovible facile d’utilisation (manipulation du charbon et des braises, et nettoyage du tambour)

Idée de sujet(s) de recherche fondamentale ou appliquée, utile(s) pour le présent programme :

>> Recherche fondamentale : travail sur les matériaux améliorant la durée de vie des réchauds à charbon en contexte tropical, recherche sur les designs de foyers/technologies réduisant les émissions de monoxyde de carbone et la consommation de charbon lors de la cuisson
>> Recherche appliquée : Analyse comparée de différents modèles économiques (business models) pouvant maximiser la diffusion de foyers améliorés dans les économies en développement (ex : promotion par les pouvoirs publics couplée à une subvention ; promotion uniquement par le secteur privé avec le gouvernement comme régulateur du secteur ; promotion par les IMF… ).

Références bibliographiques

Thivillon, T. « L’expérience du Recho Mirak : Retour sur trois décennies de promotion des foyers améliorés en Haïti » FACTS Reports (Numéro Spécial 9, 2014)
Nexant (2010), Final Report : Assessment and Design of Haiti Alternative Cooking Technologies Program, USAID, Washington, p.13
Gilles, E.J., Dacé, J.K., et Potts K. (1999), L’expérience pilote de diffusion des réchauds améliorés à charbon de bois baptisés « Mirak », Revue Synergies, Numéro 3, pp 3-5

Pour en savoir plus

LA CRISE HAÏTIENNE :

Avec une surface géographique d’un peu moins de 28 000 kilomètres carrés et une population désormais estimée à près de 10 millions d’habitants, Haïti est un pays qui affiche la plus forte densité démographique après le Bangladesh. Les effets conjoints de cette forte densité, d’un niveau de pauvreté élevé et d’une très faible dotation en ressources énergétiques sont à l’origine d’une crise environnementale et humaine sans précédent. Faute de moyens, la population dépend à plus de 70% de la biomasse, bois ou charbon, pour répondre à ses besoins en énergie. La coupe intensive et non-encadrée du bois ne permet pas de gérer les ressources de façon renouvelable et le World Resources Institute estime ainsi que le pays aurait perdu près de 50% de ses surfaces forestières naturelles entre 1990 et 2000. L’incidence de la déforestation a des corollaires importants en termes de productivité agricole mais aussi de résilience face aux catastrophes naturelles comme la sécheresse ou les inondations. Surtout, elle pèse sur le développement économique du pays : les dépenses en charbon d’un ménage de taille moyenne à Port-au-Prince peuvent désormais atteindre un tiers de son revenu journalier , annihilant ainsi toute possibilité de libérer une part du budget domestique pour des activités contribuant au développement humain comme la santé ou l’éducation. En l’absence de ressources fossiles significatives, la réponse à la crise énergétique haïtienne passe à long-terme par la mise en place de principes de gestion durable du bois énergie et par le développement de sources d’énergie alternatives comme l’éthanol ou les briquettes de charbon produites à partir de déchets végétaux. Néanmoins, ces différentes démarches en sont encore à leurs balbutiements et devront être complétées par des mesures à plus court terme : la promotion d’une plus grande sobriété énergétique, notamment par la diffusion de foyers efficaces en énergie pour la cuisson, ainsi que l’importation de combustibles de transition permettant d’alléger la pression sur la biomasse, comme le GPL ou le kérosène.

GENESE DU RECHO MIRAK :

Le Recho Mirak est une réponse locale à la dépendance des ménages haïtiens vis-à-vis du charbon de bois et au manque d’efficacité des modes de cuisson traditionnels. Il est issu d’un projet de recherche et de développement mené entre 1983 et 1986, par le Bureau des Mines et de l’Energie (BME), une agence de l’Etat haïtien. Ce projet intervenait dans le cadre d’une initiative plus large de gestion forestière, sur la base de financements du Centre de Recherche en Développement International Canadien et de la Banque Mondiale . Il aboutit à la création d’un prototype de foyer amélioré qui fit l’objet de plusieurs expériences de diffusion à la fin des années 1980 et au début des années 1990. La plus notable d’entre-elles fut mise en œuvre par l’Association Française des Volontaires du Progrès et aurait contribué à la commercialisation de 6 000 foyers améliorés au cours des années 1989 et 1990. Ce n’est qu’avec l’entrée en scène de Care en 1996 qu’une initiative de plus grande envergure sera dédiée à la promotion de ce foyer. C’est aussi à cette occasion qu’il prend son nom actuel de « Recho Mirak ».


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